Bed, le retour

FlwrsgsC’est la première bonne nouvelle de  cette (bonne !) année : Bed, le projet musical de Benoît Burello, est de retour – avec un joli bouquet de fleurs. Comme Benoît l’annonçait dans la première « Bed newsletter » reçue par mail le 31 janvier, alors qu’on restait sans nouvelles de Bed depuis 2009 et ce mémorable ciné-concert (sur le film La Terre) donné en solo à la Fondation Cartier : « Après quelques années (plutôt) silencieuses, je reviens poser quelques notes… J’avais envie que ce “retour” soit léger, et le format du mini-album me paraissait coller tout à fait à cette légèreté souhaitée : un EP 5 titres, comme un petit galet posé dans la pampa du web. Il paraît uniquement sur la toile : vous pourrez l’écouter ici : https://soundcloud.com/bedbenoitburello, et pourquoi pas le télécharger là :  http://bedmusic.bandcamp.com au prix qui vous conviendra à partir de 4 € (ou aussi par titre). Il ajoutait : « J’y ai laissé libre cours, sans aucun garde-fou, à l’amour immodéré que je porte au son des eighties… »

J’ajouterai que ces Flowersongs sont une petite merveille de songwriting, tout en arpèges cristallins, en chausse-trapes harmoniques – bien beau bouquet en vérité, d’où se détache pour l’instant, pour moi, le morceau Nickel on steel (parce qu’avec son rythme kraurock et sa boucle de guitare il donne envie de sauter partout ; et parce que le frisson harmonique produit par cette modulation sur le quatrième et dernier accord du motif du couplet est l’œuvre d’un véritable alchimiste) :

J’ajouterai encore que je n’ai jamais oublié – et je sais que je ne suis pas le seul – l’émerveillement éprouvé par l’écoute de The Newton Plum, premier album de Bed (ap)paru en 2003 chez Ici d’Ailleurs. Disque de « rock de chambre » hanté et hantant, chanté et haletant, merveilleusement composé et non moins merveilleusement enregistré (belle matière pour un futur # de la série des « Review Memories ») ; disque qui m’évoquait les ambiances d’un Pieter Nooten jadis aussi bien que celles d’un Mark Hollis alors ; disque qui m’avait donné envie de travailler avec Benoît Burello (mémorable expérience musicale !) pour quelques titres de l’album Clear de mon groupe That Summer (qui, en 2014, fêtera ses 20 ans d’existence discographique !). Bref.

(Ce post étant parti avant que j’aie fini de le rédiger, je le rectifie directement en ligne.)

Bref, disais-je. Après Spacebox (2003), qui prolongeait la magie de The Newton Plum, Benoît revenait en 2005 avec un album radicalement différent, New Lines, dont j’avais même oublié que j’avais, à l’époque, rédigé la « bio » de présentation pour le label Ici d’Ailleurs. Un album en ouverture duquel se trouve ce morceau qui motive à présent ce post-scriptum. Tout simplement parce que je n’ai jamais eu le loisir d’en dire tout le bien que j’en pensais (par un élémentaire souci de « déontologie », je m’étais gardé de chroniquer moi-même cet album dans Mouvement ; l’eussé-je fait, de toute façon, que la place m’eût manqué pour m’étendre comme je l’aurais voulu sur cette seule chanson), toute l’admiration que je lui voue. New Lines est pour moi, n’ayons pas peur des mots, l’un des tout meilleurs morceaux composés depuis le début du millénaire. Non seulement parce qu’il est, en termes de composition pure, d’une intelligence, d’une allure (au sens propre comme figuré) et d’une sensibilité extraordinaires, mais aussi, plus prosaïquement, parce que c’est le genre de morceau qui redonne instantanément la pêche qui peut parfois faire défaut au Parisien fatigué de l’être ; le genre de morceau qui donne l’envie de danser en tout sens comme un bienheureux, et d’ouvrir grand les fenêtres pour en faire profiter la ville entière.

J’ai écrit quelque part par ici qu’il est des morceaux de musique dont on a l’impression que le meilleur moyen d’en parler, la seule manière de leur rendre vraiment justice, est de se contenter de les décrire, pour inviter à les écouter autrement, plus attentivement. C’est le cas de ce New Lines à la fois louvoyant et rectiligne, ondoyant tout en traçant fièrement sa route (son autoroute, plutôt) à la manière des plus grandes réussites du krautrock, Neu! en tête. Des références que Benoît avait lui (en tête), anticipant le revival généralisé qu’allait connaître genre quelques années plus tard. Écoutons-le plutôt, pour commencer :

Une longue intro aux sons étranges : on jurerait qu’il s’agit de guitare mais non, c’est uniquement du piano (la guitare se fait attendre, et son arrivée n’en sera que plus libératrice), d’abord des textures, puis un motif en boucle à la main gauche,  porté au bout de trente secondes par cette batterie métronomique caractéristique du krautrock. Des voix suraiguës égrènent un gimmick étrange dont on va s’apercevoir qu’il constitue un genre de premier couplet ; sur le second, à 1’25”, une autre batterie vient doubler la première, instillant un premier regain d’énergie à ce morceau qui, on va s’en apercevoir, n’est qu’une lente montée vers un climax qui toujours se dérobe. Ou plutôt qui dure. Car dès 1’45” tout s’emballe, quand éclate un second thème mélodique dans laquelle les voix initiales ne jouent plus qu’un rôle de gimmick. Mélodie continue (c’est toujours cette expression – employée à l’origine au sujet de la musique de Richard Wagner ! – qui me vient à l’esprit lorsque je réécoute ce morceau), car jamais cette mélodie ne se répète, toujours elle s’en va ailleurs : la ligne de basse à l’orgue entraîne constamment la chanson dans de nouveaux virages, comme un bolide lancée à pleine allure et piloté de main de maître, la mai sur le levier de vitesse. On s’aperçoit que la structure du morceau est linéaire, qu’il ne va pas s’agir ici d’une sempiternelle alternance couplet/refrain/pont/etc.

2’35” : c’est là que tout se dénoue (et aussi que la guitare – en arpèges – apparaît en même temps qu’une troisième (!) batterie). C’est le refrain, si l’on peut dire vu qu’il n’y en aura qu’un, mélodie entêtante et répétée en boucle, mélodie soudain hyper-pop, presque sixties, dont la beauté doit beaucoup à ces chœurs à l’arrière-plan, ces voix qui tiennent ici une partie que l’on aurait plus spontanément confiée à un clavier, dessinant de stupéfiantes arabesques harmoniques ; j’aime cette manière de traiter les voix comme des instruments, comme des textures à part entière ; et aussi cette manière de faire tourner le refrain sur lui-même, d’intriquer une nouvelle boucle à l’intérieur du rythme initial. Vers 3’39” c’est la coda, l’envolée finale qui ne semble avoir d’autre but que cette énergie qui la propulse. À 4’15” tout est dit. On a pourtant l’impression que le voyage a été beaucoup plus long, que l’on a entendu trois morceaux de musique en un seul. C’est qu’avec les idées contenues dans cette unique chanson, bien des groupes actuels nous pondraient un album entier. Et sans jamais arriver à atteindre ce même alliage miraculeux entre énergie et raffinement qui est peut-être, après tout, l’essence du rock – du moins du rock tel qu’on peut encore le rêver à cet âge « adulte » qui, qu’on le veuille ou non, est désormais le sien aujourd’hui. (« Bref », qu’il disait !)

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