La peinture du dimanche #53 : Leon Spilliaert

24 novembre 2013 § Poster un commentaire

leon Spilliaert, Autoportrait au chevalet (encre de Chine, lavis, pinceau, crayon de couleur, pastel gras, pastel sur papier, 1908).

+ Leon Spilliaert
(Une fois n’est pas coutume, il ne s’agit pas de « peinture »
stricto sensu ; mais l’envie était trop grande de saluer cet immense artiste belge…)

La géomètre de l’instant – à propos de ‘Naldjorlak’ d’Eliane Radigue

23 novembre 2013 § Poster un commentaire

eliane_radigue_paris_1971_yves_arman-300x217Le label Shiiin vient de publier l’enregistrement intégral du triptyque Naldjorlak, pièce fleuve d’Eliane Radigue qui est donnée ce samedi 23/11/2013, à 20h, au Collège des Bernardins dans le cadre de « ma » série de concerts « Alterminimalismes » – au lendemain d’un mémorable concert consacrée à Occam, son cycle actuellement in progress. Je ne suis pas peu fier d’en avoir signé, aux côtés de mon ami Thibaut de Ruyter, les notes de pochettes (un exercice que le discophile patenté que je suis toujours continue de trouver extrêmement gratifiant, surtout lorsqu’il s’agit d’artistes aussi essentiels). En prélude à ce concert, je reproduis ci-dessous ce texte, intitulé, donc, « La géomètre de l’instant ». Une lecture que l’on pourra utilement compléter en écoutant le portrait que, sur France Musique, lui a consacré Pierre-Yves Macé, sous le titre « Eliane Radigue ou l’expérience électronique ».


« C’est un des apanages de la musique minimaliste basée sur des sons longuement tenus […] que d’être susceptible de plonger l’auditeur dans un état second, une sorte de rêve éveillé qui décuple paradoxalement l’acuité de son écoute et lui permet de percevoir les détails les plus infimes et les nuances les plus subtiles de ce qui lui est donné à entendre. »
Ces mots de l’ami Daniel Caux, dans le texte accompagnant l’enregistrement – paru lui aussi chez Shiiin – de L’Île re-sonante, ultime pièce électronique d’Éliane Radigue (2000, couronnée six ans plus tard au festival Ars Electronica de Linz), pourraient tout à fait valoir pour la série de pièces instrumentales auxquelles Éliane Radigue s’est, depuis lors, exclusivement consacrée. Et en particulier à la trilogie Naldjorlak, composé de 2004 à 2009 pour un violoncelliste (Charles Curtis) et deux clarinettistes (Carol Robinson, Bruno Martinez, jouant en l’occurrence des cors de basset de modèle identique), et dont c’est ici le premier enregistrement intégral.

Comme toute musique, et pas seulement les plus exigeantes, Naldjorlak doit idéalement se découvrir en concert. Et les yeux fermés, pour ne pas laisser au regard la possibilité de divertir, parasiter et finalement emprisonner l’oreille. Si l’on ferme les yeux, si l’on se laisse guider par le son, au bout d’un moment, on perd toute notion d’espace, on ne parvient plus à dire d’où provient le son (de quel instrument, ni de quel point de l’espace) – et ce moment lui-même, on ne saurait en préciser la durée, car cette musique, à la manière d’une séance d’hypnose, fait perdre aussi la notion du temps.

En musique, on appelle « loup » une vibration ou un battement venant parasiter un corps sonore ; dans la gamme pythagoricienne par exemple, la « quinte du loup » est un accord qui sonne faux. Cet accord instable (wolf tone, dans la langue de Henry David Thoreau), suivant lequel sont réglées trois des quatre cordes du violoncelle de Charles Curtis, soliste de Naldjorlak I, est ce qui permet à ces sons longuement tenus, qui paraissent n’égrener qu’une seule et même note, d’en activer en réalité une infinité, tout en évoluant pourtant dans un ambitus extrêmement restreint. Si Naldjorlak I était un film de Bergman, il s’appellerait L’Heure du loup.

Dans la seconde partie, les deux cors de basset, à leur tour, commencent d’abord par tenir, pendant une bonne vingtaine de minutes, une note unique – un do grave –, en faisant miroiter toute la gamme des harmoniques et des partiels. Puis, dans les deuxième et troisième mouvements de ce Naldjorlak II, d’autres notes périphériques, agissant, dit Carol Robinson, comme des « ombres », vont progressivement venir intensifier cette trame que maintes techniques de jeu (multiphoniques, doigtés détimbrés) vont lentement s’attacher à distendre. Dans Naldjorlak III, les trois instruments se trouvent réunis. Fermez les yeux : on est bien en peine de déterminer si ces timbres en fusion proviennent d’une anche ou d’un archet, d’un souffle ou bien d’une main. « Le monde change en fonction de là où nous fixons notre attention », disait John Cage, l’une des figures qui ont marqué Éliane Radigue.

Comme les imperceptibles et constantes variations de la lumière d’une fin d’après-midi d’automne italien, ou d’une installation lumineuse de James Turrell, Naldorlak est composé d’une succession d’infinitésimales variations de timbre, de texture, de densité ; de passages extrêmement progressifs (et extrêmement virtuoses) d’un régime vibratoire à un autre. Éliane Radigue sculpte le son (et le silence) comme les installations de Turrell sculptent la lumière, ou comme les œuvres des plasticiens minimalistes parviennent à modeler l’espace. Elle use du son de la même manière que le yogi – ou l’adepte de la méditation qu’elle est devenue depuis 1973 – use du souffle : comme d’une base à partir de laquelle plonger en soi-même, en état à la fois de concentration extrême et de total abandon, laissant les émotions affleurer comme autant d’harmoniques, de vibrations, puis s’en aller. Tantôt sourdes, tantôt brillantes, tantôt ténues, tantôt denses.

Comme toute musique, et pas seulement les plus savantes, celle d’Éliane Radigue est une affaire d’architecture. Si certaines durées peuvent varier en fonction de l’acoustique du lieu où elles sont jouées, et bien qu’elles ne soient pas notées, ses « compositions », fruits le fruit d’inlassables séances de travail et d’écoute mutuelle avec les interprètes. L’agencement de ces longues étendues, qui ne laisse nulle part à l’improvisation, doit traduire une justesse et une rigueur peu communes, afin de permettre au charme de continuer d’agir, dans le cas de Naldjorlak, pendant près de 2 heures 30. Éliane Radigue ne vénère-t-elle pas également Maurice Ravel, celui que Roland-Manuel appelait « le géomètre du mystère » ? Ses architectures à elle – ces « architectures impalpables aux proportions harmonieusement établies » (Caux) – se visitent et se vivent, donc, à l’aveugle, dans le mystère de l’instant. Ce sont des architectures éminemment organiques. « La musique telle que je la conçois est écologie », disait encore Cage, à la suite de Thoreau.

(Comme tout artiste devrait l’être, Éliane Radigue est une musicienne libre, et inclassable. Elle a débuté dans le domaine de la musique concrète, travaillant auprès de Pierre Schaeffer dans les années 1950, puis de Pierre Henry, elle a été intimement liée au mouvement artistique du Nouveau Réalisme ; elle a réalisé ses premières pièces dans les États-Unis des seventies, entre New York et la Californie, et dans les cercles des minimalistes (La Monte Young, Phill Niblock, auxquels la rattachent maintes affinités non seulement formelles, mais surtout spirituelles) et d’une musique électronique encore balbutiante ; les techniques de jeu qu’elle met aujourd’hui en œuvre n’ont rien à envier à celles dont abusent les compositeurs « savants » contemporains. Et pourtant, c’est en marge des institutions de la Haute Culture Officielle que s’est effectuée la re(con)naissance de sa musique, grâce aux bons soins de toute une jeune génération de musiciens issus de la sphère de l’improvisation et de la musique électronique. On en revient au loup, et à la définition qu’en donne le dictionnaire : « En musique, le loup est une perturbation d’un ordre établi. »)

 « Mais rien – aucune explication, aucune signification – n’est imposé à l’auditeur : tout lui est au contraire proposé pour faire résonner en lui son propre univers intérieur », écrit plus loin Daniel Caux. Si elle se joue des catégories et déjoue les frontières, Éliane Radigue n’a aucunement le désir de jouer les pertubatrices. Ce serait même tout le contraire. Comme le sous-entend le titre de Naldjorlak, qui agrège les notions d’union et de respect, sa musique – et c’est là son aspect organique, écologique – est une musique pure, de l’ordre de l’osmose ; une musique qui enseigne, à ses interprètes comme à ses auditeurs, l’art de l’écoute. L’œuvre d’une artiste rare, qui poursuit son dessein intérieur, creusant obstinément le même sillon loin des formats établis. Ouverte à la magie de la rencontre comme le laboureur l’est aux caprices la météo. En intelligence – en harmonie – avec le monde, et avec l’être.

David Sanson

Review Memories #13 : Coil, ‘Musick To Play In The Dark 2’ (2000, Octopus)

17 novembre 2013 § Poster un commentaire

Coil_MusickAu moment où, plus que jamais, je réécoute cet album, je m’aperçois que j’avais à l’époque signé, dans la 14e livraison du glorieux fanzine Octopus, une chronique du Musick To Play In The Dark2 de Coil. Chronique trop naïve et trop courte, sans doute, à laquelle j’aurais pu ajouter bien des choses si j’avais été plus érudit (en signalant le fait que Coil ait entre-temps enregistré un disque jamais sorti pour le label de Trent Reznor (Nine Inch Nails), fan inconditionnel ; en soulignant aussi les parentés avec la musique de Tangerine Dream…). Mais qui dit finalement l’essentiel… Depuis, les deux membres essentiels de Coil, John Balance et Peter Christopherson, sont morts – le premier, dans des circonstances particulièrement tristes. Depuis, leur musique n’en a acquis que plus de force, qui semble confirmer Coil dans son statut de groupe essentiel. Le jour viendra où, les hypes dissipées, les oreilles nettoyées (ainsi les miennes ne se sont-elles accoutumées que récemment à un disque tel que How To Destroy Angels, que pendant longtemps j’ai trouvé trop difficile à écouter), archéologues et historiens redonneront au duo, dont les CD (problèmes de droits obligent) s’échange déjà à prix d’or sur le Web, sa place au panthéon des formations les plus emblématiques, les plus marquantes et les plus influentes de l’histoire parallèle du rock. (Pour une première approche, les albums ScatologyHorse RotorvatorLove’s Secret Domain et Musick To Play In The Dark sont indispensables.) Avec le temps, en attendant, des chansons comme Where Are You? ou Batwings acquièrent une puissance démultipliée, une évidence d’autant plus poignante qu’on sait qu’elle est vouée à demeurer sans suite… On fêtait mercredi dernier le neuvième anniversaire de la mort accidentelle de John Balance : avec ce qu’il nous a légués, lui dont la voix jamais ne cessera de nous enchanter peut bien reposer en paix.

COIL – Musick To Play In The Dark2 (Chalice/World Serpent)

Au début de l’année, le volet numéro un de Musick To Play In The Dark, premier véritable album de Coil depuis Love’s Secret Domain en 1991, était venue confirmer ce que l’on aurait presque oublié : oui, John Balance, Peter Christopherson et, aujourd’hui, Thighpaulsandra, savent réellement tout faire, écrire de vrais morceaux et jouer avec toutes les textures sonores, investir les dancefloors et composer une musique ambient magistralement aboutie, riche mais sans fioritures, lente à éclore, mais jamais laborieuse ni gratuite ou démonstrative, narrative sans être bavarde, le tout dans des conditions sonores dont beaucoup ferait bien de prendre de la graine. Ce qui fascine chez Coil, au moins en ce qui concerne les « vrais » albums du groupe, c’est la rigueur avec laquelle ses musiciens, sous leurs apparences d’illuminés (ou plutôt d’enténébrés), mettent en œuvre des atouts qui, chez d’autres, seraient depuis longtemps devenus des facilités : une grande maîtrise technique (de la production du son à sa captation, sans parler des talents de chanteur de John Balance), une indéniable science harmonique, et enfin des univers personnels plus riches que simplement « déviants ». Après avoir dynamité le cadre de la musique industrielle, puis devancé l’apparition de la techno, Coil, groupe authentiquement génial (et réellement sous-estimé), semble être parvenu aujourd’hui au sommet (ou au seuil) de sa maturité artistique : sa musique, si elle est toujours aussi psychédélique, devient de plus en plus intemporelle et utopique. Musick To Play In The Dark2 est une lente et labyrinthique promenade du côté obscur de la force (ou plutôt de la force du côté obscur), un magistral univers de synthèse (de l’ambient à l’électronica, de l’expérimental à l’expressionnisme) qui se clôt sur Batwings, sorte d’écho à l’immortel Broccoli figurant sur le premier volume. À l’heure où les bacs débordent de disques inutiles, Coil fait une nouvelle fois œuvre nécessaire.

(David Sanson)

La peinture du dimanche #52 : Lyonel Feininger

17 novembre 2013 § Poster un commentaire

lyonel Feininger, Dune dans le soir (huile sur toile, 1927).

+ Lyonel Feininger

Solo de style : un entretien avec Christian Gailly, avril 2001

15 novembre 2013 § Poster un commentaire

Au terme d’une campagne de fouilles archéologiques dans mes back-ups, je suis enfin parvenu à retrouver l’entretien que l’écrivain Christian Gailly, qui a disparu le 4 octobre dernier à l’âge de 70 ans, m’avait naguère accordé. C’était pour la rubrique « L’amateur éclairé » dont j’adorais m’occuper pour Classica – et qui m’a permis de faire maintes rencontres mémorables, avec des écrivains donc (Michel Butor, René Belletto, Charles Juliet, Philippe Djian, Michel Houellebecq, Jean Echenoz, Christian Bobin…), des cinéastes (Eric Rohmer, Claude Sautet, Bertrand Tavernier…), un peintre (Olivier Debré), des comédiens (Jean Rochefort, Laurent Terzieff, André Wilms, Lambert Wilson ou Julie Depardieu)… Je me rappelle avoir même failli interviewer Carla Bruni, du temps où elle n’était que mannequin, je lui avais laissé un message sur son répondeur, resté sans suite.

C’était au moment de la parution d’Un soir au club, roman qui m’avait alors énormément impressionné (pour le dire en deux mots : à la fois par le « fond », ce récit haletant d’un coup de foudre, de la naissance instantanée d’un amour absolu, et par la « forme », ce style si intensément musical, à la fois rythmé et sonore – Gailly écrivait comme il aurait pu composer ; et aussi par la foi quasi aveugle dont, en filigrane, ce livre témoigne, foi en la toute-puissance de la littérature, seule capable de faire disparaître un personnage (en l’occurrence, la femme du héros) au moment « opportun » – c’est-à-dire ce moment où son absence commençait à devenir souhaitable, préférable, pour tous les protagonistes –, seule manière, finalement, de pouvoir vivre des vies de rêves sans faire de mal à personne ; foi, aussi, en celle (la toute-puissance) de la musique, qui peut parfois sauver une vie). C’était en avril 2001, dans la petite maison où Gailly vivait à L’Haÿ-les-Roses (94240).

Je me rappelle avoir marché assez longtemps à partir de la gare RER éponyme, par une belle après-midi de printemps fraîche et bleue. Je me rappelle une maison (un pavillon de banlieue lambda, sans âge ni signe particulier) plongée dans le silence, un salon envahi par la pénombre et l’odeur de tabac, d’un recoin sombre duquel Gailly, assis dans un fauteuil (« club », forcément), me parlait à voix basse et lente, timidement, de sa première carrière, avortée, de saxophoniste de jazz dans les années 1970, de la beauté de la « grande » musique… d’une passion, bref, qui avait irrigué la plupart de ses romans, de K 622 à Be bop. De ces deux longues heures (peut-être était-ce moins), je ne me rappelle pas grand-chose d’autre que cela : ce silence, cette pénombre, cette pudeur voilée de tabac, cette impression d’avoir été seul à seul dans quelque grotte en marge du temps.

J’ai toujours aimé cette rubrique, « L’Amateur éclairé », car je trouve qu’en parlant de musique (ou de toute autre forme d’expression artistique qu’il affectionne, mais qui n’est pas « la sienne »), un artiste en vient à dire beaucoup de choses sur son propre travail – des choses qu’il n’aurait peut-être pas su formuler, ou alors autrement, si on l’avait questionné directement à leur sujet. J’espère que cela ressort aussi de cet entretien dont je livre ci-dessous la transcription intégrale, à peine expurgée de quelques « digressions » (sur le métier de chef d’orchestre, sur la musique répétitive, sur sa méthode de travail) que, déjà, je n’avais pas gardées… La version « edit » a paru dans le numéro 43 de Classica, en 2001 ou 2002.

Vous avez commencé par le jazz…
Oui, je jouais du saxophone ténor, pendant une dizaine d’années, entre dix-huit et vingt-huit ans à peu près. J’ai participé à différentes formations, la plupart du temps des formations amateur, et vers la fin, c’était semi-professionnel, disons, avec quelques engagements…

Cela, c’était donc avant de commencer à écrire ?…
Oui, bien avant… Oui, j’ai abandonné parce que je me suis rendu compte que… que le jazz, en tout cas, il est quasiment impossible d’en vivre… Et donc, au bout de plusieurs tentatives pour devenir musicien professionnel, j’ai renoncé… Je n’en sais trop rien, j’imagine aisément que pour les musiciens classiques, il est très difficile de travailler ; mais ce que je sais plus précisément, c’est que pour les musiciens de jazz, c’est extrêmement difficile. Mais je ne suis même pas sûr que ce soit plus difficile pour les musiciens de jazz. Il y a tout de même une quantité incroyable d’excellents musiciens classiques qui sortent avec un très haut niveau et qui ont du mal à vivre de leur musique. Il m’arrive souvent de voir, dans la rue ou dans le métro, dans le Quartier Latin ou ailleurs, de jeunes instrumentistes, des violons, des altos, des violoncelles, parfois excellents, qui jouent, et qui exposent un disque, pour essayer de… C’est dire que les jeunes musiciens ont énormément de mal à vivre de leur art… Je pense aussi à tous les lauréats, quels qu’ils soient, des concours internationaux : il doit y avoir tout de même chaque année une bonne trentaine de musiciens, peut-être davantage, peut-être un peu moins je n’en sais rien techniquement de classe internationale – des pianistes, des violonistes, et j’en passe -, qui sont d’un niveau excellent, et dont on se demande ce qu’ils vont devenir, tous. Mais c’est impressionnant de penser qu’il y a chaque année une importante quantité d’excellents musiciens dont je me demande, dans les années suivent ces concours internationaux, ce qu’ils sont devenus, n’est-ce pas ? Pour peu que le garçon ou la fille ne soit pas joli garçon ou joli fille… qu’est-ce qui fait la différence ? Et pour trouver une place dans un orchestre, il y a aussi une concurrence immense et redoutable…

N’est-ce pas pareil lorsque l’on est écrivain ?
Non, je ne crois pas. Les talents non plus ne manquent pas chez les écrivains, il y a des milliers d’écrivains de talent qui écrivent comme ça, dans leur coin. Qu’est-ce qui fait que certains, un jour ou l’autre, parviennent à percer ? C’est pour cela que je me considère depuis toujours comme extrêmement privilégié. Je me compte parmi ces milliers de gens, ces plusieurs centaines de Français, et oui, je considère comme un privilège qu’on se soit, dès le début, dès le premier livre, intéressé à mon travail, qu’on en ait parlé, que ce premier livre ait été remarqué, même si ça ne s’est pas traduit par des ventes. C’est un privilège, et ça le reste : même à présent, vous êtes là, et je suis encore surpris de l’intérêt qu’on me porte. Et je ne pense pas afficher là quelque fausse modestie, je ne suis pas en train de dire que mon travail ne vaut rien, mais simplement qu’à mon sens, il ne vaut pas plus que toutes sortes d’autres livres dont on ne parle pas, et dont on ne parlera jamais. C’est la conjonction d’un certain nombre de facteurs… Je crois que le premier privilège, avant même que quelqu’un prenne la peine de parler de mon travail, ça a été d’être publié par une maison d’édition qui a une grande réputation, une exigence, et un passé, un passé glorieux. Ce passé, ce « fonds », comme on dit chez les éditeurs, fait que lorsque vous publiez un premier livre sous cette couverture, on vous remarque, on s’y intéresse, on est curieux de ce que c’est.

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La peinture du dimanche #51 : Harry Wilson Watrous

10 novembre 2013 § Poster un commentaire

harry Wilson Watrous, The Suitors (huile sur panneau, v. 1910).

FIN161424

La peinture du dimanche #50 : Trophime Bigot

2 novembre 2013 § Poster un commentaire

trophime Bigot (ou le Maître à la Bougie ?), Allégorie de la Vanité (huile sur toile, v. 1630).

+ Trophime_Bigot_Allegory_Vanity

(Une toile splendide, découverte aujourd’hui dans le non moins sublime musée Barberini à Rome, entre le Judith et Holopherne du Caravage et une Annonciation de Filippo Lippi – entre un escalier du Bernin et un autre de Borromini…)

Où suis-je ?

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