Deville

La passionnante interview qu’il accorde à N.T. Binh dans le catalogue de l’exposition Musique et cinéma actuellement présentée à la Cité de la Musique m’a donné envie de revoir les films de Michel Deville, ce metteur en scène dont on parle d’autant moins aujourd’hui qu’il a malheureusement arrêté de tourner. C’est drôle, je n’en ai vu que quatre – en gros, tous ceux sortis entre 1984 et 1992 à l’exception de Nuit d’été en ville ; et j’aimerais beaucoup voir Eaux profondes, Le Voyage en douce, La Petite Bande et Raphaël ou le débauché –, mais ils m’ont d’autant plus durablement marqué que je leur suis également redevable de mémorables découvertes musicales. Car c’est grâce aux films de ce fin mélomane que j’ai découvert les Quatuors de Janácek (dans Le Paltoquet – grâce aussi soit rendue à la mésestimée adaptation par Philip Kaufman de L’Insoutenable Légèreté de l’être), ceux de Chostakovitch (Toutes peines confondues) ou encore les Danses espagnoles de Granados (Péril en la demeure) – devenus autant de disques de chevet…

Et quel plaisir de retrouver Le Paltoquet, que je n’avais pas revu depuis sa sortie (mais à l’époque, je l’avais tellement aimé que j’avais été le revoir dans la foulée), son casting étourdissant (de gauche à droite autour de Fanny Ardant : Jeanne Moreau, Richard Bohringer, Michel Piccoli, Jean Yanne, Daniel Auteuil, Claude Piéplu – seul Philippe Léotard est hors du cadre !), ses répliques aussi fluides et virevoltantes que la caméra, huis-clos post-apocalyptique reconstituant dans un hangar désaffecté (on pense à Dogville pour la figuration théâtrale, à The Element of Crime ou aux Trois Couronnes du matelot pour le côté industriel suintant surréalistico-eighties, voire à Mauvais sang, pour l’esthétique, mais aussi pour ce côté à la fois très littéraire et très graphique, très « BD ») l’atmosphère de ce que l’on imagine être une bourgade coloniale des antipodes… Jouant des ruptures de rythme et des changements de registre, de temps à autre bunuelien ou beckettien, tour à tour élégant et trivial, ce « non-thriller » est un léger mais précieux, petit mais jouissif bijou de cinéma, qui semble taillé pour le seul plaisir de l’esprit et des sens.

paltoquet

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