Review Memories #8 : Portrait of David, ‘These Days Are Hard To Ignore’ (2004, Mouvement)

22 juin 2013 § Poster un commentaire

Cover Portrait of DavidJe n’ai jamais cessé d’écouter cet album, excursion solitaire du Norvégien Ola Fløttum dont je publiai la chronique le 10 mars 2004 sur Mouvement.net. Album ouaté et intime, dont la grâce précieuse m’a accompagné à travers les saisons aussi sûrement que le Newton Plum de Bed, l’album solo de Mark Hollis ou encore le merveilleux A Continual Search For Origins de Rothko (dont j’aurais adoré rééditer ma chronique dans cette rubrique… si j’avais pu la retrouver !). Album spleenétique et porte-bonheur, puisque c’est indirectement à lui que mon projet That Summer doit d’avoir signé un contrat avec le label Talitres… Dix morceaux de lenteur et de dépouillement arrachés à nos temps frénétiques.

PORTRAIT OF DAVID – These Days Are Hard To Ignore (Glitterhouse/Talitres)

Difficile, pour votre serviteur, de rester a priori indifférent au CD publié sous un tel (pré)nom. Difficile, ensuite, de résister à l’envie de le refaire indéfiniment tourner sur la platine, tant cet album de Portrait Of David recèle des plaisirs bien plus profonds et tenaces que celui de la simple homonymie. Derrière ce nom se cache en fait un homme seul : le Norvégien Ola Fløttum, guitariste et/ou chanteur au sein de formations telles que The White Birch, Briskeby ou Salvatore. Se cache, ou plutôt se dévoile : car ce premier opus solo est tout entier empreint de la grâce émouvante de la confession, aussi bien par les parti pris d’une production (signée de Helge Sten, repéré chez Motorpsycho aussi bien que du côté de Supersilent) qui excelle à magnifier les effets de résonances et les multiples textures du silence, que par la magie fragile qui émane des compositions et de l’interprétation de son auteur.

Ces dix pièces de musique de chambre, Fløttum les a enregistrées dans un salon aux allures de cocon – dont on imagine qu’il donne sur les paysages hiératiques, bergmaniens, photographiés dans le livret – et dans une solitude quasi complète, si l’on excepte les interventions d’un violoniste/violoncelliste sur trois morceaux et d’un joueur de cymbale. Les notes de piano étales, les délicats arpèges de guitares sont au diapason de la voix fragile qu’ils sertissent : constamment au service d’une indéniable grâce mélodique (le superbe Sweet Thief) et d’une touchante force de conviction, ces arrangements dépouillés rappellent magnifiquement combien le dénuement a parfois aussi peu à voir avec la pauvreté que l’espace avec le vide. L’ensemble sonne comme un éloge de la lenteur, qui n’est pas l’ennemie de la concision (une bonne partie de titres n’excède pas les deux minutes), et de paradis perdus qu’il semble s’agir ici de recréer le moins artificiellement du monde. Dans les textes, les références sont omniprésentes au passé, à l’enfance, à la mémoire. Quant à la musique, elle est tout aussi mélancolique, cotonneuse et poétique : s’il fallait à tout prix y dénicher des références, on pourrait évoquer Mark Hollis (pour la manière dont les chansons comme leur production génèrent un sentiment à la fois d’espace et de confinement), Bed (pour la même raison, ainsi que pour des similitudes vocales perceptibles sur un morceau comme In The Garden), Robert Wyatt, Brian Eno, Sylvain Chauveau, mais aussi des groupes anglais tels que Slowdive (période Pygmalion) ou encore Hood, par cette façon de conférer à un folk lo-fi et dénudé un aspect rêveur et presque hypnotique, par la grâce de nombreux sons, effets et bruits qui n’ont rien de parasites… These Days Are Hard To Ignore : ce beau titre, tout autant que les photos de pochette, suggère un salutaire repli en marge de cette époque qui, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Zaki Laïdi, est celle du « sacre du présent ». De fait, l’ensemble de ce disque est une invitation au recueillement, au retranchement, un appel au calme loin de la tempête.

(David Sanson)

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