Review Memories #10 : Georges Migot, ‘Le Zodiaque’ (2006, Classica)

8 juillet 2013 § 1 commentaire

Migot_Le ZodiaqueParmi les nombreux trésors cachés de la littérature pour piano du XXe siècle – des Préludes-Poèmes de Charles Tournemire au Buch der Klänge de Hans Otte, de Georges Gurdjieff à Jean Catoire –, ce Zodiaque l’est tellement (caché) que je ne trouve pas l’ombre d’un extrait sonore à joindre à cette chronique initialement publiée en avril 2006 dans Classica. Ce cycle de « 12 études de concert pour piano », composé entre 1931 et 1939 par un compositeur aussi méconnu que polymorphe, est bien un OVNI qui ne ressemble pas à grand-chose de connu. Si, depuis, le pianiste québécois Stéphane Lemelin en a fait paraître une nouvelle version chez Atma Classique, je reste néanmoins attaché à cette réédition « historique », malgré une pochette qui est bien l’une des laides qu’il m’ait été donné de tenir entre les mains… Bienvenue dans la planète des signes (astrologiques).

GEORGES MIGOT – Le Zodiaque Jacqueline Eymar, piano (Intégral)

Contemporain presque exact de Darius Milhaud, Georges Migot n’a pas connu la postérité (encore relative) de son collègue et quasi homonyme. Pourtant, et ce n’est pas peu dire, son œuvre est presque aussi vaste que celle du musicien du Groupe des Six… C’est que Migot reste, à tous points de vue, un cas à part. Homme solitaire, allergique aux mondanités de la vie musicale, artiste complet (il fut aussi peintre et poète), esprit pétri de mysticisme, sa musique ne se rattache véritablement à aucun courant – au point qu’il fut parfois surnommé le « Groupe du Un » ! Dans son  dictionnaire de la musique de piano, Guy Sacre le confirme : « Migot occupe seul un chapitre entier de la musique française du XXe siècle. […] Il est inclassable ; on ne lui voit pas de passé, ou alors il faut y mettre, en vrac, Debussy et Pérotin, Chopin et Rameau, les troubadours du XIIe siècle et les polyphonistes de la Renaissance ; on lui voit encore moins de postérité. » Après semblables prolégomènes, on n’a plus qu’à se précipiter sur ce disque qu’Intégral a aujourd’hui le bon goût – sous une pochette il est vrai bien peu engageante ! – de rééditer : Le Zodiaque, cycle d’études de concert correspondant aux douze signes zodiacaux, et monument de l’œuvre pour piano de son auteur. Et on ne le regrettera pas. Dès Le Verseau, qui ouvre le recueil, en effet (ou plutôt « sans effet »), le charme opère. Un charme qui ne résulte pas de ces séductions faciles et autres artifices pyrotechniques auxquels Migot répugnait. C’est là au contraire une musique qui frappe par sa simplicité, sa sobriété, son désir d’aller – fût-ce parfois au prix de quelques détours – à l’essentiel : proposer un parcours exhaustif quoique sensible des possibilités, techniques et sonores, offertes par le piano, et ce faisant, « un hommage à l’instrument merveilleux qu’est le clavier aux cordes re-sonnantes ». Il en résulte une suite de pièces tout en nuances – qu’il s’agisse de l’harmonie ou du jeu proprement dit –, dont l’écriture accorde la part belle aux résonances, aux harmoniques de l’instrument. Des pièces qui, pour autant, ne forment pas un catalogue sèchement technique, mais qui impressionnent par leurs vertus évocatrices. Comme en témoignent les commentaires rédigés, sous forme de « psaumes », par le compositeur lui-même, le programme de Migot est bien, ici, de nature poétique. Par la grâce de cette musique contrastée et songeuse, aux climats baignés d’une clarté nocturne, frémissants d’effluves andalous (Le Bélier, Le Scorpion), de tendres mouvements de danse (Les Gémeaux) ou de souvenirs de Chopin (La Balance), le piano semble retrouver une force quasi élémentaire : tantôt liquide (La Vierge), tantôt terrien (Le Taureau) ou aérien. Voilà une musique qui ne ressemble à aucune autre, mais nous est cependant immédiatement familière, et bien vite indispensable. Cet enregistrement, par la pianiste Jacqueline Eymar, avait reçu le Grand Prix de l’Académie du Disque en 1960-61. Même si l’on peut avoir quelques réserves sur une prise de son un peu dure (sans parler d’une pochette absolument immonde), il mérite aujourd’hui encore la plus haute récompense.

(David Sanson)

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