Review Memories #20 : Underworld, ‘Lovely Broken Thing’/’Pizza For Eggs’ (2006)

LovelyBrokenThingVoilà longtemps (bientôt deux ans !) que cette rubrique « Review Memories » avait été par moi négligée. Si j’ai eu envie de republier cette chronique parue dans le numéro 39 de Mouvement il y a dix ans (avril-juin 2006), c’est parce qu’en voiture, cet été, j’ai réécouté ces deux « mini-albums » en y prenant un plaisir toujours aussi intense, et me suis souvenu (en bien) de la chronique que j’en avais rédigée alors.
C’est aussi parce qu’entre-temps (quelques mois plus tard la parution de cette chronique, le 5 juin 2006), un troisième et dernier volume – intitulé I’m a Big Sister, and I’m a Girl, and I’m a Princess, and This Is My Horse – était venu compléter et conclure ce « Riverrun Project ». C’est enfin que parce que même avec le recul, ce « Riverrun Project », distribué exclusivement sous forme dématérialisée via le site du groupe, me semble tirer profit avec beaucoup d’avance et d’intelligence des possibilités offertes par les nouveaux canaux de diffusion de la musique : se jouer des formats traditionnels (album/single) ; permettre une édition instantanée et spontanée, au jour le jour, qui est un autre moyen de rendre publique son travail et de faire, hum, œuvre (voir par ailleurs ma chronique consacrée aux demos) ; diffuser sous forme de fichiers informatiques, en accompagnement de la musique, des données de toute sorte, en l’occurrence des photos réalisées par Karl Hyde, moitié d’Underworld, qui entretien avec la photographie une relation aussi compulsive qu’avec l’écriture, comme en témoigne ses textes documentant minute par minute, en autant d’instantanés, ses pensées et sensations : 177 pour Lovely Broken thing (mis en ligne le 4 novembre 2005) ;444 (!) pour Pizza For Eggs (daté du 7 décembre 2015) ; 53 pour I’m a Big Sister...
Underworld ne se son contente pas d’anticiper des usages aujourd’hui rentrés dans les mœurs du music-business: il livre avec ces bribes fondues-enchaînées, formant trois longues plages de 30 minutes chacune, trois magistrales pièces de musique électronique.

UNDERWORLD – Lovely Broken ThingPizzaForEggs
Pizza For Eggs
(Underworldlive.com)

On pouvait s’étonner de rester sans nouvelles discographiques d’Underworld depuis A Hundred Days Off, album en demi-teinte publié en 2002 chez V2, qui montrait Karl Hyde et Rick Smith de nouveau livrés à eux-mêmes après le départ de Darren Emerson, le jeune DJ par lequel le miracle (comprenez : le succès) était arrivé. Et ce, alors même que les deux acolytes continuaient d’honorer de leur présence (et quiconque les a vus sur scène sait qu’il ne s’agit pas là d’un vain mot) certains festivals estivaux. En fait, c’est sur leur nouveau site/label Internet, Underworldlive, qu’il fallait chercher ces nouvelles, à savoir : deux mini-albums publiés au début de l’hiver, et disponibles en téléchargement payant. Deux disques qui, au début, peuvent sembler composés de chute de studios, de bribes de morceaux laissés à l’état d’ébauches et fondu/enchaînés pour l’occasion. Des disques qui, bien vite, font l’effet de fulgurants DJ sets dans lesquels le duo, en se mixant lui-même, livrerait le condensé de ses talents : sa capacité à faire se mélanger les influences, qui partent de la new wave et de l’électro-pop pour faire se rencontrer le dub et l’exotica, la techno et l’IDM, l’electronica et la jungle, Kraftwerk et Eno, guitares et breakbeats ; son sens inné du rythme, à l’échelle d’un morceau comme – faculté pas si fréquente sur la scène électronique – d’un albuIm-a-Big-Sisterm ; son intelligence et son ambition artistiques, à l’aune de la folle énergie d’un Karl Hyde qui chante toujours aussi bien, et dont les textes restent autant d’instantanés épousant son quotidien sous forme de cut up poétiques – à l’image aussi des centaines de photos numérisées téléchargeables avec les disques. Lovely Broken Thing est plus agressif, rock (on pense parfois à Wire) et clubby, souvent même redoutablement. Pizza For Eggs – dont le premier mot est « Imagination » et le dernier « Amnesia » – est plus atmosphérique, évoquant parfois, jusqu’en ses réminiscences de Steve Reich, le magnifique album de Marc Leclair (alias Akufen), Musique pour 3 femmes enceintes, paru l’an dernier – sans parler de Brian Eno. Dans les deux cas, c’est bien l’œuvre d’un groupe majeur, l’un des plus représentatifs de son époque dans ce qu’elle peut offrir de stimuli à la créativité.

David Sanson

Publicités

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s