La peinture du dimanche #114 : Robert Rauschenberg

25 janvier 2015 § 1 commentaire

robert Rauschenberg, Rébus (huile, peinture polymère synthétique, crayon, crayon de couleur, pastel, papiers imprimés et peints, et tissu sur trois panneaux de toile montée et agrafée sur tissu, 1955).

+ Rauschenberg Rebus

La peinture du dimanche #113 : Józef Pankiewicz

18 janvier 2015 § Poster un commentaire

józef Pankiewicz, Parc à Duboj (huile sur toile, 1896).

+ Jozef-pankiewicz-park-w-duboju_5

« Le passé n’existe pas » – Entretien avec Valentin Silvestrov

11 janvier 2015 § 1 commentaire

En ces temps troublés, la venue prochaine du compositeur Valentin Silvestrov à Paris, pour deux soirées exceptionnelles, les 14 et 15 janvier, au Collège des Bernardins, peut sembler bien dérisoire. Mais elle peut aussi apparaître, au contraire, comme une singulière consolation – et une manière de réaffirmer (derrière ce compositeur ukrainien qui, depuis un an, est sorti de sa neutralité pour s’engager aux côtés des manifestants de la place Maïdan) la force nécessaire de la musique et de l’art, leur vocation à élever les esprits et à abattre les murs. L’entretien qui suit a été publié sur Questions d’artistes, le blog de la création contemporaine au Collège des Bernardins.

L’arrondissement de Charlottenburg a toujours été, depuis les années 1920, la terre d’élection de la diaspora russe à Berlin – il est même parfois surnommé « Charlottengrad ». C’est là, non loin du fameux théâtre de la Schaubühne, dans ce quartier où vécurent les écrivains Vladimir Nabokov, Andreï Biély ou Ilya Ehrenbourg, que le compositeur Valentin Silvestrov nous reçoit en ce pluvieux matin d’octobre. Là qu’il est aujourd’hui venu chercher quelques mois d’un repos nécessaire, après les troubles qui ont déchiré son pays et ensanglanté sa ville de Kiev, le conduisant pour la première fois, à 77 ans, à sortir de sa réserve, fort de la conviction que « la musique a désormais un rôle politique à jouer ». Plusieurs fois, au cours de notre conversation, il fera part de son désir de s’exprimer sur le sujet – d’être interrogé non seulement sur sa musique, sa vie d’artiste, mais aussi en tant qu’homme et que citoyen. Et lorsque la discussion en arrivera aux événements de place Maïdan, l’artiste philosophe se mue en un citoyen passionné, et révolté…

Auparavant, on aura eu le rare privilège d’écouter Valentin Silvestrov parler de sa musique, et de cette œuvre singulière que le Collège des Bernardins met à l’honneur en janvier, lors de deux soirées exceptionnelles. Car la venue à Paris du compositeur ukrainien est un véritable événement. Artistique d’abord – tant sa musique reste encore peu jouée en France –, mais aussi politique, dans le contexte de cette inextricable « crise ukrainienne » dans laquelle est entrée, depuis un an, son pays natal. Si elle s’inscrit dans le cadre du cycle « Alterminimalismes » proposé depuis mars 2011 aux Bernardins, cette visite vient également prolonger celle de son collègue et ami, l’Estonien Arvo Pärt, lors de l’édition 2012 du Festival des Heures. Il n’est guère étonnant que ces deux compositeurs (tous deux publiés par l’indispensable label ECM soient très proches, si l’on considère leurs parcours respectifs : emblématiques d’une génération (Pärt est né en 1935, Silvestrov en 1937) autant que d’une époque (l’âge de la guerre froide, vécue de l’autre côté du Rideau de Fer), ceux-ci présentent en effet plus d’un point commun. Comme Arvo Pärt, Valentin Sivestrov fut d’abord, durant les années 1960, aux avant-postes de la modernité musicale d’un pays qui était alors une république soviétique : remarquée dans les bastions de l’avant-garde musicale occidentale (le festival de Darmstadt, par exemple), sa musique lui valut ainsi d’être mis à l’index par la police musicale communiste (la sacro-sainte Union des Compositeurs). Comme Arvo Pärt, Silvestrov, désireux selon ses dires de sortir du « ghetto » de la musique contemporaine, traversa à la décennie suivante une période de remise en question créatrice qui le conduisit à une refonte radicale de son langage.

Mais si ce langage, pas moins que celui d’Arvo Pärt, n’hésite à revenir à une tonalité mise à l’index depuis 1945 par l’avant-garde institutionnelle de l’Ouest, s’il possède une même dimension élégiaque et contemplative, cette dernière procède d’une optique bien différente. Là où Pärt cherche, en revenant aux racines religieuses de la musique polyphonique, à exalter une vertu quintessentielle, intemporelle, quasi divine, de la Musique, Silvestrov en ausculte surtout la dimension mémorielle. Sa musique, qu’il qualifie de « métaphorique », est éminemment contemporaine au sens où l’entendait, dans le domaine des arts plastiques, le philosophe Arthur Danto. Pour le théoricien de la « fin de l’histoire de l’art », les plasticiens contemporains évoluent dans un champ où, toutes les voies ayant été explorées, coexistent une infinité d’expressions et d’esthétiques. De la même manière, Silvestrov s’inscrit ainsi clairement dans le développement de l’art musical :« Du fait de l’avancement de notre conscience artistique, il est de moins en moins possible de « commencer au commencement« , pour employer une image… Ce que cela signifie, ce n’est pas la fin de la musique en tant qu’art, mais la fin de la musique – une fin dans laquelle il lui est permis de s’attarder encore longtemps. Dans le cadre de cette coda, justement, une vie immense est possible… » La musique de Silvestrov évolue ainsi dans cette « coda » d’une musique écrite de tradition occidentale dont elle ne se prive jamais de citer l’histoire. Prenant ses distances avec la « postmodernité », cette « métamusique » (pour reprendre le titre de sa monumentale « symphonie pour piano et orchestre » de 1992, l’une de ses œuvres les plus fascinantes) à nulle autre pareille, que Frans C. Lemaire a définie comme « l’épilogue ultime du grand romantisme »(1), est faite de réminiscences et de « bribes – mozartiennes, schubertiennes ou mahlériennes – infiniment diluées dans un espace sonore affranchi de toute pesanteur » (André Hautot)… Un entretien rare, à tous les égards(2), plein d’esprit et de sagesse.

« Comme un vin jeune, qui bouillonne… »

Vous avez commencé l’apprentissage de la musique relativement tard, et d’abord en autodidacte. Mais comment y êtes-vous venu ?
Valentin Silvestrov : Ma famille était mélomane. Mon père pratiquait en amateur plusieurs instruments, ma mère chantait. La musique était donc présente, mais ce n’était pas une famille de musiciens professionnels. Si mon intérêt pour la musique est né très tôt, je ne saurais trop vous dire pourquoi. Certains enfants veulent apprendre le dessin, d’autre faire du sport, dans mon cas cela a été la musique. Mais dès que j’ai commencé, il était trop tard pour arrêter (sourire)

Votre musique est avant tout une musique du « souvenir ». Avez-vous un souvenir musical particulier, une œuvre qui vous a marqué dans votre enfance ?
La musique est de toute façon étroitement liée à la mémoire, elle est, dans son ensemble, une mémoire de la culture musicale. Et cela ne vaut pas que pour la musique. Ce peut être un mot, par exemple, que vous prononcez et qui, immédiatement, devient un objet de souvenir, actionne la mémoire. Ce halo où je me trouve en tant que compositeur a énormément à voir avec la mémoire, le souvenir. Parce que pour moi, le plus important quand vous entendez quelque chose, n’est pas simplement d’y prendre plaisir, de le laisser filer et de l’oublier ; pour moi, l’important est que l’on s’en rappelle, et que l’on y revienne…

Dans les années 1960, la musique que vous pratiquez est radicalement nouvelle. Avec le groupe dit « Avant-Garde de Kiev », vous étiez alors parmi les pionniers de l’avant-garde sérielle en territoire soviétique… Qu’est-ce qui, à l’époque, vous a attiré vers cette nouvelle musique ?
C’était comme un vin jeune, qui bouillonne (sourire). L’avant-garde était une nouvelle forme de romantisme : un groupe de jeunes gens qui commençait à faire quelque chose de neuf. A cette époque, les maîtres (Stockhausen, Xenakis) n’étaient finalement pas beaucoup plus vieux que leurs disciples, il n’y avait pas beaucoup de distance entre eux et nous…

Quel était votre quotidien, à Kiev, à cette époque où vos compositions remportaient du succès dans les bastions de l’avant-garde occidentale alors qu’elles étaient (en partie de ce fait) mises à l’index par les autorités soviétiques ?
C’était un peu comme un monastère (sourire). Pour notre groupe de jeunes compositeurs, il était moins important d’être reconnu publiquement et socialement que d’échanger entre nous… Dans cette situation, nous ne souffrions pas trop de ne pas avoir accès à tout ce qui se faisait en Occident. Sur de jeunes esprits, une avalanche d’informations peut avoir un effet paralysant… Nous n’avions à notre disposition que quelques bribes d’information : l’avantage était qu’à partir de cela, il nous était beaucoup plus facile de faire marcher notre imagination… Lorsqu’il est revenu du festival du Printemps de Varsovie, par exemple, mon grand ami, le chef Igor Blaschkov – une des grandes figures de l’avant-garde de Kiev, en lien avec de nombreux correspondants à l’étranger – n’a par exemple ramené que quatre partitions : la Circus-Polka et le Scherzo à la russe de Stravinsky, le Concerto pour neuf instruments de Webern et les Altenberg-Lieder de Berg. Et c’était suffisant pour nous causer une impression profonde, résonner en nous et stimuler notre inspiration… Et puis, on pouvait trouver, dans les magasins de partitions de Kiev, quantité de partitions de l’avant-garde polonaise. C’est assez typique de la censure soviétique, qui a parfois négligé beaucoup de choses… J’ajouterai que notre groupe n’était pas seulement limité à Kiev : une vraie fraternité nous unissait avec les avant-garde des autres républiques soviétiques, et des gens comme Sonia Goubaïdoulina, Tigran Mansurian, Edison Denisov, Alfred Schnittke, etc. C’était un bouillonnement d’inspiration, d’échanges autour de la musique. Une période brève, mais très intense.

N’avez-vous jamais eu peur de ne plus pouvoir continuer à composer, par exemple ?
Peut-être mes parents avaient-ils peur (sourire)… mais pas moi. J’étais naïf, comme un jeune oiseau qui ne serait encore jamais tombé du nid. En revanche, il est certain que l’un des grands scandales de ce temps a été causé en 1970 par la création, à Kiev, de ma pièce Monodie pour piano et orchestre, qui avait été déjà plusieurs fois donnée à l’Ouest. Cela a peut-être été l’une des raisons de mon exclusion de l’Union des compositeurs…

Silvestrov_Masotti PF 1

« Lire la suite »

La peinture du dimanche #112 : Edward Rusha

11 janvier 2015 § Poster un commentaire

ed Rusha, Ghost Ship (huile et émail sur toile, 1986).

+ ed-ruscha-Ghost ship

La peinture du dimanche #111 : Gustav Klimt

4 janvier 2015 § Poster un commentaire

gustav Klimt, Île sur le lac d’Attersee (huile sur toile, v. 1901).

+ Kimt Insel
(S’agit-il de l’île sur laquelle se trouve le délicieux château de Litzlberg ?)

Litzlberg_Sommer

Où suis-je ?

Vous consultez les archives de janvier, 2015 à "What you give is yours, what you retain is lost forever." (Armenian proverb).

%d blogueurs aiment cette page :