Le mur du (vieux) çon #4 : Un automne danois

29 décembre 2015 § Poster un commentaire

Mouvement_79(La chronique ci-dessous a paru dans le numéro 79 septembre-octobre 2015 de la revue Mouvement.)

Trio de « digital power rock » originaire de Copenhague et jadis chaperonné par Colin Newman, Silo construit une musique aussi inouïe qu’inconnue. Work, troisième album paru en 2014 treize ans après le précédent, devrait rejoindre celui-ci aux panthéon des futurs trésors cachés des années 2000.

(Parfois – en ces temps où la musique n’a jamais été si profuse, où l’on croule quotidiennement sous les nouveautés (au point que certains en sont déjà en novembre à publier leur « top 10 » d’une année qui n’a pas encore fini de s’écouler !), où Internet, ne serait-ce que via YouTube, met à disposition, pour toutes les époques et dans tous les styles, les perles les plus illégitimement méconnues comme les exactions des troisièmes couteaux les plus valeureux – on se demande quels seront les albums auxquels, dans quelques décennies, les archéologues patentés de la pop décerneront le titre de « chefs-d’œuvre méconnus » de ces premières décennies du nouveau millénaire. On ne pense pas tant aux archéologues amateurs – les authentiques fans, ceux qui valent aujourd’hui aux disques d’Asylum Party comme de Coil de s’échanger à prix d’or – qu’aux prescripteurs les plus officiels, ceux qui se chargent, dans les officines branchées, d’écrire et réécrire l’histoire à grands renforts de superlatifs et de pages de publicité, ceux chez qui une « révélation » chasse l’autre, semaine après semaine. Quels albums seront réévalués après que le temps aura fait son œuvre en même temps qu’affiné nos oreilles (comme peuvent l’être les œuvres de certains cinéastes jadis considérés au mieux avec condescendance, tandis que d’autres, comme en répercussion, se voient brutalement dévalorisés par ceux-là mêmes qui les avaient portés au pinacle) ? Quels seront par exemple les « 10 trésors secrets des ’10’s » qui tôt ou tard auront l’heur d’être, pour quelques temps du moins, adoubés par les branchés, qui se détacheront de la masse in/protéiforme de toutes ces musiques virtuellement disponibles ? Ceux dont l’histoire retiendra les noms, au moins pour quelques générations ? Dans le domaine de la pop music, où la démocratisation des outils de production a naturellement démultiplié cette dernière, la question se pose avec plus d’acuité encore que pour tout autre domaine artistique, et en même temps avec un enjeu moindre, si l’on se dit que la péremption, l’éphémère, les amnésies générationnelles successives sont consubstantielles au fonctionnement de la pop.)

Final-1000px
Branché ou pas, pour ma part, j’espère de tout cœur que le temps permettra de donner une seconde chance à Alloy, second opus des Danois de Silo, paru en avril 2001 sur Swim~, le label de Colin Newman (Wire). Cet album en effet s’affirme chaque jour davantage comme l’une des réussites musicales les plus totales de la décennie 2000. Dans Octopus, je l’avais dépeint à l’époque (on peut lire cette chronique plus bas sur ce blog) comme le produit d’une jam session entre le Cure période « glacée » (celle de Carnage Visors) et l’Autechre période « pop » (celle d’Amber), et cette formule, pour être lapidaire, continue de m’apparaître comme une définition pertinente de cette musique à la fois profondément radicale et complètement entêtante. « J’aime la musique qui m’affecte de la même manière que l’architecture, c’est-à-dire qui me donne un sentiment d’espace », expliquait alors Frederik Amitzbøll, porte-parole (et guitariste) du trio. Puissante et minimaliste, prenante et monolithique, confondante de grâce et d’intelligence, la musique selon Silo se rapprocherait dans ce cas certainement de l’architecture d’un Peter Zumthor. Elle était le fruit d’un patient travail sur ordinateur systématisant l’usage de la boucle à tous les instruments : batterie (dont les patterns, suivant des métriques généralement impaires, servent de base aux morceaux du groupe), guitare, basse (plus quelques claviers et voix parcimonieux). Cette musique avait en tout cas été une révélation pour Colin Newman, qui modifia en profondeur sa vision de la production après avoir travaillé sur le premier CD de Silo, Instar, ce dont témoignent tous les disques de Wire produits dans les années 2000.

Du trio en revanche, plus de trace depuis 2001, après quelques rares concerts dans leur pays (en première partie de Godspeed! You Black Emperor et Pole notamment). L’un de ses musiciens s’en était allé ouvrir une ferme mutante dans quelque île de l’océan Indien, les autres terminaient leurs études ; Frederik Amitzbøll a entre-temps lancé la marque de A1JdfMjZGoL._SL1500_prêt-à-porter Uncommon Creatures, le batteur Søren Dahlgaard est devenu peintre ; voilà pour le storytelling. Et l’on s’était presque fait à l’idée de leur disparition musicale quand au printemps 2014, en catimini, nous parvenait un nouvel et troisième album de Silo, Work, paru sur un label nommé Novennial Paralysis. Et de nouveau le grand silence médiatique. Des comptes Facebook, Twitter, Soundcloud inactifs depuis un an et demi, de belles photos de presse jamais parues dans nul magazine. Et de nouveau un album qui semble bien parti pour postuler, comme Alloy à la décennie précédente, à tous les futurs « tops 10 des trésors méconnus des 10’s » dont on ne manquera pas, tôt ou tard, de nous abreuver. Si les musiciens de Silo avaient voulu emprunter son titre à l’œuvre du plus fameux de leurs compatriotes philosophes, ce disque se serait appelé La Reprise.

« Lire la suite »

La peinture du dimanche #161 : Carl Holsøe

27 décembre 2015 § Poster un commentaire

carl Vilhem Holsøe, Intérieur d’un salon avec femme (huile sur toile, v. 1900).

+ Carl_Holsøe_Salon_interieur_with_a_woman

La peinture du dimanche #160 : Giorgione

20 décembre 2015 § Poster un commentaire

giorgio Barbarelli (ou Zorzi da Vedelago ou da Castelfranco), dit Giorgione, Adoration de l’Enfant (huile sur toile, v. 1506).

+ Giorgione Nativité
(Joyeux Noël à tous !)

La peinture du dimanche #159 : Hans Op de Beeck

13 décembre 2015 § Poster un commentaire

hans Op de Beeck, Amusement Park Skyline (aquarelle noir et blanc sur papier Arches dans cadre de bois, 2014).

+ Hans Op de Beek

(On peut voir atuellement cette aquarelle dans la très belle exposition Belgique à la galerie Daniel Templon – ainsi que des pièces de Michael Borremans, Peter Buggenhout, Berlinde De Bruyckere, Thierry De Cordier, Wim Delvoye, Jan Fabre, Hans Op de Beeck, Luc Tuymans et Jan Van Imschoot)

La peinture du dimanche #158 : Erastus Salisbury Field

6 décembre 2015 § Poster un commentaire

erastus Salisbury Field, Historical Monument of the American Republic (huile sur toile, 1867-88).

+ Erastus_Salisbury_Field_-_Historical_Monument_of_the_American_Republic

 

Où suis-je ?

Vous consultez les archives de décembre, 2015 à "What you give is yours, what you retain is lost forever." (Armenian proverb).

%d blogueurs aiment cette page :