La planète des cygnes

22 février 2013 § Poster un commentaire

Stephan Micus, voilà bien un grand musicien méconnu de notre temps. Un Bavarois qui a appris à jouer des dizaines d’instruments traditionnels de toutes latitudes, de tous continents, qui vit retranché à Majorque, hors du temps, du vent, des « réseaux » et des modes, et qui, depuis ses Archaic Concerts de 1976, déjà chez ECM, poursuit en solitaire un parcours d’une constance exemplaire… Je redécouvre ces jours-ci ce disque récent (2010), et notamment ce morceau, Flying Swans, pour 17 (!) voix et shô (un orgue à bouche japonais, m’apprend Wikipedia). Bizarrement, il me fait songer à Newsprint, ce morceau de Bed évoqué ici il y a quelque temps. Par sa construction, que l’on croit d’abord immuable (en boucle) avant que vers 3’10’’ tout ne bascule, et s’emballe : le champ harmonique se démultiplie alors, libérant une mélodie continue qui toujours nous entraîne dans de nouveaux, insoupçonnés méandres… Je le trouve surtout émouvant parce qu’il parvient à nous faire voyager à travers les continents et les époques en une fraction de seconde, par la grâce d’un enchaînement d’accord, tour à tour grégorien puis africain, médiéval ou minimal ; parce que l’étagement des voix, la construction de la polyphonie est d’une beauté sidérante (mais comment a-t-il fait, tout seul ?) ; et puis parce que, après la brève introduction instrumentale, c’est comme si ces voix sortaient du shô, comme autant de souffles qui viendraient en dire l’âme la plus profonde… Si l’expression de folklore imaginaire a encore un sens, c’est certainement grâce à Stephan Micus.

Et puis le morceau qui suit, Flying Horses, vaut largement un James Blackshaw (ou un Dead Can Dance).

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