Review Memories #13 : Coil, ‘Musick To Play In The Dark 2’ (2000, Octopus)

17 novembre 2013 § Poster un commentaire

Coil_MusickAu moment où, plus que jamais, je réécoute cet album, je m’aperçois que j’avais à l’époque signé, dans la 14e livraison du glorieux fanzine Octopus, une chronique du Musick To Play In The Dark2 de Coil. Chronique trop naïve et trop courte, sans doute, à laquelle j’aurais pu ajouter bien des choses si j’avais été plus érudit (en signalant le fait que Coil ait entre-temps enregistré un disque jamais sorti pour le label de Trent Reznor (Nine Inch Nails), fan inconditionnel ; en soulignant aussi les parentés avec la musique de Tangerine Dream…). Mais qui dit finalement l’essentiel… Depuis, les deux membres essentiels de Coil, John Balance et Peter Christopherson, sont morts – le premier, dans des circonstances particulièrement tristes. Depuis, leur musique n’en a acquis que plus de force, qui semble confirmer Coil dans son statut de groupe essentiel. Le jour viendra où, les hypes dissipées, les oreilles nettoyées (ainsi les miennes ne se sont-elles accoutumées que récemment à un disque tel que How To Destroy Angels, que pendant longtemps j’ai trouvé trop difficile à écouter), archéologues et historiens redonneront au duo, dont les CD (problèmes de droits obligent) s’échange déjà à prix d’or sur le Web, sa place au panthéon des formations les plus emblématiques, les plus marquantes et les plus influentes de l’histoire parallèle du rock. (Pour une première approche, les albums ScatologyHorse RotorvatorLove’s Secret Domain et Musick To Play In The Dark sont indispensables.) Avec le temps, en attendant, des chansons comme Where Are You? ou Batwings acquièrent une puissance démultipliée, une évidence d’autant plus poignante qu’on sait qu’elle est vouée à demeurer sans suite… On fêtait mercredi dernier le neuvième anniversaire de la mort accidentelle de John Balance : avec ce qu’il nous a légués, lui dont la voix jamais ne cessera de nous enchanter peut bien reposer en paix.

COIL – Musick To Play In The Dark2 (Chalice/World Serpent)

Au début de l’année, le volet numéro un de Musick To Play In The Dark, premier véritable album de Coil depuis Love’s Secret Domain en 1991, était venue confirmer ce que l’on aurait presque oublié : oui, John Balance, Peter Christopherson et, aujourd’hui, Thighpaulsandra, savent réellement tout faire, écrire de vrais morceaux et jouer avec toutes les textures sonores, investir les dancefloors et composer une musique ambient magistralement aboutie, riche mais sans fioritures, lente à éclore, mais jamais laborieuse ni gratuite ou démonstrative, narrative sans être bavarde, le tout dans des conditions sonores dont beaucoup ferait bien de prendre de la graine. Ce qui fascine chez Coil, au moins en ce qui concerne les « vrais » albums du groupe, c’est la rigueur avec laquelle ses musiciens, sous leurs apparences d’illuminés (ou plutôt d’enténébrés), mettent en œuvre des atouts qui, chez d’autres, seraient depuis longtemps devenus des facilités : une grande maîtrise technique (de la production du son à sa captation, sans parler des talents de chanteur de John Balance), une indéniable science harmonique, et enfin des univers personnels plus riches que simplement « déviants ». Après avoir dynamité le cadre de la musique industrielle, puis devancé l’apparition de la techno, Coil, groupe authentiquement génial (et réellement sous-estimé), semble être parvenu aujourd’hui au sommet (ou au seuil) de sa maturité artistique : sa musique, si elle est toujours aussi psychédélique, devient de plus en plus intemporelle et utopique. Musick To Play In The Dark2 est une lente et labyrinthique promenade du côté obscur de la force (ou plutôt de la force du côté obscur), un magistral univers de synthèse (de l’ambient à l’électronica, de l’expérimental à l’expressionnisme) qui se clôt sur Batwings, sorte d’écho à l’immortel Broccoli figurant sur le premier volume. À l’heure où les bacs débordent de disques inutiles, Coil fait une nouvelle fois œuvre nécessaire.

(David Sanson)

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