Review Memories #19 : Jean-Louis Florentz, ‘L’Enfant des îles’ (2003, Octopus/Mouvement)

Cover FlorentzC’est peu de dire que l’anniversaire des dix ans de la disparition prématurée de Jean-Louis Florentz (le 4 juillet 2004, à l’âge de 56 ans) n’aura guère mobilisé les orchestres français. Cela est d’autant plus regrettable que chaque écoute de sa musique confirme la beauté et la singularité de celle-ci, digne héritière, dans son hédonisme sonore ourlé de mélancolie, de celles de Ravel et Debussy. Avec le recul, ce disque – le dernier enregistrement de son œuvre paru de son vivant – n’a rien perdu de son éclat, bien au contraire, et continue de m’accompagner – surtout depuis qu’entre-temps, j’ai eu le privilège d’occuper à la Villa Médicis le logement qui avait été le sien de 1979 à 1981. Mon amie Alecca m’y ayant fait repenser il y a peu, je reproduis ci-dessous la chronique que j’en ai publiée, en 2003, dans les colonnes de (feu) Octopus/Mouvement. Colonnes un peu restreintes – j’aurais aimé avoir la place de m’étendre davantage sur la richesse (mélodique, harmonique, timbrale) de ces deux partitions  : L’Enfant des Iles, poème symphonique composé en 2000 et commandé par l’Orchestre des Pays de la Loire, présenté ici dans la version de sa création, en 2002 ; L’Anneau de Salomon, suite de « danses symphoniques » (et non « poème symphonique », ainsi que je l’écris ci-dessous), commande de l’Orchestre National de Lyon datant de 1999. Mais en même temps, cette musique se passe fort bien de grand discours : il suffit de l’écouter, ce que l’on peut faire en cliquant sur la photo ci-dessous.

JLF

Jean-Louis Florentz – L’Enfant des îles (Forlane)

Ne vous fiez pas à sa pochette peu avenante : ce disque renferme deux des plus belles œuvres de l’un des très grands compositeurs français d’aujourd’hui. Florentz est né en 1947 et, comme son contemporain et compatriote Philippe Hersant, il fait partie de ces compositeurs qui n’ont pas craint de passer outre les diktats soi-disant progressistes de l’avant-garde institutionnelle pour laisser libre cours à leur amour de la musique tonale. C’est l’héritage impressionniste de Debussy qui irrigue l’œuvre de Florentz, aussi fin coloriste qu’éblouissant orchestrateur. Mais Florentz est surtout un inlassable voyageur, amoureux de l’Afrique et féru d’ethnomusicologie. Ses périples à travers le monde, autant que l’étude approfondie des langues et civilisations orientales, ont fourni la trame des deux poèmes symphoniques ici interprétés par l’Orchestre National des Pays de la Loire, très bien dirigé par Hubert Soudant. L’Anneau de Salomon est une vaste fresque dédiée à Nelson Mandela qui convoque aussi bien Nerval que certaines légendes africaines. Quant au splendide Enfant des îles, il a été inspiré au compositeur par un chant d’enfant, entendu un matin dans le cadre grandiose d’une plage de Madagascar. C’est au violon solo qu’échoit le rôle de transfigurer cette voix, au fil d’une partition d’où jaillit une pluie de couleurs et d’harmonies inédites. Rarement l’appellation de « poème symphonique » aura aussi bien mérité son nom que dans le cas de cette œuvre foisonnante et superbement architecturée, véritable kaléidoscope d’images pour orchestre. Vivement recommandé.

(David Sanson)

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3 commentaires

  1. Salut David, on peut réécouter sur le site de France Musique ou podcaster « le magazine de la contemporaine » de lundi dernier 8 septembre essentiellement consacré à Florentz, avec Philippe Hersant en invité… Amitiés, Arnaud Merlin

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