La peinture du dimanche #222 : Helene Schjerfbeck

26 février 2017 § Poster un commentaire

Helene Schjerfbeck, Portrait d’une jeune fille (huile sur toile, 1886).

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La peinture du dimanche #221 : Kanō Eitoku

19 février 2017 § Poster un commentaire

Kanō Kuninobu, dit Genjirō, dit Eitoku (狩野 永徳)Vues à l’intérieur et à l’extérieur de la capitale, Kyoto (paravent à six feuilles, couleurs et or sur papier honkin, 160,5 x 364,5 cm, 1561-1562).

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La peinture du dimanche #220 : Ferdynand Ruszczyc

12 février 2017 § Poster un commentaire

Ferdynand Ruszczyc, Vieux pommiers (huile sur toile, 85 x 165 cm, 1903).

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(Le Polonais Ferdynand Ruszczyc étudia à Saint-Pétersbourg chez deux de mes peintres russes préférés : Ivan Chichkine et Arkhip Kouïndji.)

La peinture du dimanche #219 : Whitney Bedford

5 février 2017 § Poster un commentaire

Whitney Bedford, Cactus, Trash, and Treasure (encre et huile sur panneau, 92 x 122 cm, 2016).

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(Cette artiste américaine née en 1976 expose à partir du 9 février à la galerie Art:Concept, à Paris.)

Quitter Paris (avec Paul Valéry)

3 février 2017 § 1 commentaire

Au moment où je m’apprête à, enfin, quitter Paris, je recopie ces lignes extraites d’Une soirée avec monsieur Teste de Paul Valéry (1896) – livre étonnant que j’ai découvert il y a peu -, lignes qui contiennent, outre quelques admirables considérations sur un tel exil, des pensées drôlement justes sur la vanité ordinaire de la vie des arts&deslettres de cette ville « où la littérature, et la science, et les arts, et la politique d’un grand pays sont jalousement concentrés… ».

 

monsieur-testeA force, toutefois, de tant d’agitation de nos os et de nos idées dans les ténèbres, le soleil et Paris sortent enfin du jeu.

Mais l’être de l’esprit, – le petit homme qui est dans l’homme, – (et qui est toujours supposé dans la grossière imagination que nous nous faisons de la connaissance), opère de son côté son changement de présence. […]

Je me figure donc, comme je puis, que le sentiment du changement de notre séjour s’accompagne dans quelque substance inconnue, et qui nous est essentielle, d’un travail de détachement et de renouement subtils. C’est une classification profonde qui se transforme. A peine le départ résolu, et bien avant que le corps ne s’y mette, l’idée seule que tout va changer autour de nous intime à notre système caché une modification mystérieuse. De sentir que l’on s’en va, toutes choses encore tangibles perdent aussitôt leur existence prochaine. Elles sont comme frappées dans les puissances de leur présence, dont quelques-unes s’évanouissent. Hier encore, vous étiez près de moi, et il y avait en moi une secrète personne déjà toute disposée à ne plus vous voir de longtemps. Je ne vous retrouvais plus dans le temps rapproché, et cependant je vous tenais la main. Vous m’étiez coloré d’absence, et comme condamné à ne point avoir d’avenir imminent. Je vous regardais de près, je vous voyais au loin. Vos mêmes regards ne contenaient plus de durée. Il me semblait qu’il y eût entre vous et moi deux distances, l’une encore insensible, l’autre immense déjà ; et je ne savais pas quelle il fallait prendre pour la plus réelle des deux…

[…]

Tout à coup je me sentis à Paris, quelques heures avant que d’y être. Je reprenais sensiblement mes esprits parisiens qui s’étaient un peu dissipés dans mes voyages. Ils s’étaient réduits à des souvenirs ; ils redevenaient maintenant des valeurs vivantes et des sources que l’on doit utiliser à chaque instant.

Quel démon que celui de l’analogie abstraite ! – Vous savez comme il me tourmente quelquefois ! – Il me souffrait de comparer cette altération indéfinissable qui se passait en moi, à un changement assez brusque de certaines probabilités mentales. Telle réponse, tel mouvement, telle action de notre visage, qui sont à Paris les effets instantanés de nos impressions, ne nous sont plus si naturels quand nous sommes retirés à la campagne, ou plongés dans un milieu suffisamment écarté. Le spontané n’est plus le même. Nous ne sommes prêts à répondre qu’à ce qui est probablement voisin. […]

Je me sentais donc ressaisir par un autre système de vie, et je connaissais mon retour comme une sorte de rêve de ce monde où je revenais. Une ville où la vie verbale est plus puissante, plus diverse, plus active et capricieuse qu’en toute autre, se préparait en moi par l’idée d’une confusion étincelante. Le dur murmure du train prêtait à ma distraction imagée l’accompagnement de la rumeur d’une ruche.

Il me semblait que nous avancions vers un nuage de propos. Mille gloires en évolution, mille titres d’ouvrages par seconde paraissaient, périssaient indistinctement dans cette nébuleuse grandissante. Je ne savais pas si je voyais ou si j’entendais cette agitation insensée. Il y avait des écritures qui criaient, des paroles qui étaient des hommes, et des hommes qui étaient des noms… Point de lieu sur la terre, pensai-je, où le langage ait plus de fréquence, plus de résonances, moins de réserve, qu’en ce Paris où la littérature, et la science, et les arts, et la politique d’un grand pays sont jalousement concentrés. Les Français ont amassé toutes leurs idées dans une enceinte. Nous y vivons dans notre feu.

Dire ; redire; contredire ; prédire ; médire… Tous ces verbes ensemble me résumaient le bourdonnement du paradis et de la parole.

Quoi de plus fatigant que de concevoir le chaos d’une multitude d’esprits ? – Chaque pensée dans ce tumulte trouve sa pareille, son adverse, son antécédente et sa suivante. Tant de similitudes, tant d’imprévu la découragent.

Imaginez-vous le désordre incomparable qu’entretiennent dix mille êtres essentiellement singuliers ? Songez à la température que peut produire dans ce lieu un si grand nombre d’amours propres qui s’y comparent. Paris enferme et combine, et consomme ou consume la plupart des infortunés que leurs destins ont appelés aux professions délirantes… Je nomme ainsi tous ces métiers dont le principal instrument est l’opinion que l’on a de soi-même, et dont la matière première est l’opinion que les autres ont de vous. Les personnes qui les exercent, vouées à une éternelle candidature, sont nécessairement toujours affligées d’un certain délire des grandeurs qu’un certain délire de la persécution traverse et tourmente sans répit. Chez ce peuple d’uniques règne la loi de faire ce que nul n’a jamais fait, et que nul jamais ne fera. C’est du moins la loi des meilleurs, c’est-à-dire de ceux qui ont le cœur de vouloir nettement quelque chose d’absurde… Ils ne vivent que pour obtenir et rendre durable l’illusion d’être seuls, – car la supériorité n’est qu’une solitude située sur les limites actuelles d’une espèce. Ils fondent chacun son existence sur l’inexistence des autres, mais auxquels il faut arracher leur consentement qu’ils n’existent pas… Remarquez bien que je ne fais que de déduire ce qui est enveloppé dans ce qui se voit. Si vous doutez, cherchez donc à quoi tend un travail qui doit ne pouvoir absolument être fait que par un individu déterminé, et qui dépend de la particularité des hommes ? Songez à la signification véritable d’une hiérarchie fondée sur la rareté. – Je m’amuse parfois d’une image physique de nos cœurs, qui sont faits intimement d’une énorme injustice et d’une petite justice combinées. J’imagine qu’il y a dans chacun de nous un atome important entre nos atomes, et constitué par deux grains d’énergie, qui voudraient bien se séparer. Ce sont des énergies contradictoires, mais indivisibles. La nature les a jointes pour toujours, quoique furieusement ennemies. L’une est l’éternel mouvement d’un gros électron positif, et ce mouvement engendre une suite de sons graves où l’oreille intérieure distingue sans nulle peine une profonde phrase monotone : Il n’y a que moi. Il n’y a que moi. Il n’y a que moi, moi, moi… Quant au petit électron radicalement négatif, il crie à l’extrême de l’aigu, et perce et reperce de la sorte la plus cruelle le thème égotiste de l’autre : Oui, mais il y a un tel… Oui, mais il y a un tel…Tel, tel, tel. Et tel autre !… Car le nom change assez souvent…

Bizarre royaume où toutes les belles choses qui s’y produisent sont une amère nourriture pour toutes les âmes moins une. Et plus elles sont belles, plus amèrement ressenties.

Tenez encore. Il me semble que tout mortel possède tout auprès du centre de sa machine, et en belle place parmi les instruments de la navigation de sa vie, un petit appareil d’une sensibilité incroyable qui lui marque l’état de l’amour de soi. On y lit que l’on s’admire, que l’on s’adore, que l’on se fait horreur, que l’on se raye de l’existence ; et quelque vivant index, qui tremble sur le cadran secret, hésite terriblement prestement entre le zéro d’être une bête et le maximum d’être un dieu.

Eh bien, mon tendre ami, si vous voulez comprendre quelque chose à bien des choses, il faut songer qu’un appareil si vital et si délicat est le jouet du premier venu.

 

* * * * * *

 

C’est ce que je porte d’inconnu à moi-même qui me fait moi.
C’est ce que j’ai d’inhabile, d’incertain qui est bien moi-même.
Ma faiblesse, ma fragilité…
Les lacunes sont ma base de départ. Mon impuissance est mon origine.
[…]

Soumets-toi tout entier à ton meilleur moment, à ton plus grand souvenir.
C’est lui qu’il faut reconnaître comme roi du temps,
Le plus grand souvenir,
L’état où doit te reconduire tout discipline.
Lui qui te donne de te mépriser, ainsi que de te préférer justement.
[…]

Où suis-je ?

Vous consultez les archives de février, 2017 à "What you give is yours, what you retain is lost forever." (Armenian proverb).

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