La peinture du dimanche #66 : Telemaco Signorini

23 février 2014 § Poster un commentaire

telemaco Signorini, Sulle colline a Settignano (huile sur toile, 1885).

+ telemaco Signorini, Sulle colline a Settignano_1885
(Telemaco Signorini (1835-1901) appartenait aux Macchiaioli, groupe de peintres toscans en révolte contre les diktats de l’académisme d’alors, dont faisait partie également l’étonnant Giovanni Fattori, qui aura un dimanche ou l’autre les honneurs de cette page…)

Review Memories #18 : Innocent X, ‘Haut/Bas’ (2004, Mouvement.net)

19 février 2014 § Poster un commentaire

Cover Innocent XC’est à la rubrique « Le CD de la semaine d’Octopus », sur le site de Mouvement, que j’avais publié cette chronique un peu pédante, avec quelques bizarreries (pourquoi diable ne cité-je que Pierre Fruchard ?), d’un album qui fut suivi d’un autre non moins élégant (Fugues, featuring Anne-James Chaton et France Cartigny), puis de plus rien. C’était le 30 octobre 2004, soit en gros cinq années avant que je ne rencontre, via des amis, les jeunes gens qui se dissimulaient alors derrière ce nom (celui de Giovanni Battista Pamphili, pape dont Vélasquez livra un portrait fameux dont à son tour, Francis Bacon…), et que deux d’entre eux, Etienne Bonhomme et Pierre Fruchard, ne deviennent musiciens de mon groupe That Summer, à mon grand plaisir. Ah, le copinage dans la grande presse…


INNOCENT X – Haut/Bas
(Label Bleu/Harmonia Mundi)

A la fois dense et brillamment travaillé, puissant et riche en contrastes, Haut/bas, le premier album d’Innocent X, porte bien son titre. Il présage en tout cas que ce trio français est mûr pour prendre la relève d’un autre, les glorieux Ulan Bator, sur un champ de manœuvres vaste comme le sont les espaces que le rock instrumental est parfois en mesure de défricher, lorsqu’il est mis en œuvre par des musiciens à la fois talentueux, inspirés et cultivés.

Cinquante minutes, neuf morceaux dont la plupart en font entre quatre et six, captés sur six jours, il y a pratiquement un an et à Amiens, par deux guitaristes (dont Pierre Fruchard) et un batteur, et publiés par l’éclectique Label Bleu. Tel est le cadre dans lequel se développe/se débat Haut/Bas, premier album d’Innocent X, évoluant sans coup férir dans la catégorie rock instrumental. Sans vouloir remonter à Mathusalem ni aux fondatrices années 70, on rappellera que ce dernier a enregistré, au cours de la période récente, un indéniable regain d’intérêt : à cela, il faut probablement rattacher l’influence conjuguée de l’essor des musiques électroniques (qui ont remis au goût du jour la musique instrumentale, tout en imbriquant de plus en plus les processus de composition et de production) et de toute une scène rock qui, des embardées soniques des groupes new-yorkais des années 80 (Sonic Youth, Swans, Live Skull) au « post-rock » de la scène de Chicago (Slint, Tortoise), en passant par les escapades psychédéliques d’une série de formations britanniques (Bark Pyschosis, Slowdive, sur les traces de Cure), a contribué à faire de la voix non plus un élément leader et porte-parole, mais un instrument comme les autres, c’est-à-dire capable de faire parfois silence.

En France, des groupes comme Bästard, Ulan Bator, Prohibition, Purr, ou plus récemment Drey ou Lust, ont axé leur exploration de la pratique musicale en direction d’un rock parfois chanté, mais pas toujours, où le texte fait son avant de faire sens, où prime la tension entre harmonie et rythme. Citons encore les Danois de Silo, les Allemands de Couch ou de Tied + Tickled Trio, et bien évidemment les Canadiens de Godspeed You Black Emperor!, autant de passionnants bâtisseurs sonores. Avec Haut/Bas, le trio Innocent X s’aventure à son tour sur le terrain d’un rock exclusivement instrumental. Et c’est grâce à la qualité de son inspiration et de sa technique qu’il parvient à déjouer les différents pièges inhérents au genre : faire un rock uniquement d’architectes, avec plus de cerveau que d’âme, décoratif avant d’être habitable ; ou un rock de « musicos », où la technique prévaudrait sur la tactique ; ou encore un rock « tripal », qui ne se préoccuperait pas de chercher à dépasser la pure jouissance sonore en la canalisant.

A l’évidence, Haut/bas (a-t-il été enregistré en live ?) est l’œuvre de musiciens affûtés, dont l’éventail des goûts est aussi large et sûr que celui de leurs possibilités techniques : la variété des sons de guitares mis en œuvre (tantôt rugueux et tranchants, tantôt bluesy ou planants, joués au plectre ou à l’archet), de même que la richesse des percussions (les différents sons de caisse-claire, la multiplicité des textures des cymbales), offre un riche matériau pour ensuite forger, c’est le mot, des morceaux tendus, déclinant dans les tons sombres de nombreux contrastes. On pense parfois à la puissance faussement brute et urbaine d’Ulan Bator, par exemple, jusque dans les titres des morceaux : en particulier à l’écoute de ce Oui, Madame, lente montée sonique portée par une batterie martiale. Mais c’est le morceau-titre, hypnotique randonnée de plus de huit minutes, qui « résume ” le mieux le propos du groupe : blues doucement plaintif parent de Talk Talk ou de Tortoise, éclats bruitistes modérés par un jeu de cymbales presque jazz, résonances extra-européennes, on trouve tout cela au fil de cette échappée belle vers des territoires vierges et pourtant familiers… Alliant excellemment le son et la forme, le fond et la forme (physique), voilà un premier album remarquablement abouti.

(David Sanson)

La peinture du dimanche #65 : Jens Ferdinand Willumsen

16 février 2014 § Poster un commentaire

jens Ferdinand Willumsen, Brisants par temps calme (huile sur toile, 1904).

JF Willumse Brisants par temps calme

Une culture du son

12 février 2014 § 2 Commentaires

(j’ai eu envie de reproduire l’article ci-dessous, qui est plutôt un entretien croisé avec Christian Zanesi, Pierre-Yves Macé, Pascal Baltazar et Sébastien Roux paru en 2008 dans le numéro 46 de Mouvement (dont la couverture m’avait valu, en tant que rédacteur en chef, une cyberattaque des intégristes de Civitas) à l’occasion des 50 ans du Groupe de Recherches Musicales. Tout simplement car il me semble toujours porteur de stimulants questionnements – sur les « liens du son » existant entre les musiques « savantes » et « actuelles » dans le domaine de la création électronique, sur les notions telle que l’« œuvre », l’« artiste », le « geste »… Des questionnements dont on trouve des échos dans le passionnant ouvrage récemment publié par Makis Solomos, De la musique au son.)

Tristan Perich
Tristan Perich, Microtonal Wall, 2011.


Fondé en 1958 par Pierre Schaeffer, le GRM fête en ce début d’année ses 50 ans. Lieu de naissance de la musique concrète, où sont passés Luc Ferrari, Michel Chion ou Bernard Parmegiani, le GRM a amorcé, depuis quelques années, un rapprochement avec la scène électronique « pop ».

En 1948, le musicien et théoricien français Pierre Schaeffer accomplit dans un brouillard expérimental solitaire la seule invention musicale qui, dans ce long XXe siècle parsemé de découvertes, peut de bon droit être qualifiée de « révolutionnaire » : la musique concrète. Dix ans plus tard, le même Schaeffer crée, à la suite du plus éphémère GRMC fondé en 1951, le Groupe de Recherches Musicales, centre dédié à la recherche et la création dans le champ musical nouveau (appelée alternativement électroacoustique ou « acousmatique ») née de la rencontre de la musique concrète, de l’elektronische Musik allemande et de la tape music anglo-saxonne. Une esthétique dont les lignes fondatrices ne tarderont cependant pas à se brouiller et se complexifier, du fait de l’évolution des pratiques, de la démocratisation des technologies et de l’essor des musiques électroniques d’obédience populaire. Sans toutefois sacrifier de ses exigences fondatrices, le GRM témoigne aujourd’hui de ces mutations en proposant depuis 2005 le festival Présences électronique, qui chaque année ouvre ses portes à une nouvelle génération de musiciens appartenant à la scène électronique « indépendante » (Mouse On Mars, Alva Noto, Matmos, Scanner…).
Pour débattre de cette question – les éventuels points de convergence, formels ou « spirituels », entre une musique électroacoustique que l’on continue d’interpréter à l’aune de critères propres à la musique « savante » et une jeune scène électronique formée d’autodidactes, dont les réalisations témoignent d’une recherche et d’une complexité sonores qui n’ont parfois rien à envier à celles de leurs aînés –, Mouvement a réuni quatre musiciens issus de ces différentes scènes, dont le parcours et la démarche nous semblent représentatifs : autour de Christian Zanési (né en 1952), compositeur et directeur adjoint du GRM, Pierre-Yves Macé (né en 1980), collaborateur de la revue, musicologue et compositeur, évoluant entre musique contemporaine et musiques alternatives ; Sébastien Roux (né en 1977), issu de la scène pop, et que son parcours (il travaille à l’Ircam et est l’assistant du compositeur Georges Aperghis, mais publie ses disques sur des labels liés à la scène électronique expérimentale) situe lui aussi à la charnière des deux mondes ; Pascal Baltazar (né en 1976), jeune compositeur qui, après avoir débuté sur la scène rock, s’est tourné vers la musique électroacoustique (une de ses œuvres sera créée lors du prochain festival Présences électronique).

P.-Y. M. et D. S.


Christian Zanési, comment le GRM a-t-il évolué au cours des dernières années, et comment concevez-vous son rôle aujourd’hui ?
Christian Zanési :
« Le GRM occupe une place à part dans le paysage musical. C’est le premier centre conçu dans l’esprit de réfléchir sur le musical en mettant en commun des compétences variées et interdisciplinaires. Cette notion d’interdisciplinarité tient à l’esprit et à la personnalité de Pierre Schaeffer, qui était un homme très pragmatique, qui avait besoin de réfléchir sur ce qu’il était en train de faire. Pour réfléchir, quoi de mieux que d’associer des compétences couvrant différents domaines – la philosophie, la psychanalyse, la musicologie, la technique… ? C’est d’ailleurs de là que découle l’idée de recherche musicale, qui jusqu’alors n’existait pas en tant que telle : on se trouvait devant une sorte d’inconnu, et il s’agissait d’élaborer une manière de le décrire et de l’explorer en mettant en commun des compétences… Aujourd’hui, je vois le GRM comme une sorte de maison des compositeurs, dans le plein sens du terme : un lieu où l’on peut non seulement travailler – ce qui n’a plus la même exclusivité aujourd’hui, où la plupart des compositeurs peuvent développer leur travail chez eux, que dans les années 1950 et 1960, où les machines étaient rares –, mais aussi trouver des compétences, et trouver des moyens de diffuser leur travail, que ce soit par des émissions de radio, par des éditions discographiques ou sur Internet, ou par le concert. C’est avant tout un lieu de rencontre où les compositeurs peuvent échanger des idées, nouer des amitiés musicales en toute simplicité, sans être forcément dans le travail achevé… Un système à l’image de la vie : des rencontres qui se font ou qui ne se font pas, et qui permettent ou non d’aboutir à des projets.

Qu’est-ce qui distingue, par exemple, le GRM d’une structure comme l’Ircam ?
« La différence, je crois, vient du fait que l’Ircam est dans une logique instrumentale. De façon schématique, on peut dire que l’électronique, à l’Ircam, est là pour prolonger, amplifier, développer en quelque sorte l’écriture instrumentale. On part de l’écriture, au sens ancien – certains diraient “noble” : je conteste – du terme, de la partition, et on utilise les outils informatiques pour accompagner et enrichir cette modalité – que ce soit par une assistance à la composition, ou par une synthèse du son qui permette de le prolonger, de l’augmenter. A l’origine du GRM, il y a plutôt l’idée de travailler concrètement sur les sons, et surtout sur les supports (disques, bandes magnétiques, et maintenant ordinateurs). Evidemment, les choses sont plus complexes que ça et ces frontières deviennent elles aussi assez floues. Il y a de plus en plus de compositeurs, dans les nouvelles générations, qui pratiquent indifféremment ces deux modalités musicales.

Depuis 2005, le GRM développe, en marge du festival Présences de Radio France, un Présences électronique qui lui a permis de toucher un nouveau public, issu plutôt du versant « pop » de la scène électronique. Pourquoi ce « festival », et cette ouverture à des musiciens n’ayant pas reçu de formation « classique » ?
« Les raisons sont multiples. En remontant quelques décennies en arrière, on peut observer que Pierre Schaeffer a aussi inventé un nouveau type de compositeur. Des artistes qui n’étaient pas nécessairement passés par les études académiques. Le premier cas, c’est sans doute Bernard Parmegiani (suivi de bien d’autres, dont je fais partie). Bien qu’issu d’une famille de musiciens, il était au départ mime et ingénieur du son ! Son sens inné de la matière sonore a fait des merveilles. D’autre part, depuis les années 1960, il y a eu, dans les pratiques populaires (pop et rock), un gros travail sur le son, sur l’écoute et la fabrication de la matière sonore. A cela s’ajoute le fait que depuis la fin des années 1980, beaucoup de jeunes artistes ont pu s’équiper de moyens de production et ainsi écouter, travailler le son. On peut dire alors qu’une nouvelle culture musicale est apparue dans la deuxième moitié du XXe siècle : la culture du son. Elle n’a pas oblitéré l’ancienne – celle de l’écriture – mais s’y est superposée et, d’une certaine manière, l’a enrichie. Des proximités sont alors apparues entre des gens qui se réclamaient du GRM et d’autres qui pratiquaient eux aussi un travail approfondi sur le son. Il nous a paru naturel de rassembler ces gens-là, de croiser leurs expériences.

« Lire la suite »

La peinture du dimanche #64 : Simon Hantaï

9 février 2014 § Poster un commentaire

simon Hantaï, Peinture (Écriture rose) (encres de couleur, feuilles d’or sur toile de lin, 1958-59).

+ hantai_ecriture_rose


Pour François-Xavier Sanson (5 mai 1930-9 février 2010)

 

 

+ Caspar David Friedrich

Caspar David FriedrichTableau commémoratif pour Johann Emanuel Bremer
(huile sur toile, v. 1817).

La vie dans les bois

6 février 2014 § Poster un commentaire

La peinture du dimanche #63 : Philippe Fontaine

2 février 2014 § Poster un commentaire

philippe Fontaine, s/t  (huile sur toile, 2005).

+ Philippe Fontaine_toile bleue 5


Où suis-je ?

Vous consultez les archives de février, 2014 à "What you give is yours, what you retain is lost forever." (Armenian proverb).

%d blogueurs aiment cette page :