Still-life with sound

4 juillet 2017 § Poster un commentaire

Un autre mix pour l’été

27 juin 2017 § Poster un commentaire

Faisant suite à ma petite sélection « pop-rock » de la semaine dernière, voici un autre mix estival, réalisé celui-ci à quatre mains, sous forme de ping-pong d’une extrême variété, avec l’ami Amaury Cornut, « digger » émérite et grand spécialiste de Moondog devant l’éternel :

Summer Salt (un mix pour l’été)

20 juin 2017 § 1 commentaire

Pour vous accompagner durant votre été, j’ai concocté un mix d’un peu plus de deux heures à forte dominante (indie-)rock et électro : vous pouvez l’écouter sur ma page Mixcloud :

En voici le tracklisting :

1. Actress – Falling Rizlas (2017) – 0:00:00
2. Colder – Another Year (2015) – 0:02:21
3. Tame Impala – New Person, Same Old Mistakes (2015) – 0:06:33
4. Beach House – Wild (2012) – 0:12:11
5. Moon Duo – Wilding (2015) – 0:16:33
6. Cold Pumas – Slippery Slopes (2016) – 0:21:00
7. Beach Fossils – Taking Off (2013) – 0:25:33
8. Hot Chip – Dancing In The Dark (2015) – 0:28:39
9. Black Marble – Woods (2016) – 0:34:00
10. Liars – No.1 Against The Rush (2012) – 0:36:46
11. Mapstation – Wake Up (2002) – 0:41:31
12. Colleen – Sea Of Tranquillity (2007) – 0:44:53
13. Jherek Bischoff – Your Ghost (2012) – 0:50:28
14. The Chap – Society (2015) – 0:55:06
15. Tropic Of Cancer – Court Of Devotion (2013) – 0:56:13
16. Kuedo – Whisper Fate (2011) – 1:01:21
17. Rhythm & Sound – Carrier (2001) – 1:03:58
18. Philippe Cam – Köln (2000) – 1:10:18
19. Actress – Gaze (2014) – 1:22:54
20. Peine Perdue – Chic final (2016) – 1:27:40
21. La Féline – Comité rouge (2017) – 1:31:32
22. That Summer – Where You Are (Nicolas Jorio cover) (2014) – 1:36:09
23. The Cure – The Upstairs Room (1983) – 1:38:13
24. Bajram Bili – I’ll Be Your Owl (2013) – 1:41:37
25. Stephan Micus – The Horses Of Nizami (2001) – 1:46:25
26. Alessandro Cortini – Strada (2013) – 1:49:47
27. Dome – Cruel When Complete (1980) – 1:52:29
28. Eyeless In Gaza – Summer Salt (2006) – 1:55:26
29. Stephan Mathieu – Maison (2013) – 1:59:07

Slowdiving

10 mai 2017 § Poster un commentaire

Le mur du (vieux) çon #12 : Portrait(s) de l’inventeur en artiste

15 mars 2017 § Poster un commentaire

(La chronique ci-dessous a paru dans le numéro 87 janvier-février 2017 de la revue Mouvement).

On le savait depuis sa remarquable biographie de Thelonious Monk, publiée il y a 20 ans : Laurent de Wilde n’est pas seulement l’un des plus passionnants pianistes de jazz de l’Hexagone, c’est aussi un virtuose de l’écriture. Les Fous du son montre aujourd’hui que ce normalien n’est pas simplement un brillant styliste – au style à la fois familier et raffiné, prodigue en aphorismes comme en ruptures de rythme –, mais aussi un érudit d’autant plus passionnant qu’il a le savoir contagieux. Ce pavé de près de 600 pages le révèle en musicien autant qu’en physicien, en organologue patenté autant qu’en conteur inspiré.

Son propos ? Raconter rien moins que la genèse de notre modernité musicale, celle des synthétiseurs et autres claviers électriques, à travers les vies – souvent peu ordinaires – de leurs créateurs. Livrer un chant d’amour (forcément) vibrant au clavier sous toutes ses formes et aux sortilèges du son, « cette pâte magique qui ne demande qu’à prendre la forme qu’on veut lui donner ». Mais surtout à ces savants un peu fous qui, portés par une insatiable curiosité, une intuition quasi innée des possibilités de la physique, et un amour souvent immodéré de la musique, permirent à cette dernière d’entrer dans l’avenir, depuis l’extraordinaire collision entre le son, la musique et lélectricité que Thomas Edison et Thaddeus Cahill organisèrent à tour de rôle dès la fin du XIXe siècle. C’est que, écrit-il, « contrairement à la découverte, l’invention doit servir, elle doit être enracinée dans un quotidien concret dans lequel elle se glisse pour procurer agrément ou plaisir []. L’inventeur n’est pas là pour tout chambouler, mais au contraire pour nous rendre le présent plus léger, plus disponible. »

Au fil des pages se déploie ainsi, derrière une succession de machines aux noms souvent farfelus, une fabuleuse théorie de destins d’hommes plus ou moins physiciens, plus ou moins musiciens, créateurs ou – tels Maurice Martenot ou Harold Burroughs Rhodes – pédagogues, généralement mauvais businessmen, mais toujours extraordinairement attachants. Laurent de Wilde en brosse un portrait des plus vivants, qui ne se prive jamais pour autant d’entrer dans le détail des manipulations et des expériences qui présidèrent à leurs découvertes. De fait, on engrange une foule de connaissances au fil de ces pages qui se dévorent comme un polar, de la plus fondamentale à la plus anecdotique.

Dans ce dernier registre, on apprend par exemple que c’est à Max Mathews (inventeur de la numérisation) que rend hommage le logiciel Max MSP, développé à l’Ircam. Ou encore que l’Orb, avant d’être le nom d’un groupe phare de la musique ambient, fut celui d’un système de canne électronique conçu par Don Buchla – l’inventeur du premier synthétiseur modulaire – à destination des aveugles, permettant d’identifier la présence d’objets en trois dimensions en leur associant un son particulier.

On découvre des vies qui sont autant de romans – celles de Lev Sergueïevitch Termen (Léon Theremin), de Raymond Scott ou de Torakusu Yamaha, par exemple –, on apprend l’existence de quasi anonymes (le Canadien Hugh Le Caine, père de l’oscillateur), quand il ne s’agit pas d’acronymes (Alan Robert Pearlman, alias ARP). On réalise que souvent, de part et d’autre du globe ou tout simplement des États-Unis, des hommes parvenaient sans le savoir, au même moment, quoique par des moyens parfois opposés, à des découvertes identiques. On s’émeut par exemple de l’admiration réciproque qui lia Robert Moog et Don Buchla – « ce sont leurs fidèles respectifs qui inventeront une rivalité là où il n’y avait que deux directions parallèles s’enrichissant l’une l’autre – mais c’est souvent comme ça, en art comme en toute chose publique, où il est fondamental de se créer des ennemis pour exister soi-même. »

On suit Laurent de Wilde jusque dans ses savoureuses digressions sur la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi ou sur la manière aberrante dont est aujourd’hui enseignée la musique – « l’enseignement du piano est donc allé avec la multiplication des conservatoires vers le rendement maximum et le questionnement minimum, formant des générations de plus en plus obsédées par le respect de la partition, sorte de radeau intangible dans la mer des possibles. [] Qui a dit que les notes doivent être toutes respectées ? » Et on lui sait gré de nous rappeler cette évidence, trop souvent négligée : au moins autant que la culture artistique ou historique, la culture scientifique est un bagage indispensable à l’honnête homme moderne.

David Sanson

> Laurent De Wilde, Les Fous du son, éditions Grasset, 560 p.

 

Artistes 2.0

2 mars 2017 § Poster un commentaire

couv-revue-des-2-mondes(L’article ci-dessous a paru dans le numéro de janvier 2013 de la Revue des deux mondes, dans le cadre d’un dossier intitulé « La vie numérique ».)

En 2008, prenant appui sur ce qu’André Malraux appelait, dans Les Voix du silence, l’« art d’assouvissement » (« Ce qui naît là où les valeurs meurent, et qui ne les remplace pas… »), le cinéaste Chris Marker prophétisait, dans l’un de ses très rares entretiens : « La difficulté des temps est qu’avant d’apporter des idées nouvelles il faudrait détruire tous les simulacres que le siècle, et son instrument favori, la TV, génèrent à la place de ce qui a disparu. C’est pourquoi je suis passionné par toute cette nouvelle grille d’informations, Internet, blogs, etc. Avec ses inévitables scories. Mais une nouvelle culture naîtra de là. » (1) Disparu le 29 juillet dernier, le jour de ses 91 ans, Chris Marker, l’une des figures artistiques majeures de ces soixante dernières années, avait trouvé dans la technologie numérique la source d’une nouvelle jeunesse : grâce à Second Life, il pouvait faire fructifier cet art de l’absence qu’il n’avait cessé de cultiver depuis ses débuts sous pseudonyme ; sur YouTube, mettre en accès libre des films que la démocratisation des moyens de production lui permettait de tourner tout seul, « sans aucun appui ni intervention extérieurs »…

On peut ne pas partager cet enthousiasme. Force est de reconnaître, en vérité, que l’on n’a guère le choix ; qu’on le veuille ou non, la révolution numérique est en marche, inéluctable et, sans doute, brutale, dont la révolution industrielle du milieu du XIXe siècle risque fort de n’apparaître bientôt que comme une timide secousse avant-coureuse. Elle constitue, comme l’a rappelé Michel Serres, une mutation anthropologique majeure. Et l’on peut bien ne souscrire ni à sa vision d’un « optimisme de combat », ni à la croyance en un quelconque déterminisme technologique, se défier de l’angélisme autant que du cynisme : mieux vaut, bon an mal an, tâcher de s’en réjouir, et d’imaginer quelle « nouvelle culture » pourrait, un jour prochain, en sortir.

Initialement, le présent article devait porter exclusivement sur la musique. Il nous a ainsi paru plus intéressant de prendre appui sur celle-ci – certainement la forme artistique ayant été le plus précocement (et le plus violemment) exposée aux nouveaux paradigmes nés de l’avènement du numérique – pour évoquer quelques-uns des bouleversements qui sont en passe de s’opérer dans le champ de l’art et de la culture – en particulier dans le domaine du spectacle vivant –, au plan sociologique plutôt qu’esthétique. Des bouleversements qui, comme on va le voir, amènent à repenser de fond en comble les repères établis et les marqueurs traditionnels, remettant en question, et en jeu, à travers les nouvelles modalités de la création contemporaine, les sacro-saintes notions d’« œuvre », d’« auteur », de « création ». Des bouleversements qui, pour peu que chacun y mette du sien, pourraient ainsi redonner toute sa noblesse, sa portée politique, au terme de « révolution ». « Lire la suite »

Le mur du (vieux) çon #11 : Cygnes du temps

13 décembre 2016 § Poster un commentaire

cover-mouvement-86(La chronique ci-dessous est la version étendue de celle publiée dans le numéro 86 novembre-décembre 2016, encore en kiosque de la revue Mouvement.)

Avec The Glowing Man, Michael Gira annonce pour la deuxième fois la fin de son groupe, Swans, dont les disques et les concerts à la puissante incandescente semblent incarner l’essence du rock. Chronique d’anciens combattants.

Ce fut – si l’on excepte un vague entretien réalisé, un magnétophone double cassette XXL sur les genoux, à l’issue d’un concert de Karl Biscuit, au Printemps de Bourges 1986 – la toute première interview de ma « carrière ». Réalisée le 25 février 1997 pour le compte du fanzine Octopus (dans lequel elle ne devait en fin de compte jamais paraître), celle-ci eut pour cadre le Moriztbastei, un ancien bastion militaire du prince Maurice de Saxe, qui était devenu l’une des principales salles rock de Leipzig (ex-RDA), où je vivais alors. Un cadre finalement idéal pour entendre Michael Gira – déjà la terreur des journalistes, dont les Swans déjà faisaient souffler sur les salles de concert un tonnerre guerrier, une tornade conquérante – expliquer pourquoi cette tournée serait la dernière de son groupe, plus de quinze ans après l’apparition de celui-ci, aux côtés de Sonic Youth, sur la scène noise new-yorkaise.

Après avoir publié, en 1994, ce qui reste selon moi leur album le plus parfait (The Great Annihilator), les Swans venaient de sortir Soundtracks for the Blind. Ce premier double CD – un format qu’ils ont adopté pour toutes leurs productions récentes –, chef-d’œuvre lynchien faisant alterner jusqu’à la saturation les morceaux fleuves aux allures quasi wagnériennes (selon un système de progression dont Godspeed You! Black Emperor se souviendrait) et des formats plus court, était donc aussi leur chant du cygne (1).
« Je ne pense pas du tout que ma décision de mettre fin aux Swans soit une bonne chose,
nous déclara ce soir-là Michael Gira (Stetson sur le crâne, cigare aux lèvres, James Ellroy meets Joseph Beuys, hautain mais affable), sur fond de concert de Pan Sonic (qui s’appelait encore Panasonic et faisait alors la première partie du groupe), mais je pense qu’elle était inévitable. Même si nous avons travaillé pendant quinze ans avec les Swans, les choses ont toujours été épuisantes, usantes, ingrates. D’un côté, je suis soulagé à l’idée d’être bientôt déchargé de ce fardeau, et de l’autre je trouve ça triste, car j’aime la musique des Swans. Mais la chose est sans espoir et c’est pourquoi j’arrête. Pour faire d’autres choses, qui seront probablement tout autant sans espoir (rires)… Etant donnés le contexte des Swans et la façon dont le groupe est perçu par le public (si tant est qu’il soit seulement perçu), étant donné aussi mon propre état d’esprit – je travaille avec les Swans depuis si longtemps ! –, il était préférable de tout laisser tomber. »
Puis les
Swans, dont faisait encore partie Jarboe (la compagne et alter ego de Gira, celle sans laquelle la mue décisive des Swans vers le folk « gothique » ne serait sans doute jamais advenue), avaient ce soir-là livré un concert magistral, tonitruant, tendu et orgasmique, l’une de ces performances (bannir ici l’emploi du mot « prestation »), parmi les rares qui semblent donner accès (et sens) à ce qu’on peut appeler à l’essence du rock, dont ils sont, aujourd’hui encore, coutumiers.

« Aujourd’hui encore », oui, car 13 ans après cette soirée, en 2010, Michael Gira, contre toute attente, après diverses escapades qui, ainsi qu’il le prophétisait, s’étaient avérées également «  sans espoir » (espoir d’être reconnu pour ce qu’il est : un songwriter et un chanteur de la trempe des plus grands : les Scott Walker, Leonard Cohen et autre Nick Cave), Michael Gira, donc, redonnait vie aux Swans. Et, en reprenant les choses là où Soundtracks for the Blind les avait laissées, il a depuis réussi, contre toute attente, à conquérir cette audience dont il se plaignait naguère de ne pouvoir jouir.

Il est vrai que le « contexte », comme il disait, est différent. Si les Swans recueillent aujourd’hui l’adhésion, c’est que l’ère du story-telling tout-puissant sied bien à l’orageuse destinée du groupe et de son leader (la jeunesse de Michael Gira vaudrait à elle seule un biopic (2)). C’est aussi qu’ils sont les uniques survivants d’une époque mythique, dont même les plus vaillants représentants (Sonic Youth) ont jeté l’éponge – et des survivants dont l’énergie, surtout, semble n’avoir nullement été érodée par le temps, qui en remontrent toujours à bien des revivalists actuels. C’est surtout que les Swans, sur disque comme sur scène, semblent incarner, avec une puissance dont la plupart des formations contemporaines semblent dépourvues, le rock dans toute sa quintessence, et son incandescence.

Aujourd’hui, fin 2016 donc, vingt ans après Soundtracks for the Blind, les Swans publient avec The Glowing Man un double-CD dont Michael Gira annonce qu’il marque la fin des Swans en leur état actuel. Un album reprenant encore cette alternance de longues chevauchées walkyriennes et de chansons aux dimensions plus « commerciales », dont l’hallucinant premier morceau, Cloud of Forgetting, s’achève sur ces mots qui sonnent comme la plainte d’un muezzin (du haut de quelque cheminée d’usine) : « I’m blind, I’m blind… »
Jamais Gira ne semble d’ailleurs avoir aussi bien chanté que sur cet album ensorcelant, cathartique et chamanique, ouragan sonique prodigue en morceaux de bravoure (
Frankie M, ou encore la tornade qui emporte le morceau-titre en son milieu), en drones de guitare et même en voix féminines (Jennifer Gira), et qui s’achève par un sublime morceau sobrement intitulé « Finally peace. », point final compris. Un album qui démontre, enfin, combien les Swans, qu’ils soient morts ou vifs, auront marqué l’histoire du rock d’une empreinte indélébile. Sans doute parce que leur musique, miroir autant qu’exhutoire, est l’une de celles qui traduisent le plus exactement, et le plus violemment, ce temps nerveux, ce temps orageux qui est le nôtre. Même s’ils sont branchés, les Swans ne seront jamais has been.

David Sanson

> Swans, The Glowing Man, 2 CD Young God Records.
En concert (avec Anna von Hauswolff) à Paris, Le Trabendo, 9 novembre 2016.

1. Soundtracks for The Blind m’a d’ailleurs inspiré un long texte, commandé par Pierre Beloüin pour un numéro spécial de la revue Livraison, que l’on peut télécharger plus bas sur ce blog.

2. Voir la longue bio publiée sur le site de son label, Young God Records.

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