La peinture du dimanche #200 : Vassily Kandinsky

25 septembre 2016 § Poster un commentaire

Vassily Kandinsky (Василий Васильевич Кандинский), Automne (huile sur contre-plaqué, bois, 1901-1903).

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Une œuvre figurative d’un futur maître de l’abstraction – les toiles figuratives de Kandinsky, ses peintures de l’automne à Murnau et Akhtyrka en particulier, sont décidément de toute beauté pour fêter la 200e livraison de cette rubrique entamée avec une merveilleuse aquarelle de Mondrian (ci-dessous). A suivre.

Piet Mondrian_GiJLZn

Review Memories #21 : Oren Ambarchi, ‘Quixotism’ (2015)

22 septembre 2016 § Poster un commentaire

oren-ambarchi-coverSi je republie cette longue chronique parue en 2015 dans le numéro 5 de la revue de danse Ballroom (mars/mai 2015), c’est que le prochain album du « guitariste » australien Oren Ambarchi – Hubris, annoncé le 11 novembre prochain chez Mego – me paraît, à la première écoute, et au vu du nombre d’invités prestigieux qu’il convoque (Crys Cole et Jom O’Rourke encore, mais aussi Will Guthrie, Arto Lindsay, Joe Talia, Ricardo Villalobos et Keith Fullerton Whitman), s’inscrire dans le prolongement de ce Quixotism aussi envoûtant qu’il est ambitieux.

OREN AMBARCHI – Quixotism (Mego)

Le culotté Quixotism, nouvel opus d’Oren Ambarchi paru fin 2014, porte bien son titre : c’est en effet en Don Quichotte que le musicien australien s’attaque aujourd’hui, entouré de quelques invités de marque, à la « grande forme ». Et livre un poème symphonique de l’ère digitale, qui sonne comme une invitation aux chorégraphes.

Cela commence par un martèlement sourd d’abord inaudible, comme le tambour lointain d’un lave-linge en pleine transe qui se rappellerait lentement à votre mémoire. Ou un moulin à vent en folie. Charriant dans son ombre un maelstrom de sons, frottements, feedbacks fantomatiques, stridences de guitare et volutes de piano, quelques notes éparses de basse, et des masses orchestrales lourdes et mouvantes comme des nuages d’orage. Il faut presque cinq minutes avant que la musique ne parvienne vraiment à sortir du silence, que ce martèlement n’arrive au premier plan, et avec lui cette pulsation obsédante qui ne va s’arrêter que 55 minutes plus tard. Entre-temps, on aura entendu le maelstrom, le bruissement instrumental s’épandre et se métamorphoser durant près d’un quart d’heure, puis perdu toute notion du temps en se laissant entraîner à travers une théorie d’horizons variés : de dancefloors minimalistes en dépressions atmosphériques, du Gange au Niger, et de Morton Feldman à Thomas Brinkmann – arpentant un univers où les dissonances (ces accords de piano savants et étranges) semblent d’abord vouloir venir diffracter un spectre harmonique qui mérite ici bien son nom –, on aura sans bouger voyagé d’un bout à l’autre du globe (l’album a été enregistré entre Cologne, Reykjavik, Melbourne, Seattle, Londres, Los Angeles et Tokyo !). Quixotic, c’est d’abord une transe quasi psychotique, aux prises avec un rythme souverain, impérieux, implacable – comme l’était déjà Sagittarian Domain, le précédent opus solo d’Oren Ambarchi, un unique morceau de 33 minutes sous haute influence « krautrock ». Une transe qui appelle la danse, et qui fait rêver à ce que différents chorégraphes épris de musique pourraient en tirer : Anne Teresa de Keersmaeker, William Forsythe, Maud Le Pladec, ou encore la Meg Stuart du sublime Violet – autre étourdissante montée chamanique à base de pulsations répétitives.

Oren Ambarchi n’est pas le premier musicien « électronique » ou « rock » (dans son cas, les guillemets s’imposent toujours dès qu’il s’agit de frontières stylistiques : de même lorsqu’on hésite à le qualifier de « guitariste ») à oser la grande forme. L’électronique justement, dès les années 1970 outre-Rhin, a été le prétexte à de grandes fresques, le plus souvent atmosphériques, « ambient ». Des fresques circonscrites déjà, à l’époque, au format d’un disque 33 tours, simple, voire (n’ayons pas peur de l’emphase) double. Car le disque, l’album, il faut le rappeler, c’est l’« œuvre » de tous ces musiciens qui n’ont pas l’envie (ni souvent, de toute façon, les moyens) d’écrire la musique, elle remplace dans le domaine des « musiques actuelles » cette partition qui est le sésame pour appartenir à la catégorie, plus noble (ne serait-ce que parce que l’on en parle au singulier) quoique tout aussi actuelle, de la musique contemporaine. On n’hésite d’ailleurs pas à employer le mot « opus » pour désigner la nouvelle production d’un musicien pop (alors qu’on parle rarement d’« albums » au sujet des musiciens classiques, c’est beauf)… Le format CD a même ensuite permis d’allonger la durée des disques. Pas toujours pour le meilleur, si l’on songe à tous ces albums-pensums produits depuis lors, instaurant en norme une quantité de musique qui, en équivalent vinyle, correspondait à un format – le double album – auquel les musiciens d’antan ne recouraient qu’à titre exceptionnel. Mais au moins peut-on écouter un disque d’un bout à l’autre sans avoir à changer de face… Il n’est pas plus mal que Quixotism ait d’abord paru (fin octobre) au format digital et CD, et il est presque étrange de le voir aujourd’hui édité en vinyle – hormis pour mettre en valeur sa belle pochette.

Oren Ambarchi n’est pas le premier, certes, mais il n’est pas non plus le moins ambitieux. Et le terme « œuvre » ne semble pas usurpé pour aborder ce disque qui n’est pas seulement formé d’une longue place étale ouverte à plus ou moins de variations (harmoniques, sonores), comme nombre de réussite de l’ambient et de la drone-music. La trame de Quixotism est bien sûr linéaire : le motif principal est ce martèlement qui sourd d’un début à l’autre de la pièce, magnifique pattern rythmique signé Thomas Brinkmann (un maître en la manière) dont Ambarchi déclare qu’il a en effet été à la base de son travail. Mais au fil de cette pulsation répétitive et de sa lente et inexorable progression (du tremblotement et du quasi silence aux montées les plus bassy, puis retour au silence), bien que le tempo en soit invariable, il a réussi à architecturer une succession de cinq parties très distinctes (correspondant à autant d’index du CD) qui, tantôt Lento, tantôt Sostenuto ou Cantabile, sont presque composés à la manière d’un poème symphonique.

A 45 ans, l’Australien est assurément un musicien caméléon (est-ce-le sens de la belle pochette en question ?). Né à Melbourne au sein d’une famille juive séfarade originaire d’Irak et formé dans une école orthodoxe de Brooklyn, batteur devenu guitariste parfois sans guitare, dont la discographie pléthorique retrace les innombrables collaborations (de Christian Fennesz à Keiji Haino, de Phill Niblock à Dave Grohl, d’Evan Parker à z’ev), Ambarchi est capable de jouer avec Sunn o))) comme d’interpréter une pièce d’Alvin Lucier sur la scène de l’Auditorium du Louvre, ou de faire paraître, chez Tzadik, un disque hommage au fondateur et premier rabbin du mouvement Loubavitch, une branche du judaïsme hassidique…

Quixotism est ainsi un vrai disque cosmopolite. S’il s’agit d’un poème symphonique, alors c’est un poème de l’ère du home-studio, agençant des enregistrements recueillis à travers toute la planète, auprès de musiciens issus de toutes les sphères : Eyvind Kang, Jim O’Rourke, le pianiste John Tilbury, et même l’Orchestre Symphonique d’Islande dirigé par Ilan Volkov… on dirait le générique d’un album de David Sylvian. (La référence/révérence n’est ici nullement anodine : le 24 novembre dernier, le grand chanteur anglais a lui aussi fait paraître en CD une longue composition, There’s A Light That Enters Houses With No Other House In Sight, autour de la voix et des textes du poète américain Franz Wright : on y retrouve John Tilbury – et c’est une autre grande réussite musicale de la fin 2014.)

Le donquichottisme, nous confirme un anonyme dictionnaire en ligne, c’est l’« attitude de celui qui se plaît à soutenir des causes généreuses même dans des circonstances difficiles » : défenseur d’une musique exigeante, intelligente, mais surtout diablement sensuelle et enthousiasmante, affranchie des œillères et du qu’en dira-t-on, musique qui fuit la facilité sans jamais être difficile, Oren Ambarchi n’a certainement pas choisi ce titre pour rien.

David Sanson

> Oren Ambarchi, Quixotism (Editions Mego)
> David Sylvian, There’s A Light That Enters Houses With No Other House In Sight (Samadhi Sound)

La peinture du dimanche #199 : Hercules Seghers

18 septembre 2016 § Poster un commentaire

Hercule Pietersz Segers ou Seghers, Vallée (huile sur bois, v. 1626-1630).

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Le mur du (vieux) çon #9 : Le crépuscule au Brésil

11 septembre 2016 § Poster un commentaire

mouvement-84(La chronique ci-dessous a paru dans le numéro 84 juillet-août 2016 de la revue Mouvement.)

Edité par Staubgold, Garagem Aurora, nouvel album du duo berlino-brésilien Telebossa, a entre autres mérites celui de ressusciter le doux et divin spectre des mélodies composées par le compositeur Heitor Villa-Lobos il y a près de cent ans.

C’est tout à fait par hasard que le CD Garagem Aurora, nouvelle production du label Staubgold, m’est arrivé entre les oreilles. Plus précisément à la faveur d’une visite à Perpignan, plus précisément encore chez l’improbablement nommé Cougouyou Musique(1), incroyable magasin de disques (vinyles) géré par le si affable Markus Detmer. C’est de Perpignan que celui-ci continue, lorsqu’il n’officie pas également comme DJ sous le nom de Monsieur Croque, de diriger ce label fondé à Cologne puis déménagé à Berlin, au catalogue prodigue en merveilles (To Rococo Rot, Mapstation, Leafcutter John, Paul Wirkus, Ekkehard Ehlers, Kammerflimmer Kollektief… jusqu’aux Flying Lizards), à un rythme, disons, catalan.

Rythme qui convient finalement bien à ce disque, le second signé du nom de Telebossa, lequel dissimule un duo berlinois réunissant le compositeur brésilien Chico Mello et le multi-instrumentiste et arrangeur Nicholas Bussmann. Le premier, par ailleurs musicien « savant » (l’Orchestre Symphonique de Berlin, entre autres, a joué ses œuvres), élève entre autres de Hans Joachim Koellreuter (le maître de Tom Jobim), donne ici de la voix (déchirante), tandis que le second troque souvent son violoncelle pour un piano venant se lover dans des arrangements singulièrement raffinés.

De fait, dès l’écoute liminaire, Garagem Aurora accroche d’emblée l’oreille. Est-ce ce mélange prégnant de savant et de populaire, où l’on croit souvent entendre le meilleur de la pop orchestrale (de Brian Wilson à Jerhek Bischoff – en passant par Van Dyke Parks qui signe ici un arrangement) se marier à l’héritage des compositeurs « classiques » (des modernistes d’avant-guerre aux répétitifs américains) ? Sont-ce le minimalisme de ces vignettes (on pense parfois aux fulgurances de Nick Drake ou des Kings of Convenence), leurs alanguissements électro des plus berlinois, qui les émancipent radicalement du format néo-bossa exploré sur l’opus initial du duo ? Est-ce la douceur manifeste du portugais brésilien, qui vient magnifier des morceaux déjà aussi beaux et délicats que Basta, O Luar ou Quireras, ou la richesse des timbres (vents, cordes, voix) qui s’y mêlent ? Toujours est-il qu’on ne sait pourquoi, la vertu cardinale de ce CD est peut-être d’en ressusciter un autre, plus ancien. Tellement ancien qu’il atteint sur Internet des prix prohibitifs pour un CD. Je veux parler de ce disque, édité en 1992 par Opus 111, qui recueille sous le titre « Views and Miniatures » un florilège de mélodies pour voix et ensemble du Brésilien Heitor Villa-Lobos (1887-1959), interprétées par le ténor Marcel Quillévéré, le pianiste Noel Lee et l’ensemble Erwartung dirigé par Bernard Desgraupes. De la musique de ce compositeur, parmi les plus prolixes de l’histoire de la musique (son œuvre compte plus de 2 000 opus, dont 12 symphonies et 17 quatuors à cordes, et les fameuses Bachianas brasileiras pour piano), ce disque semble synthétiser la quintessentielle beauté. Il est en tout cas, sans nul doute, le seul disque de musique vocale « lyrique » que j’écoute aussi fidèlement.

Comment décrire la grâce, l’évidence qui émanent de ces recueils de Miniaturas, Canções, Epigramas, Historietas ett autres Paisagens datant pour la plupart de l’orée des années 1920, précédant de peu, donc, l’arrivée de Villa-Lobos à Paris (il y vécut de 1923 à 1940) ? Disséquer l’achimie à l’œuvre dans des mélodies telles que Sertão no estio, Cromo n° 2, n° 3, Il Bove (et son violoncelle éploré), Tristeza, Sonho ou Jardim Fanado, dans lesquelles la ligne timide et fière de la voix laisse s’épancher, sur des textures instrumentales d’un raffinement inédit – à la pureté quasi ravélienne, à la pudeur presque romantique (Manha Na Praia) –, des textes d’une si contagieuse mélancolie ? Quel est ce sentiment de tension et de délassement mêlés, né d’une d’une incroyable concentration de moyens (beaucoup de ces « chansons » durent moins d’une minute) et de la langueur du portugais, qui étreint l’auditeur à l’écoute de ces trente-cinq pièces crépusculaires – mais consolantes, euphorisantes et térébrantes comme doit l’être le crépuscule au Brésil ? Comment expliquer ce sentiment de fragilité et de beauté, d’intimité et de vitalité, comment décomposer pareil alliage du vernaculaire et de l’apollinien ? A vous de le dire plutôt. Offrez-vous un moment de grâce : téléchargez ce disque(2).

David Sanson

1. Cougouyou Musique, 15, rue de la Cloche d’Or, 66000 Perpignan. Et aussi : http://www.staubgold.com
2. En cliquant (ne pas hésiter à m’écrire si le lien ne fonctionne plus).

 

La peinture du dimanche #198 : Jeffrey Smart

11 septembre 2016 § Poster un commentaire

Jeffrey Smart, Un orage s’approche de la voie ferrée (huile sur toile, 1955).

+ Jeffrey Smart approaching-storm-by-railway

La peinture du dimanche #197 : Vittore Carpaccio

4 septembre 2016 § Poster un commentaire

Vittore Scarpazza, dit Carpaccio, Déploration du Christ (huile sur toile, v. 1510).

+ Vittore Carpaccio La Déploration du Christ (vers 1510)

Review Memories #20 : Underworld, ‘Lovely Broken Thing’/’Pizza For Eggs’ (2006)

30 août 2016 § Poster un commentaire

LovelyBrokenThingVoilà longtemps (bientôt deux ans !) que cette rubrique « Review Memories » avait été par moi négligée. Si j’ai eu envie de republier cette chronique parue dans le numéro 39 de Mouvement il y a dix ans (avril-juin 2006), c’est parce qu’en voiture, cet été, j’ai réécouté ces deux « mini-albums » en y prenant un plaisir toujours aussi intense, et me suis souvenu (en bien) de la chronique que j’en avais rédigée alors.
C’est aussi parce qu’entre-temps (quelques mois plus tard la parution de cette chronique, le 5 juin 2006), un troisième et dernier volume – intitulé I’m a Big Sister, and I’m a Girl, and I’m a Princess, and This Is My Horse – était venu compléter et conclure ce « Riverrun Project ». C’est enfin que parce que même avec le recul, ce « Riverrun Project », distribué exclusivement sous forme dématérialisée via le site du groupe, me semble tirer profit avec beaucoup d’avance et d’intelligence des possibilités offertes par les nouveaux canaux de diffusion de la musique : se jouer des formats traditionnels (album/single) ; permettre une édition instantanée et spontanée, au jour le jour, qui est un autre moyen de rendre publique son travail et de faire, hum, œuvre (voir par ailleurs ma chronique consacrée aux demos) ; diffuser sous forme de fichiers informatiques, en accompagnement de la musique, des données de toute sorte, en l’occurrence des photos réalisées par Karl Hyde, moitié d’Underworld, qui entretien avec la photographie une relation aussi compulsive qu’avec l’écriture, comme en témoigne ses textes documentant minute par minute, en autant d’instantanés, ses pensées et sensations : 177 pour Lovely Broken thing (mis en ligne le 4 novembre 2005) ;444 (!) pour Pizza For Eggs (daté du 7 décembre 2015) ; 53 pour I’m a Big Sister...
Underworld ne se son contente pas d’anticiper des usages aujourd’hui rentrés dans les mœurs du music-business: il livre avec ces bribes fondues-enchaînées, formant trois longues plages de 30 minutes chacune, trois magistrales pièces de musique électronique.

UNDERWORLD – Lovely Broken ThingPizzaForEggs
Pizza For Eggs
(Underworldlive.com)

On pouvait s’étonner de rester sans nouvelles discographiques d’Underworld depuis A Hundred Days Off, album en demi-teinte publié en 2002 chez V2, qui montrait Karl Hyde et Rick Smith de nouveau livrés à eux-mêmes après le départ de Darren Emerson, le jeune DJ par lequel le miracle (comprenez : le succès) était arrivé. Et ce, alors même que les deux acolytes continuaient d’honorer de leur présence (et quiconque les a vus sur scène sait qu’il ne s’agit pas là d’un vain mot) certains festivals estivaux. En fait, c’est sur leur nouveau site/label Internet, Underworldlive, qu’il fallait chercher ces nouvelles, à savoir : deux mini-albums publiés au début de l’hiver, et disponibles en téléchargement payant. Deux disques qui, au début, peuvent sembler composés de chute de studios, de bribes de morceaux laissés à l’état d’ébauches et fondu/enchaînés pour l’occasion. Des disques qui, bien vite, font l’effet de fulgurants DJ sets dans lesquels le duo, en se mixant lui-même, livrerait le condensé de ses talents : sa capacité à faire se mélanger les influences, qui partent de la new wave et de l’électro-pop pour faire se rencontrer le dub et l’exotica, la techno et l’IDM, l’electronica et la jungle, Kraftwerk et Eno, guitares et breakbeats ; son sens inné du rythme, à l’échelle d’un morceau comme – faculté pas si fréquente sur la scène électronique – d’un albuIm-a-Big-Sisterm ; son intelligence et son ambition artistiques, à l’aune de la folle énergie d’un Karl Hyde qui chante toujours aussi bien, et dont les textes restent autant d’instantanés épousant son quotidien sous forme de cut up poétiques – à l’image aussi des centaines de photos numérisées téléchargeables avec les disques. Lovely Broken Thing est plus agressif, rock (on pense parfois à Wire) et clubby, souvent même redoutablement. Pizza For Eggs – dont le premier mot est « Imagination » et le dernier « Amnesia » – est plus atmosphérique, évoquant parfois, jusqu’en ses réminiscences de Steve Reich, le magnifique album de Marc Leclair (alias Akufen), Musique pour 3 femmes enceintes, paru l’an dernier – sans parler de Brian Eno. Dans les deux cas, c’est bien l’œuvre d’un groupe majeur, l’un des plus représentatifs de son époque dans ce qu’elle peut offrir de stimuli à la créativité.

David Sanson

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