Summer Salt (un mix pour l’été)

20 juin 2017 § 1 commentaire

Pour vous accompagner durant votre été, j’ai concocté un mix d’un peu plus de deux heures à forte dominante (indie-)rock et électro : vous pouvez l’écouter sur ma page Mixcloud :

En voici le tracklisting :

1. Actress – Falling Rizlas (2017) – 0:00:00
2. Colder – Another Year (2015) – 0:02:21
3. Tame Impala – New Person, Same Old Mistakes (2015) – 0:06:33
4. Beach House – Wild (2012) – 0:12:11
5. Moon Duo – Wilding (2015) – 0:16:33
6. Cold Pumas – Slippery Slopes (2016) – 0:21:00
7. Beach Fossils – Taking Off (2013) – 0:25:33
8. Hot Chip – Dancing In The Dark (2015) – 0:28:39
9. Black Marble – Woods (2016) – 0:34:00
10. Liars – No.1 Against The Rush (2012) – 0:36:46
11. Mapstation – Wake Up (2002) – 0:41:31
12. Colleen – Sea Of Tranquillity (2007) – 0:44:53
13. Jherek Bischoff – Your Ghost (2012) – 0:50:28
14. The Chap – Society (2015) – 0:55:06
15. Tropic Of Cancer – Court Of Devotion (2013) – 0:56:13
16. Kuedo – Whisper Fate (2011) – 1:01:21
17. Rhythm & Sound – Carrier (2001) – 1:03:58
18. Philippe Cam – Köln (2000) – 1:10:18
19. Actress – Gaze (2014) – 1:22:54
20. Peine Perdue – Chic final (2016) – 1:27:40
21. La Féline – Comité rouge (2017) – 1:31:32
22. That Summer – Where You Are (Nicolas Jorio cover) (2014) – 1:36:09
23. The Cure – The Upstairs Room (1983) – 1:38:13
24. Bajram Bili – I’ll Be Your Owl (2013) – 1:41:37
25. Stephan Micus – The Horses Of Nizami (2001) – 1:46:25
26. Alessandro Cortini – Strada (2013) – 1:49:47
27. Dome – Cruel When Complete (1980) – 1:52:29
28. Eyeless In Gaza – Summer Salt (2006) – 1:55:26
29. Stephan Mathieu – Maison (2013) – 1:59:07

Slowdiving

10 mai 2017 § Poster un commentaire

Quitter Paris (avec Paul Valéry)

3 février 2017 § 1 commentaire

Au moment où je m’apprête à, enfin, quitter Paris, je recopie ces lignes extraites d’Une soirée avec monsieur Teste de Paul Valéry (1896) – livre étonnant que j’ai découvert il y a peu -, lignes qui contiennent, outre quelques admirables considérations sur un tel exil, des pensées drôlement justes sur la vanité ordinaire de la vie des arts&deslettres de cette ville « où la littérature, et la science, et les arts, et la politique d’un grand pays sont jalousement concentrés… ».

 

monsieur-testeA force, toutefois, de tant d’agitation de nos os et de nos idées dans les ténèbres, le soleil et Paris sortent enfin du jeu.

Mais l’être de l’esprit, – le petit homme qui est dans l’homme, – (et qui est toujours supposé dans la grossière imagination que nous nous faisons de la connaissance), opère de son côté son changement de présence. […]

Je me figure donc, comme je puis, que le sentiment du changement de notre séjour s’accompagne dans quelque substance inconnue, et qui nous est essentielle, d’un travail de détachement et de renouement subtils. C’est une classification profonde qui se transforme. A peine le départ résolu, et bien avant que le corps ne s’y mette, l’idée seule que tout va changer autour de nous intime à notre système caché une modification mystérieuse. De sentir que l’on s’en va, toutes choses encore tangibles perdent aussitôt leur existence prochaine. Elles sont comme frappées dans les puissances de leur présence, dont quelques-unes s’évanouissent. Hier encore, vous étiez près de moi, et il y avait en moi une secrète personne déjà toute disposée à ne plus vous voir de longtemps. Je ne vous retrouvais plus dans le temps rapproché, et cependant je vous tenais la main. Vous m’étiez coloré d’absence, et comme condamné à ne point avoir d’avenir imminent. Je vous regardais de près, je vous voyais au loin. Vos mêmes regards ne contenaient plus de durée. Il me semblait qu’il y eût entre vous et moi deux distances, l’une encore insensible, l’autre immense déjà ; et je ne savais pas quelle il fallait prendre pour la plus réelle des deux…

[…]

Tout à coup je me sentis à Paris, quelques heures avant que d’y être. Je reprenais sensiblement mes esprits parisiens qui s’étaient un peu dissipés dans mes voyages. Ils s’étaient réduits à des souvenirs ; ils redevenaient maintenant des valeurs vivantes et des sources que l’on doit utiliser à chaque instant.

Quel démon que celui de l’analogie abstraite ! – Vous savez comme il me tourmente quelquefois ! – Il me souffrait de comparer cette altération indéfinissable qui se passait en moi, à un changement assez brusque de certaines probabilités mentales. Telle réponse, tel mouvement, telle action de notre visage, qui sont à Paris les effets instantanés de nos impressions, ne nous sont plus si naturels quand nous sommes retirés à la campagne, ou plongés dans un milieu suffisamment écarté. Le spontané n’est plus le même. Nous ne sommes prêts à répondre qu’à ce qui est probablement voisin. […]

Je me sentais donc ressaisir par un autre système de vie, et je connaissais mon retour comme une sorte de rêve de ce monde où je revenais. Une ville où la vie verbale est plus puissante, plus diverse, plus active et capricieuse qu’en toute autre, se préparait en moi par l’idée d’une confusion étincelante. Le dur murmure du train prêtait à ma distraction imagée l’accompagnement de la rumeur d’une ruche.

Il me semblait que nous avancions vers un nuage de propos. Mille gloires en évolution, mille titres d’ouvrages par seconde paraissaient, périssaient indistinctement dans cette nébuleuse grandissante. Je ne savais pas si je voyais ou si j’entendais cette agitation insensée. Il y avait des écritures qui criaient, des paroles qui étaient des hommes, et des hommes qui étaient des noms… Point de lieu sur la terre, pensai-je, où le langage ait plus de fréquence, plus de résonances, moins de réserve, qu’en ce Paris où la littérature, et la science, et les arts, et la politique d’un grand pays sont jalousement concentrés. Les Français ont amassé toutes leurs idées dans une enceinte. Nous y vivons dans notre feu.

Dire ; redire; contredire ; prédire ; médire… Tous ces verbes ensemble me résumaient le bourdonnement du paradis et de la parole.

Quoi de plus fatigant que de concevoir le chaos d’une multitude d’esprits ? – Chaque pensée dans ce tumulte trouve sa pareille, son adverse, son antécédente et sa suivante. Tant de similitudes, tant d’imprévu la découragent.

Imaginez-vous le désordre incomparable qu’entretiennent dix mille êtres essentiellement singuliers ? Songez à la température que peut produire dans ce lieu un si grand nombre d’amours propres qui s’y comparent. Paris enferme et combine, et consomme ou consume la plupart des infortunés que leurs destins ont appelés aux professions délirantes… Je nomme ainsi tous ces métiers dont le principal instrument est l’opinion que l’on a de soi-même, et dont la matière première est l’opinion que les autres ont de vous. Les personnes qui les exercent, vouées à une éternelle candidature, sont nécessairement toujours affligées d’un certain délire des grandeurs qu’un certain délire de la persécution traverse et tourmente sans répit. Chez ce peuple d’uniques règne la loi de faire ce que nul n’a jamais fait, et que nul jamais ne fera. C’est du moins la loi des meilleurs, c’est-à-dire de ceux qui ont le cœur de vouloir nettement quelque chose d’absurde… Ils ne vivent que pour obtenir et rendre durable l’illusion d’être seuls, – car la supériorité n’est qu’une solitude située sur les limites actuelles d’une espèce. Ils fondent chacun son existence sur l’inexistence des autres, mais auxquels il faut arracher leur consentement qu’ils n’existent pas… Remarquez bien que je ne fais que de déduire ce qui est enveloppé dans ce qui se voit. Si vous doutez, cherchez donc à quoi tend un travail qui doit ne pouvoir absolument être fait que par un individu déterminé, et qui dépend de la particularité des hommes ? Songez à la signification véritable d’une hiérarchie fondée sur la rareté. – Je m’amuse parfois d’une image physique de nos cœurs, qui sont faits intimement d’une énorme injustice et d’une petite justice combinées. J’imagine qu’il y a dans chacun de nous un atome important entre nos atomes, et constitué par deux grains d’énergie, qui voudraient bien se séparer. Ce sont des énergies contradictoires, mais indivisibles. La nature les a jointes pour toujours, quoique furieusement ennemies. L’une est l’éternel mouvement d’un gros électron positif, et ce mouvement engendre une suite de sons graves où l’oreille intérieure distingue sans nulle peine une profonde phrase monotone : Il n’y a que moi. Il n’y a que moi. Il n’y a que moi, moi, moi… Quant au petit électron radicalement négatif, il crie à l’extrême de l’aigu, et perce et reperce de la sorte la plus cruelle le thème égotiste de l’autre : Oui, mais il y a un tel… Oui, mais il y a un tel…Tel, tel, tel. Et tel autre !… Car le nom change assez souvent…

Bizarre royaume où toutes les belles choses qui s’y produisent sont une amère nourriture pour toutes les âmes moins une. Et plus elles sont belles, plus amèrement ressenties.

Tenez encore. Il me semble que tout mortel possède tout auprès du centre de sa machine, et en belle place parmi les instruments de la navigation de sa vie, un petit appareil d’une sensibilité incroyable qui lui marque l’état de l’amour de soi. On y lit que l’on s’admire, que l’on s’adore, que l’on se fait horreur, que l’on se raye de l’existence ; et quelque vivant index, qui tremble sur le cadran secret, hésite terriblement prestement entre le zéro d’être une bête et le maximum d’être un dieu.

Eh bien, mon tendre ami, si vous voulez comprendre quelque chose à bien des choses, il faut songer qu’un appareil si vital et si délicat est le jouet du premier venu.

 

* * * * * *

 

C’est ce que je porte d’inconnu à moi-même qui me fait moi.
C’est ce que j’ai d’inhabile, d’incertain qui est bien moi-même.
Ma faiblesse, ma fragilité…
Les lacunes sont ma base de départ. Mon impuissance est mon origine.
[…]

Soumets-toi tout entier à ton meilleur moment, à ton plus grand souvenir.
C’est lui qu’il faut reconnaître comme roi du temps,
Le plus grand souvenir,
L’état où doit te reconduire tout discipline.
Lui qui te donne de te mépriser, ainsi que de te préférer justement.
[…]

La disparition (de Michel Butor)

25 août 2016 § Poster un commentaire

Triste je suis depuis la nuit dernière, lorsque les réseaux sociaux m’ont appris la mort de Michel Butor. Forcément, je ne peux que repenser à ma rencontre avec lui, au début finalement de mon parcours de journaliste, lorsqu’en 1999 j’étais allé l’interviewer pour Classica – sur ses riches rapports à la musique – à L’Ecart, ainsi que s’appelait son chalet de Lucinges, en Haute-Savoie, accueilli à la porte par Marie-Jo, son épouse (elle est morte il y a 5 ans). Une fois n’est pas coutume, j’avais même pris la photo de lui, en gros plan, qui avait accompagné l’article.

J’ai retrouvé cette date de 1999 en reprenant dans ma bibliothèque les quelques lettres manuscrites que nous nous étions échangées alors, comme on s’échangerait aujourd’hui des e-mails, pour préparer (puis poursuivre) notre échange, et en consultant ce cachet de la Poste qui toujours fait foi. Des lettres, ou plutôt, de sa part, des cartes : tous ceux qui ont eu la chance de côtoyer Michel Butor ont également eu celle de recevoir, de lui qui ne prisait encore ni les échanges numériques, ni le téléphone, un collage spécialement réalisé de sa main, toujours unique (« exclusif », diraient les journalistes), sur une carte dont il noircissait le dos d’une écriture fervente, et dont il ornait le recto de stalactites de papier découpés dans des magazines ou ailleurs & qui composaient sur carton un paysage mouvant. Ces cartes sont cependant le moindre cadeau que j’ai gardé de cette rencontre, de cet échange devenu presque amical malgré sa brièveté (que sont 36 mois rapportés 89 ans ?) : Michel Butor, c’est tout simplement l’un des premiers « honnêtes hommes » célèbres que j’aie eu le privilège de croiser ; alors, en l’écoutant parler au milieu de son bureau tapissé de livres, j’avais eu l’impression d’entendre un sage savant, un homme curieux de tout, dont les connaissances embrassaient tant de domaines, à la science aussi infuse que ses manières étaient exquises. Un artiste qui savait être poète jusque dans les gestes les plus simples, comme celui de confectionner une carte à l’attention d’un presque anonyme. Une encyclopédie à cœur ouvert. Un bon, un vrai vivant.

La notice nécrologique de René de Ceccatty dans Le Monde dit assez bien le parcours singulier, et donc admirable, qui a été le sien ; un parcours qui, avant d’être prolixe, est surtout généreux. Un parcours dont l’amour débordant qu’il témoigne à la littérature et à la vie restera à jamais unique. Je laisse à MB le soin de conclure…

 

Une bouchée de texte

Juste de quoi exciter l’oeil

les narines de l’oeil

ses papilles

et celles des doigts

une flânerie

pour neurones

puis replier

délicatement

et réinsérer

dans son emballage

pour en faire profiter

l’amateur suivant

car c’est une douceur

que l’utilisation

ne diminue pas

… Michel Butor …

Trop tard

19 mai 2016 § Poster un commentaire

Avant-hier, celui qui déclarait (paraphrasant Musset) être « né trop jeune dans un monde trop vieux » aurait eu 150 ans.

La vie rêvée

2 mai 2016 § Poster un commentaire

« J’ai souvent nourri le rêve insensé d’aller vivre dans les lieux que je voyais représentés sur des peintures, gravures et dessins de toute sorte, avec une préférence marquée pour les paysages simples, sans foisonnement, à la composition immédiatement perceptible. Un jour, dans un éclair de lucidité, je compris que j’établissais une correspondance entre la simplicité des formes et des couleurs reproduites et la vie que j’y mènerais, qui ne saurait être que simple et naïve elle aussi. C’est pourquoi j’éprouve tant de plaisir à contempler sans fin les couvercles des boîtes de fromage : un ciel bleu, franc et sans taches, le vert tendre d’un pré, un petit sentier gris, une maisonnette jaune et rouge, une vache marron à traire chaque soir… »

Extrait de la nouvelle La Vie rêvée, elle-même tirée du recueil Le Temps mort, tout premier livre de René Belletto, avec lequel il remporta en 1974 le Prix Jean Ray de littérature fantastique. J’adore les livres (édités chez P.O.L.) de cet écrivain profondément singulier, en lequel le styliste et le raconteur d’histoire font jeu égal avec un faible pour Créature (2000) et Hors la loi (2010).

Dominique A Day

9 octobre 2015 § Poster un commentaire

« Si nous nous croisons en Enfer, espérons qu’on l’ait mérité… »

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