Travel time

30 décembre 2013 § 1 commentaire

(Une nouvelle écrite pour la première monographie de Marie-Jeanne Hoffner, publiée en janvier 2011 par les éditions Roven.)

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Au faîte d’un mont analogue à tous les autres alentour, la maison se découpait sur une ligne d’horizon aux destinations parfois hypothétiques, dans le ciel d’une fin d’après-midi qui, peu à peu nimbant ses contours, enluminant ses angles d’un rose électrique, en faisait d’autant mieux ressortir la silhouette massive. Le rose se faufilait entre les balustres du grand balcon de l’étage, ocellait en s’y attardant certains pans du toit, noircissant peu à peu les hauts pins qui ennoblissaient le tableau. Alexis observait le cube noir (en réalité constellé d’excroissances et autres fantaisies architecturales bien dans l’esprit de ce XIXe siècle dont il datait), dans cette perspective majestueuse, du promontoire où il se trouvait, une colline arrondie semblable à celle qui lui faisait face, mais sans cet imposant déploiement de verdure ; parsemée plutôt d’une herbe rase dont le vert scintillait calmement sous les dernières lueurs du jour, mais les premières du printemps, parcourue d’une route aux sinuosités qui évoquaient une fine mèche de cheveux sur le bord de laquelle il s’était arrêté pour laisser durer un peu, appuyé à sa voiture de location gris métallisé, l’instant des retrouvailles.

Il se rappelait de tout comme si c’était hier, le portail, le chemin qui ondule en pente douce vers l’esplanade couverte de granulats quelconques mais de teinte claire, puis le porche, tout cela ceint d’un parc désormais plongé dans le silence. Sous les ombres des arbres, à quelques phosphorescences traînant sur ses lignes, il devinait celle (d’ombre) du court de tennis en terre battue, envahi de plantes adventices qui, déjà à l’époque, semblaient figurer une armée de spectres. Le tableau, de son point de vue, laissait Alexis bouche bée, ce paysage mouillé par la brève pluie de printemps qui avait précédé et qui, à la manière d’un vernis, le faisait à présent vibrer. Il se rappelait de tout, et lentement il laissait en lui s’insinuer le souvenir comme, dans le panorama environnant, s’installait le soir, bientôt la nuit, progressivement, inexorablement. C’était le silence, que quelques moteurs égarés venaient par vagues percer dans le lointain ; il faisait doux. Voilà plus de quinze ans qu’il n’était plus venu ici et jamais il n’aurait cru être capable d’y revenir, et il n’avait envoyé de SMS à personne pour le dire ; sur ce tableau il avait fait une croix et il était là pourtant à lui rendre vie, à peupler mentalement ce silence d’une bande-son faite de cris, de rires, et surtout de son rire à lui, le rire communicatif de R., d’automnes resplendissants, d’étés qui grésillonnent ou de chuintants écirs, autant de sons étouffés, voilés, comme assourdis par quelque archaïque cylindre de Bakélite. Il n’aurait su définir la nature de l’émotion qu’il éprouvait, il se contentait de la voir venir, sous le déploiement polychrome du soir. Il laissait la maison le dévisager.

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La peinture du dimanche #58 : Guido Reni

29 décembre 2013 § Poster un commentaire

guido Reni dit le Guide, David et Goliath (huile sur toile, 1610).

+ Guido Reni david-and-goliath-1610
(C’est la saint David.)

In some corner of my memory…

28 décembre 2013 § 1 commentaire

Children's Corner

Review Memories #16 : Charles Tournemire, ‘Douze Préludes-Poèmes’ (2004, Classica)

25 décembre 2013 § Poster un commentaire

Cover TournemireForte (et orageuse) personnalité que celle de Charles Tournemire (1870-1939) – « Tourne-toi que j’t’admire », ainsi que le surnommait Louis Vierne. Je ne sais si, comme l’affirme Antoine Reboulot dans le livret du présent CD, il s’agit de « l’un des créateurs les plus originaux et les plus inspirés du XXe siècle ». Je sais en revanche que, ne serait-ce que pour ces splendides Préludes Poèmes pour piano (que j’évoquais ici même dans ma chronique du Zodiaque de Georges Migot, dont ce même label Atma Classique publia dans les années 2000 un nouvel enregistrement), sa musique et son œuvre profuse méritent largement d’être redécouvertes. De la « Naissance de l’homme » à la « Glorification de la Trinité », en passant par l’« Adolescence », les « Passions humaines », l’« Union licite et divine » et la « Préparation à la mort, dans l’apaisement », ce sont les douze étapes d’un patient (et passionnant) poème d’apprentissage qui s’égrènent ici à nos oreilles, un cheminement intérieur à la teneur universelle mais à la tonalité profondément singulière… Après ça, ne reste plus qu’a écouter la sublime Ascension d’Olivier Messiaen – ou le silence, après tout.


Charles TOURNEMIRE – Douze Préludes-Poèmes op. 58 Lise Boucher, piano
(Atma Classique/Intégral)

Il n’y a pas qu’aux éditeurs français – les Timpani, Skarbo et autre Arion – que l’on doit la redécouverte de cette période phare de l’art musical de notre pays que constitue le tournant du siècle dernier : comme les Anglais d’Hyperion, mais de l’autre côté de l’Atlantique, les Québécois du label (on dit là-bas « étiquette ») Atma se sont employés, ces dernières années, à exhumer certaines partitions rares de Gustave Samazeuilh ou, aujourd’hui, Charles Tournemire. Tournemire fait partie de cette lignée d’illustres organistes français (il succéda à son « père spirituel », César Franck, à la tribune de Sainte-Clotilde) dont le travail pour cet instrument a eu tendance à éclipser le reste de la production. Or, à l’instar d’un Louis Vierne ou d’un Jehan Alain, son langage possède pourtant une indéniable et étonnante singularité, exprimant une inspiration foncièrement indépendante ; sa musique n’est pas acte d’épigone et bien loin de se contenter du « sous-Ravel » et autres « à la manière de », elle contribue à faire de Tournemire, à l’image d’un Koechlin mais d’une manière différente, l’un des chaînons manquants entre Debussy et Olivier Messiaen. Cela est particulièrement évident dans ces Préludes-Poèmes pour piano, datant de 1932, qui sont une véritable révélation. Que ce soit au plan de l’harmonie ou de la structure, du travail sur les sonorités ou sur les rythmes, le présent cycle révèle en effet une liberté qui porte la marque d’un artiste accompli, poète épris de mysticisme. Envisagées comme les étapes d’un patient cheminement initiatique, ineffable autant qu’inéluctable, ces douze pièces sonnantes et trébuchantes déroutent autant qu’elle passionnent. Certes, on décèle parfois certaines parentés, qu’elles soient françaises (l’épaisseur harmonique de Franck, figure tutélaire, la poésie sonore de Debussy, les convulsions rythmiques d’un Poulenc) ou étrangères (on songe parfois à Bartók, entre autres compositeurs d’Europe Orientale). Néanmoins ce recueil tout en contrastes, tour à tour menaçant ou carillonnant, euphorique ou hiératique, naviguant entre recueillement et épanchement, suit sa propre voie, d’une grande cohérence. Au fil de l’écoute, on est constamment saisi par telle suite d’accords, telle rupture rythmique, telle résonance rayonnante, et par la subtilité d’un langage dont la polytonalité explore une gamme très étendue, de basses bourdonnantes en aigus ondoyants. Un langage, il est vrai, particulièrement bien servi par le jeu, tout aussi engagé et magnifiquement contrasté, de la Québécoise Lise Boucher, déjà remarquée avec un beau disque consacré à des œuvres pour enfants de Debussy et Inghelbrecht sur le même label (voir Classica nº 43). Ainsi, lorqu’in fine tout semble se délier, se dénouer glorieusement dans la lumière (« Méditations… », « Glorification de la Trinité »), force est de se rendre à l’évidence : par la grâce de ces éblouissantes « harmonies poétiques et religieuses », l’art de Tournemire touche au sublime.

(David Sanson)

Buon Natale

24 décembre 2013 § Poster un commentaire

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Dansez

23 décembre 2013 § Poster un commentaire

La sonate du dimanche soir

22 décembre 2013 § 1 commentaire

Où suis-je ?

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