Le mur du (vieux) çon #13 : Histoires de Luc

29 août 2017 § Poster un commentaire

Mouvement_89(La chronique ci-dessous, publiée sur Mouvement.net, est la version longue de celle parue dans le numéro 89 mai-juin 2017 de la revue Mouvement. Je remercie chaleureusement Brunhild Ferrari pour les photographies, signées d’Olivier Garros, qu’elle a mises à ma disposition.)


Les Presses du Réel publient aujourd’hui les écrits du compositeur Luc Ferrari (1929-2005). Ce recueil de textes admirables, formant autant de fragments d’un discours amoureux, dresse un magnifique portrait de ce musicien dont l’œuvre à visage humain, aiguillonnée par sa fixation sur la répétition, son souci de la narration, mais surtout par une insatiable curiosité, est celle d’un authentique poète.

Comme dans le domaine des arts plastiques, toute œuvre de musique contemporaine se doit, depuis cinquante ans, d’être accompagnée de son discours. Comme si la musique, loin de se suffire à elle-même, avait désormais besoin d’être ainsi légitimée par les mots, comme si l’intention du compositeur devait impérativement faire l’objet d’une note. Au moins, dans le domaine musical, celle-ci est-elle généralement le fait de l’artiste lui-même – et non de quelque critique d’art auquel il incombe de circonscrire, à la place de l’auteur, le champ référentiel et technique nécessaire à l’appréhension de son travail. C’est en partie pour s’en moquer que le compositeur Luc Ferrari (1929-2005) entama, en 1970, la rédaction d’une série de dix-huit « autobiographies » bien à son image, fantaisistes, solaires, profondes et multiples, élégantes mais éloquentes, pour accompagner l’entrée de chacune de ses nouvelles compositions dans le champ des musiques « savantes » : « Mes Autobiographies sont nées du désir de démolir le langage des musiciens dans les années 1960, très technique et ennuyeux. Quand on me demandait de faire des textes biographiques pour les programmes de concerts, je rédigeais donc ces textes qui sont des caricatures de la musique sérieuse et répondent à une volonté – en disant des choses fausses qui sont vraies en quelque sorte, en jouant avec l’affabulation – de montrer que l’on pouvait, avec des œuvres musicales, avoir un discours politique et « philosophique » », déclarait Ferrari dans l’entretien qu’il nous accorda, à Pierre-Yves Macé et moi-même, pour Mouvement, un an avant sa mort brutale. Cet entretien, inoubliable pour ses « auteurs », figure d’ailleurs, à la grande émotion de ceux-ci, parmi les textes de (et autour de) Luc Ferrari que sa veuve, Brunhild, vient d’éditer aux Presses du Réel avec la complicité de Jérôme Hansen (1).

Au moins les compositeurs ont-ils pour eux d’être souvent d’authentiques gens de culture, et de maîtriser un peu les riches références, souvent extra-musicales, qu’ils invoquent dans le commentaire de leur œuvre. Plus rares sont en revanche ceux qui ont laissé s’exprimer au grand jour, avec autant de vérité et de talent littéraire que Luc Ferrari, leur intime sensibilité. Si l’on sent palpiter un solide substrat culturel derrière chaque texte du présent livre – il s’exprime d’ailleurs dans Musiques dans les spasmes, texte central de 1988 qui lui donne justement son titre –, les enjeux qu’ils convoquent sont autrement essentiels, et personnels. « Le corps de la femme, c’est ma terre à moi, celle qui me fait mûrir et celle qui me fait porter des fruits. C’est dans ce paysage qui est celui dans lequel j’ai vécu, que je trouve ma véritable et bénéfique contradiction. J’y trouve ma différence, et mon hétérogène. »  Ces lignes tirées du « Faux journal du vrai journal intime (ou vrai journal d’un faux journal intime ») de 1980-82 – texte accompagnant Journal intime, drame musical en un acte pour une récitante, un pianiste et une chanteuse – en disent long. Elle suivent de peu l’Autobiographie n° 11 de 1979, dans laquelle le compositeur explique que son œuvre est entrée, après une période « noire » (celle « de l’expérimentation des méthodes de composition »), « chevauchée gaillardement par la période rouge » (celle de la « subversion tous azimuts », y compris envers l’œuvre elle-même), dans sa période « bleue, bleue comme la Méditerranée, et j’ajoute mécréante et féminine. Autant de choses difficiles à expliquer. (…) A propos du mot mécréant, je sais bien que je devrais dire athée mais mécréant c’est plus « gentil ». Ça veut dire que je suis contre toute idée décrépite d’un dieu, d’autant plus qu’il s’agit de ce dieu unique que l’homme s’est fabriqué à son image. Evidemment, il n’a pas inventé un dieu à l’image de la femme, ça ne serait pas convenable. C’est pourquoi, quand je dis que je suis méditerranéen, mécréant et féminin, ça veut dire que je reconnais en mois mes composantes. Bien sûr, je ne suis pas une femme, mais c’est dire ainsi que je me lie intimement à elle, car dans ce sens, je ne rencontre pas trace de ce dieu de l’homme pour lequel la femme n’a jamais existé. Donc, mon époque bleue, la voilà. » Quel artiste oserait écrire cela dans un programme de salle ?

Luc Ferrari OIivier Garros ok

Quand Ferrari parle à son Luc, quand il lui dit ces mots bleus, il permet à son lecteur de se rendre à l’évidence : s’il restera comme un compositeur majeur de la seconde moitié du XXe siècle, c’est parce qu’il fut avant tout un authentique poète. C’est-à-dire un être fantaisiste, solaire, profond et multiple, mais surtout éperdument libre. Amoureux de la vie, amoureux de l’homme, mais surtout quand il est une femme, transi mais lucide (« Sans idéologie, les hommes sont des barbares. Avec idéologie, les hommes sont des barbares. Quelle barbarie préférez-vous ? » demande l’une des protagonistes de Carnet du soir) ; curieux de tout (Je courais tant de buts divers est le titre d’un très émouvant texte de 1994) et surtout des autres, confiant dans l’intelligence de ses interlocuteurs comme dans celle de ses auditeurs ; mais farouche ennemi des idées toutes faites comme des névroses autoritaires, vaillant combattant des « vieilles traditions » et des « vieilles habitudes », des cadres qui sont des carcans. Un artiste qui, comme il l’a fait dans le commentaire de son travail, a passé sa vie à dynamiter les « formats », à se jouer des règles de l’étiquette comme à déjouer les étiquettes. Et à le faire courageusement, avec une humanité déconcertante et une admirable sincérité.

Luc Ferrari restera sans doute dans l’Histoire avant tout comme l’un des pionniers de la musique électroacoustique, dont il s’appliqua à forger la grammaire aux côtés de Pierre Schaeffer – avant de rompre avec celui-ci suite à sa tentative réussie (quoique non préméditée) de faire exploser ladite grammaire, en inventant, avec Hétérozygote (1963), ce que l’on a appelé la « musique anecdotique », qui scella l’entrée du document sonore dans le champ de l’art musical. Formé au Conservatoire de Paris par le pianiste Alfred Cortot et les compositeurs Arthur Honegger et Olivier Messiaen, durablement marqué par sa rencontre, aux Etats-Unis, avec Edgar Varese, Luc Ferrari n’a pour autant jamais cessé d’écrire de la musique instrumentale, pour orchestre, pour ensemble ou pour piano : mais là encore, il fit preuve de sa profonde hétérodoxie, refusant toujours de se rallier aux courants dominants de l’avant-garde institutionnelle. C’est qu’il faisait peu de cas du médium et de l’esthétique, ayant bien trop de respect pour tous ceux qui ont quelque chose à dire. Aussi son œuvre se déploie-t-elle tous azimuts, même si elle s’est développée, comme il le reconnaissait en 1994, autour de « deux fixations que je ne renierais pas car je les sens vivantes. Il y a, d’une part, en ce qui concerne les formes, un concubinage avec la répétition ou le cycle, d’autre part, en ce qui regarde les fonds ou les significations, un flirt avancé avec le récit ou la narration ». Cette œuvre ira même jusqu’à l’improvisation en live, comme en témoigne ses collaborations, vers la fin de sa vie, avec des musiciens comme Jim O’Rourke, DJ Olive ou eRikm ; à l’instar de celle d’Eliane Radigue, la reconnaissance de la musique de Luc Ferrari est d’ailleurs largement redevable à la scène des musiques expérimentales de création (son nom figure même sur la fameuse « Nurse With Wound List »), plutôt qu’au sérail de cette musique que l’on dit « sérieuse ».

En donnant toute sa mesure à la multiplicité du personnage, à son hétérogène quiddité, Musique dans les spasmes rend parfaitement justice à l’humanité de Luc Ferrari. Le livre fait alterner notices d’œuvres et notes de travail, entretiens, lettres (sa brillante correspondance avec Pierre Schaeffer) et écrits intimes, qui tous nous donnent à voir l’artiste dans son atelier, c’est-à-dire dans son intimité. C’est pourquoi, s’il ne perd guère de temps à s’exprimer sur les querelles esthétiques de son temps, on y trouvera une foule de considérations pétillantes, pertinentes et pénétrantes sur la condition de compositeur, et sur ses convictions d’artiste. Des réflexions sur son propre travail, mais aussi sur ses relations contrastées, sinon contrariées, avec les éditeurs ou avec les chefs d’orchestre : au sujet de ces derniers, tantôt il s’agace de la désinvolture dont ils témoignent parfois à l’égard de la partition, « cette force réduite à des signes qu’il faut rendre vifs », et de son auteur ; tantôt il s’enflamme, livrant l’une des plus belles définitions qui soient de leur métier – « celui qui modère l’acoustique et qui touche le temps de sa baguette magique » (Cahier du soir, 1991-92). Avec toujours, en filigrane, ce ton de confidence, cet irrésistible sens de l’humour et de la dérision, l’honnêteté foncière que l’on perçoit par exemple dans cet autoportrait lapidaire brossé, en deux phrases, dans une lettre de décembre 1962 à Pierre Schaeffer : « J’ai un tempérament amoureux généralisé. Et le sens de l’observation. » Dans sa vie comme dans sa musique ou ses écrits, Luc Ferrari, et c’est tout à son honneur, toujours nous apparaît à hauteur d’homme.

Un an et demi plutôt, au même Schaeffer, il écrivait encore : « L’artiste a sa place dans la société, il est victime de ce que la société lui donne comme fonction. Il vaudrait mieux dire qu’il n’y a pas de création comme événement faisant passer le chaos à un état d’ordre, mais qu’il y a un échange. ». A cette aune (et pas seulement parce qu’elle préfigure à sa manière les esthétiques « relationnelle » ou « contextuelle »), l’œuvre créatrice de Luc Ferrari est immense, qui le place à l’égal des plus grands. Venant la compléter utilement, ce livre nécessaire – qui se lit comme s’écoute sa musique : comme un poème – permet de mesurer pleinement toute la vigueur politique et « philosophique » que cette œuvre recèle encore. Autant qu’un « portrait de l’artiste en jeune écrivain », comme l’écrit Brunhild Ferrari dans son texte d’introduction, il esquisse un non moins éblouissant portrait de l’artiste en vrai être humain.

David Sanson

1. Brunhild Ferrari & Jérôme Hansen (éd.), Luc Ferrari, Musiques dans les spasmes. Ecrits (1951-2005), Les Presses du Réel, 240 pages, 22 euros. Seules trois autobiographies figurent dans cet ouvrage, mais on peut les retrouver in extenso dans le très complémentaire recueil d’entretiens publié en 2002 par Jacqueline Caux aux éditions Main d’œuvre, (Presque rien) avec Luc Ferrari, allant de pair avec un fil documentaire éponyme.
Luc p.O.Garros.années 70 avec lampeOK

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‘Les fous du son’ on air

24 juillet 2017 § Poster un commentaire

J’ai pu dire plus bas tout de bien que je pense des Fous du son, monumental ouvrage que le pianiste Laurent de Wilde a récemment consacré aux inventeurs qui ont donné naissance à l’électronique musicale. Ce livre fait en ce moment l’objet d’une passionnante série d’émissions radiophoniques sur France Culture, parfaite pour les longues soirées d’été – sur laquelle on aboutira en cliquant sur l’image ci-dessous.

Still-life with sound

4 juillet 2017 § Poster un commentaire

Un autre mix pour l’été

27 juin 2017 § Poster un commentaire

Faisant suite à ma petite sélection « pop-rock » de la semaine dernière, voici un autre mix estival, réalisé celui-ci à quatre mains, sous forme de ping-pong d’une extrême variété, avec l’ami Amaury Cornut, « digger » émérite et grand spécialiste de Moondog devant l’éternel :

Summer Salt (un mix pour l’été)

20 juin 2017 § 1 commentaire

Pour vous accompagner durant votre été, j’ai concocté un mix d’un peu plus de deux heures à forte dominante (indie-)rock et électro : vous pouvez l’écouter sur ma page Mixcloud :

En voici le tracklisting :

1. Actress – Falling Rizlas (2017) – 0:00:00
2. Colder – Another Year (2015) – 0:02:21
3. Tame Impala – New Person, Same Old Mistakes (2015) – 0:06:33
4. Beach House – Wild (2012) – 0:12:11
5. Moon Duo – Wilding (2015) – 0:16:33
6. Cold Pumas – Slippery Slopes (2016) – 0:21:00
7. Beach Fossils – Taking Off (2013) – 0:25:33
8. Hot Chip – Dancing In The Dark (2015) – 0:28:39
9. Black Marble – Woods (2016) – 0:34:00
10. Liars – No.1 Against The Rush (2012) – 0:36:46
11. Mapstation – Wake Up (2002) – 0:41:31
12. Colleen – Sea Of Tranquillity (2007) – 0:44:53
13. Jherek Bischoff – Your Ghost (2012) – 0:50:28
14. The Chap – Society (2015) – 0:55:06
15. Tropic Of Cancer – Court Of Devotion (2013) – 0:56:13
16. Kuedo – Whisper Fate (2011) – 1:01:21
17. Rhythm & Sound – Carrier (2001) – 1:03:58
18. Philippe Cam – Köln (2000) – 1:10:18
19. Actress – Gaze (2014) – 1:22:54
20. Peine Perdue – Chic final (2016) – 1:27:40
21. La Féline – Comité rouge (2017) – 1:31:32
22. That Summer – Where You Are (Nicolas Jorio cover) (2014) – 1:36:09
23. The Cure – The Upstairs Room (1983) – 1:38:13
24. Bajram Bili – I’ll Be Your Owl (2013) – 1:41:37
25. Stephan Micus – The Horses Of Nizami (2001) – 1:46:25
26. Alessandro Cortini – Strada (2013) – 1:49:47
27. Dome – Cruel When Complete (1980) – 1:52:29
28. Eyeless In Gaza – Summer Salt (2006) – 1:55:26
29. Stephan Mathieu – Maison (2013) – 1:59:07

Slowdiving

10 mai 2017 § Poster un commentaire

Le mur du (vieux) çon #12 : Portrait(s) de l’inventeur en artiste

15 mars 2017 § 1 commentaire

(La chronique ci-dessous a paru dans le numéro 87 janvier-février 2017 de la revue Mouvement).

On le savait depuis sa remarquable biographie de Thelonious Monk, publiée il y a 20 ans : Laurent de Wilde n’est pas seulement l’un des plus passionnants pianistes de jazz de l’Hexagone, c’est aussi un virtuose de l’écriture. Les Fous du son montre aujourd’hui que ce normalien n’est pas simplement un brillant styliste – au style à la fois familier et raffiné, prodigue en aphorismes comme en ruptures de rythme –, mais aussi un érudit d’autant plus passionnant qu’il a le savoir contagieux. Ce pavé de près de 600 pages le révèle en musicien autant qu’en physicien, en organologue patenté autant qu’en conteur inspiré.

Son propos ? Raconter rien moins que la genèse de notre modernité musicale, celle des synthétiseurs et autres claviers électriques, à travers les vies – souvent peu ordinaires – de leurs créateurs. Livrer un chant d’amour (forcément) vibrant au clavier sous toutes ses formes et aux sortilèges du son, « cette pâte magique qui ne demande qu’à prendre la forme qu’on veut lui donner ». Mais surtout à ces savants un peu fous qui, portés par une insatiable curiosité, une intuition quasi innée des possibilités de la physique, et un amour souvent immodéré de la musique, permirent à cette dernière d’entrer dans l’avenir, depuis l’extraordinaire collision entre le son, la musique et lélectricité que Thomas Edison et Thaddeus Cahill organisèrent à tour de rôle dès la fin du XIXe siècle. C’est que, écrit-il, « contrairement à la découverte, l’invention doit servir, elle doit être enracinée dans un quotidien concret dans lequel elle se glisse pour procurer agrément ou plaisir []. L’inventeur n’est pas là pour tout chambouler, mais au contraire pour nous rendre le présent plus léger, plus disponible. »

Au fil des pages se déploie ainsi, derrière une succession de machines aux noms souvent farfelus, une fabuleuse théorie de destins d’hommes plus ou moins physiciens, plus ou moins musiciens, créateurs ou – tels Maurice Martenot ou Harold Burroughs Rhodes – pédagogues, généralement mauvais businessmen, mais toujours extraordinairement attachants. Laurent de Wilde en brosse un portrait des plus vivants, qui ne se prive jamais pour autant d’entrer dans le détail des manipulations et des expériences qui présidèrent à leurs découvertes. De fait, on engrange une foule de connaissances au fil de ces pages qui se dévorent comme un polar, de la plus fondamentale à la plus anecdotique.

Dans ce dernier registre, on apprend par exemple que c’est à Max Mathews (inventeur de la numérisation) que rend hommage le logiciel Max MSP, développé à l’Ircam. Ou encore que l’Orb, avant d’être le nom d’un groupe phare de la musique ambient, fut celui d’un système de canne électronique conçu par Don Buchla – l’inventeur du premier synthétiseur modulaire – à destination des aveugles, permettant d’identifier la présence d’objets en trois dimensions en leur associant un son particulier.

On découvre des vies qui sont autant de romans – celles de Lev Sergueïevitch Termen (Léon Theremin), de Raymond Scott ou de Torakusu Yamaha, par exemple –, on apprend l’existence de quasi anonymes (le Canadien Hugh Le Caine, père de l’oscillateur), quand il ne s’agit pas d’acronymes (Alan Robert Pearlman, alias ARP). On réalise que souvent, de part et d’autre du globe ou tout simplement des États-Unis, des hommes parvenaient sans le savoir, au même moment, quoique par des moyens parfois opposés, à des découvertes identiques. On s’émeut par exemple de l’admiration réciproque qui lia Robert Moog et Don Buchla – « ce sont leurs fidèles respectifs qui inventeront une rivalité là où il n’y avait que deux directions parallèles s’enrichissant l’une l’autre – mais c’est souvent comme ça, en art comme en toute chose publique, où il est fondamental de se créer des ennemis pour exister soi-même. »

On suit Laurent de Wilde jusque dans ses savoureuses digressions sur la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi ou sur la manière aberrante dont est aujourd’hui enseignée la musique – « l’enseignement du piano est donc allé avec la multiplication des conservatoires vers le rendement maximum et le questionnement minimum, formant des générations de plus en plus obsédées par le respect de la partition, sorte de radeau intangible dans la mer des possibles. [] Qui a dit que les notes doivent être toutes respectées ? » Et on lui sait gré de nous rappeler cette évidence, trop souvent négligée : au moins autant que la culture artistique ou historique, la culture scientifique est un bagage indispensable à l’honnête homme moderne.

David Sanson

> Laurent De Wilde, Les Fous du son, éditions Grasset, 560 p.

 

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