Review Memories #18 : Innocent X, ‘Haut/Bas’ (2004, Mouvement.net)

19 février 2014 § Poster un commentaire

Cover Innocent XC’est à la rubrique « Le CD de la semaine d’Octopus », sur le site de Mouvement, que j’avais publié cette chronique un peu pédante, avec quelques bizarreries (pourquoi diable ne cité-je que Pierre Fruchard ?), d’un album qui fut suivi d’un autre non moins élégant (Fugues, featuring Anne-James Chaton et France Cartigny), puis de plus rien. C’était le 30 octobre 2004, soit en gros cinq années avant que je ne rencontre, via des amis, les jeunes gens qui se dissimulaient alors derrière ce nom (celui de Giovanni Battista Pamphili, pape dont Vélasquez livra un portrait fameux dont à son tour, Francis Bacon…), et que deux d’entre eux, Etienne Bonhomme et Pierre Fruchard, ne deviennent musiciens de mon groupe That Summer, à mon grand plaisir. Ah, le copinage dans la grande presse…


INNOCENT X – Haut/Bas
(Label Bleu/Harmonia Mundi)

A la fois dense et brillamment travaillé, puissant et riche en contrastes, Haut/bas, le premier album d’Innocent X, porte bien son titre. Il présage en tout cas que ce trio français est mûr pour prendre la relève d’un autre, les glorieux Ulan Bator, sur un champ de manœuvres vaste comme le sont les espaces que le rock instrumental est parfois en mesure de défricher, lorsqu’il est mis en œuvre par des musiciens à la fois talentueux, inspirés et cultivés.

Cinquante minutes, neuf morceaux dont la plupart en font entre quatre et six, captés sur six jours, il y a pratiquement un an et à Amiens, par deux guitaristes (dont Pierre Fruchard) et un batteur, et publiés par l’éclectique Label Bleu. Tel est le cadre dans lequel se développe/se débat Haut/Bas, premier album d’Innocent X, évoluant sans coup férir dans la catégorie rock instrumental. Sans vouloir remonter à Mathusalem ni aux fondatrices années 70, on rappellera que ce dernier a enregistré, au cours de la période récente, un indéniable regain d’intérêt : à cela, il faut probablement rattacher l’influence conjuguée de l’essor des musiques électroniques (qui ont remis au goût du jour la musique instrumentale, tout en imbriquant de plus en plus les processus de composition et de production) et de toute une scène rock qui, des embardées soniques des groupes new-yorkais des années 80 (Sonic Youth, Swans, Live Skull) au « post-rock » de la scène de Chicago (Slint, Tortoise), en passant par les escapades psychédéliques d’une série de formations britanniques (Bark Pyschosis, Slowdive, sur les traces de Cure), a contribué à faire de la voix non plus un élément leader et porte-parole, mais un instrument comme les autres, c’est-à-dire capable de faire parfois silence.

En France, des groupes comme Bästard, Ulan Bator, Prohibition, Purr, ou plus récemment Drey ou Lust, ont axé leur exploration de la pratique musicale en direction d’un rock parfois chanté, mais pas toujours, où le texte fait son avant de faire sens, où prime la tension entre harmonie et rythme. Citons encore les Danois de Silo, les Allemands de Couch ou de Tied + Tickled Trio, et bien évidemment les Canadiens de Godspeed You Black Emperor!, autant de passionnants bâtisseurs sonores. Avec Haut/Bas, le trio Innocent X s’aventure à son tour sur le terrain d’un rock exclusivement instrumental. Et c’est grâce à la qualité de son inspiration et de sa technique qu’il parvient à déjouer les différents pièges inhérents au genre : faire un rock uniquement d’architectes, avec plus de cerveau que d’âme, décoratif avant d’être habitable ; ou un rock de « musicos », où la technique prévaudrait sur la tactique ; ou encore un rock « tripal », qui ne se préoccuperait pas de chercher à dépasser la pure jouissance sonore en la canalisant.

A l’évidence, Haut/bas (a-t-il été enregistré en live ?) est l’œuvre de musiciens affûtés, dont l’éventail des goûts est aussi large et sûr que celui de leurs possibilités techniques : la variété des sons de guitares mis en œuvre (tantôt rugueux et tranchants, tantôt bluesy ou planants, joués au plectre ou à l’archet), de même que la richesse des percussions (les différents sons de caisse-claire, la multiplicité des textures des cymbales), offre un riche matériau pour ensuite forger, c’est le mot, des morceaux tendus, déclinant dans les tons sombres de nombreux contrastes. On pense parfois à la puissance faussement brute et urbaine d’Ulan Bator, par exemple, jusque dans les titres des morceaux : en particulier à l’écoute de ce Oui, Madame, lente montée sonique portée par une batterie martiale. Mais c’est le morceau-titre, hypnotique randonnée de plus de huit minutes, qui « résume ” le mieux le propos du groupe : blues doucement plaintif parent de Talk Talk ou de Tortoise, éclats bruitistes modérés par un jeu de cymbales presque jazz, résonances extra-européennes, on trouve tout cela au fil de cette échappée belle vers des territoires vierges et pourtant familiers… Alliant excellemment le son et la forme, le fond et la forme (physique), voilà un premier album remarquablement abouti.

(David Sanson)

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