Asylum Party : inventaire / invention

Le texte (fleuve) ci-dessous a été écrit en 2005-2006 à la faveur de la réédition des œuvres complètes du groupe français Asylum Party par le label Infrastition (passé maître en l’exhumation de pépites made in 80’s : Baroque Bordello, Résistance, Martin Dupont, Tanit, Flue, Dazibao, Guerre Froide, Die Bunker, Ptôse, Charles de Goal, Complot Bronswick, Norma Loy, Trop Tard…). Publié en deux parties dans les livrets de ces deux doubles CD, et enrichi de propos recueillis auprès de Philippe Planchon et Thierry Sobezyk, les deux fondateurs d’Asylum Party, il se veut un hommage à ce que ce grand groupe mineur a représenté pour moi : malgré sa courte carrière (2 albums et demi + 1 maxi entre 1987 et 1992), Asylum Party a signé à mes yeux (ou plutôt mes oreilles) quelques-unes des plus mémorables et mélancoliques pop songs de la fin des années 1980. Picture One en particulier, son premier mini-LP, atteint à une pureté et à une qualité de songwriting qui feraient pâlir de jalousie la plupart des groupes « néo-new-wave » actuels (voir aussi des morceaux comme Dreaming ou Echoes & Light). Je tenais à rendre accessible ce texte, à faire partager ici mes souvenirs (de la boutique New Rose, du label Lively Art, des soirées Touching Pop à Paris à l’orée des 90’s, de l’été du bac, de l’émission Décibels sur FR3, des cassettes compilations A.C.I ou Présage…) et mon enthousiasme. Ne serait-ce que parce que la saison s’y prête.

La première image, c’est à la télévision, une nuit de printemps 1988, sur FR3, dans l’émission Décibels présentée par Jean-Lou Janeir, qui organise alors un tremplin rock ouvert aux groupes de tous styles. Un bassiste charismatique à la tignasse blonde et frisée s’acharne sur un instrument dont il tire un son étonnant, énorme ; un guitariste hiératique égrène les mêmes accords nuageux tout en chantant d’une voix monotone ; au synthétiseur, un grand jeune homme fume négligemment sa clope derrière de petites lunettes rondes et noires (Olivier Champeau, chanteur de Little Nemo, venu prêter main forte à ses amis pour le tournage de l’émission, à Rennes). Le groupe s’appelle Asylum Party, et le morceau, Julia, est un tube qui me hantera pendant des semaines.

Je raterai son deuxième – et dernier, le groupe étant éliminé après deux tours – passage à Décibels, mais quelques semaines plus tard, je repérerai et commanderai Picture One, premier mini-album d’Asylum Party, chez New Rose : je le reçois la veille du début des épreuves du bac, et le choc éprouvé à la découverte de Julia, placé ici en ouverture, se confirme à l’écoute des cinq autres titres. C’est là un concentré d’énergie et d’inspiration ; une petite collection de petits tubes d’une noirceur sèche, tendue, mais à la mélancolie pourtant accueillante, contagieuse, et dont je vais, paradoxalement, tirer toutes les couleurs de mon été. Il n’y a pas beaucoup de disques que j’aie écoutés autant, et aussi exclusivement, que celui-ci : deux mois passés à ne passer que ce Picture One, en boucle du matin au soir, du soir au matin, comme une drogue (qui ne fait pas mal). Pour tout le monde, j’imagine, « l’été du bac » a une saveur particulière : en ce qui me concerne, je sais que si c’est bien le cas, c’est en grande partie grâce à ce disque.

Des semaines passées à ne rien faire d’autre qu’à sillonner la campagne en se laissant vivre, en voiture, la musique à fond comme de vrais ploucs, à regarder se succéder les paysages de la Brenne, ses étangs, ses maisons abandonnées, ses villages à moitié morts, ses champs entourés de haies, ses bosquets d’arbres d’où s’échappent des hérons – et les odeurs de l’été montant de toute cette nature… La première image, c’est ainsi une suite d’images, de souvenirs fondus et enchaînés à la vitesse d’un mini LP, à la vitesse de la lumière de cet été-là, de la fuite des horizons à la fenêtre ouverte d’une voiture.

Laborantins

En 1988, Philippe Planchon et Thierry Sobezyk ont 26 ans et ils ont passé le bac depuis longtemps ; le premier vit de petits boulots, le second est laborantin à l’hôpital Necker, et tous deux, depuis longtemps aussi, passent le plus clair – ou plutôt le plus sombre – de leur temps à faire de la musique. Ils se connaissent depuis l’école primaire, et dès lors, ils n’ont cessé de jouer ensemble dans leur petite banlieue de Plaisir (Yvelines). Ils ont rodé leur jeu de guitare dans de nombreux groupes portant la trace de leurs amours de l’époque : les Beatles, d’abord et avant tout (« Il faut toujours en revenir aux Beatles », aime à déclarer Philippe), les Stones, Pink Floyd, Bowie, voire Thin Lizzy – et bientôt, à partir du début des années 1980, découverte via Bashung et Taxi Girl d’abord, puis par tous les groupes anglais issus du punk, la new wave.

Asylum Party est né ainsi un jour de septembre 1985, après le départ d’un bassiste et d’un énième batteur avec lesquels Philippe et Thierry formaient le groupe NB (pour « Nirvana Band » !). Livrés à eux-mêmes, les deux amis achètent une boîte à rythmes et se rebaptisent en s’inspirant de l’hôpital psychiatrique Charcot, où travaille la mère de Philippe, et dont ils croisent régulièrement les patients en goguette dans les rues de Plaisir. Thierry, qui a « envie de s’amuser », se met à la basse (« J’en joue vraiment comme un guitariste qui joue de la basse », confirme-t-il), et très rapidement, le duo va parvenir à trouver un style singulier, sinon original.

Un style qui s’affirme dès les démos amassées pendant ses deux premières années d’existence, et disséminées sur les CD 2 des deux volumes de The Grey Years (certaines – volume 1, CD 2 – publiées ici pour la première fois). Tous les morceaux ne sont certes pas également concluants, ou du moins aboutis, mais on y trouve certaines perles. Des perles – citons le refrain de Good Day Bad Day, fébrile et entraînant comme un vieux Trisomie 21, ou encore En nuit, Some Grey Mornings et Asylum Party, sous haute influence Cure (Pornography et Seventeen Seconds) – dont la plupart aboutiront sur des compilations (volume 2, CD 2).

(Car il ne faut pas oublier que la carrière d’Asylum Party se déploie dans cette « préhistoire » de la musique où l’on réalisait ses maquettes sur des magnétophones à cassette 4 pistes – c’est-à-dire en exécutant le plus souvent les parties instrumentales d’un bout à l’autre ; où enregistrer dans des conditions « professionnelles » coûtait les yeux de la tête ; où une bonne partie de l’activité du réseau des musiques underground avait lieu via des compilations publiées sur des cassettes audio par de micro-labels aujourd’hui devenus mythiques. Cette époque où, également, un groupe comme Asylum Party arrivait à vendre quelque chose comme 20 000 exemplaires de ses deux albums et demi, et où le disque vinyle était encore une industrie.)

Bientôt viendra ainsi la magnifique compilation Unreleased 1, dans laquelle Asylum Party ne dépare pas parmi un programme pourtant extrêmement relevé (Section 25, Orchestre Rouge, Clair Obscur… mais aussi Brigade Internationale ou Odessa) : Where have you gone my friend? témoigne ainsi de certains ingrédients typiques du « style Asylum Party », avec cette métrique bancale, cette ligne de chant portée par la basse tandis que la guitare s’attache surtout à renforcer l’harmonie, avec aussi, plus généralement, cette prédilection pour la mélodie. Publiés plus tard (respectivement sur la cassette Mea Pulpa et sur le LP L’Appel de la Muse vol. 2, en 1989 et 1990), Pigs Are Still Alive et Green Wisdom ressortissent de la veine « enlevée » du groupe, qui plus tard éclatera sur Nuclear Kisses. Le premier, dont le titre se réfère, comme Julia, à George Orwell (en l’occurrence La Ferme des animaux), mais aussi à Jerry Rubin, fait partie des quelques textes « politiques » de Thierry : « Mon idéalisme aussi ridicule qu’indépassable fait que j’ai toujours déploré que les “grands de ce monde” ne soient pas des sages, des patriarches ou des philosophes. Pigs are still alive exprime cela : une sorte de naïf manifeste anti-pouvoir, une réaction assez instinctive et subjective… » Sur le premier tome de L’Appel de la muse (un LP sorti en 1989) paraîtra un autre petit bijou : Dreaming, ritournelle claustrophobe et enchanteresse avec sa ligne de basse osant d’envoûtants frottements harmoniques, ses deux accords de guitares, pivots tournant en boucle avant de s’élancer, sur le pont central, dans des arabesques lancinantes et répétitives autour desquelles sinue la basse, et ses mots doucement nostalgiques : « I’ve been dreaming of your face / Now I’m dreaming of your dreams »

Mais la première trace officielle d’Asylum Party, on la trouvera sur la compilation Der Bau, elle-même première référence (1986) du label Aspect d’une Certaine Industrie (A.C.I. pour les intimes) : White Light a été enregistré pour l’occasion dans un vrai studio, Le Parc, toujours en banlieue parisienne mais au sud, à Ivry-sur-Seine. Le morceau s’inspire encore de Cure (groupe dont Philippe confie pourtant n’avoir jamais été complètement fan), tendance Faith cette fois (d’Asylum Party à Funeral Party, il n’y a qu’un pas…), ce qui ne diminue en rien sa force. Une force qui tient peut-être à ce que l’enregistrement, longtemps différé, et pour cause, a eu lieu le 30 octobre 1987 : le jour de la naissance, un mois après terme, de Ian, premier fils de Thierry Sobezyk. Ce dernier se revoit ainsi débarquant dans le studio, au sortir de la clinique, pour enregistrer sa partie de basse : « J’étais obligé de me concentrer à mort car sans cesse, l’image de la couveuse revenait devant mes yeux… Et je ne peux plus écouter la dernière phrase du morceau – “A baby toy waits” – sans frissonner. » De fait, il se dégage bien de White Light une puissance quasi amniotique, et finalement hypnotique. Cette qualité hypnotique est une autre des forces de la musique d’Asylum Party, et sans doute l’une des raisons pour lesquelles celle-ci, aujourd’hui, a dans l’ensemble si agréablement vieilli…

White light marque ainsi, en quelque sorte, l’acte de naissance d’une carrière qui va durer cinq ans. A partir de ce moment-là, Asylum Party va commencer à donner quelques concerts, à fraterniser avec d’autres voisins franciliens (du 9-1) appelés Little Nemo (avec lesquels Philippe Planchon jouera parfois de la guitare) ou Mary Goes Round (que Philippe, toujours, accompagnera à la basse vers 1987-88). Surtout, le duo va se donner les moyens d’autoproduire son premier disque – Philippe contractant un emprunt pour l’enregistrement, Thierry pour le pressage –, et de partir le réaliser en Angleterre, durant l’hiver 1987.

Osmoses

Ce sont les musiciens des Anonymes – un groupe avec lequel Asylum Party partage son local de répétition à Nanterre et l’affiche de la compilation Der Bau, et dont le chanteur est anglais – qui leur conseillent les studios Goldust, situés à Bromley, dans le Kent, à une vingtaine de kilomètres de Londres. Philippe Planchon et Thierry Sobezyk s’y rendent dans cette même camionnette avec lequel ils sillonneront bientôt l’Hexagone, pour, durant toute une semaine pluvieuse, vivre leur première vraie expérience de musiciens « professionnels », avec un ingénieur du son – Mark Dawson – parfaitement à l’écoute. Lorsqu’on l’interroge sur les raisons de cette session outre-Manche, Thierry répond : « Nous avions l’impression de nous rapprocher un peu de nos idoles, d’avoir accès au “vrai savoir”. » Et sur le résultat, la manière dont cela a pu se répercuter sur la musique : « C’est finalement un album qui sonne très “anglais” : c’est-à-dire à la fois pop, léger et efficace – le tout, saupoudré de la densité et de la dynamique que nous avons apportées. » Affirmé avec brio dès ce premier essai, le sens de la dynamique est effectivement l’un des éléments essentiels du style d’Asylum Party. Et l’un des ingrédients qui font que Picture One – ainsi nommé d’après cette « première image » introduisant les manuels d’anglais de tous les collégiens –, loin d’être l’œuvre d’apprentis musiciens, a des allures de coup de maîtres.

Julia, c’est simple, et, effectivement, efficace. Une cymbale avançant comme une trotteuse, insufflant à tout le morceau un drive impeccable, imparable. Une basse cinglante, lourde mais dynamique, sombre mais mélodique, sorte de croisement entre Simon Gallup de Cure et Steve Severin des Banshees (s’il jouait encore pas mal de guitares sur les démos, Thierry Sobezyk adoptera définitivement cet instrument avec ce disque – il cite avant tout en références, pour sa part, Peter Hook de New Order et Jean-Jacques Burnel des Stranglers). Trois notes de clavier fuligineuses. Des guitares tranchantes et fluides, une voix atone mais entêtante, reprenant un texte qui tient en trois lignes, inspiré par les amants magnifiques de 1984, le roman d’Orwell. Sur ce morceau, comme sur l’ensemble de Picture One, Asylum Party relève avec un talent d’équilibriste ce défi paradoxal d’être à la fois sombre et léger, mélancolique et dansant, lo-fi et dense, sans jamais tomber dans la grandiloquence ni dans le minimalisme cheap.

Vient ensuite l’imposant diptyque Sweetness… of Pain, autre chef-d’œuvre, cette fois chanté par Thierry. Sur un tempo rapide, tenu par une ligne de guitare jouée note à note et chevauchant la ligne de basse (encore une technique chère à Asylum Party – et toujours ce côté hypnotique), ce morceau est surtout remarquable pour son magnifique pont central : un solo de basse phénoménal, au cours duquel cette dernière finit par reprendre la mélodie de voix en duo avec la guitare. La brève deuxième partie est une manière de coda, variation instrumentale (guitare sèche, basse et claviers) sur ce même thème. Before the Smile ensuite, premier morceau de la face B, chanté par Philippe, est une nouvelle perle, construite autour d’une fière ligne de basse circulaire, au tempo d’abord incertain, puis bientôt submergée par un rythme binaire qui emporte tout son sur passage, comme s’il cherchait à échapper à la mélancolie pour aller de l’avant. Mais c’est pour y replonger de plus belle dès la chanson suivante, White Light, dont la version enregistrée à Ivry reparaît ici, ménageant une nouvelle pause plus contemplative au milieu de cet enchaînement de morceaux plutôt dansants.

Enfin, le dernier titre du disque en constitue peut-être le sommet. Together in the Fall a été gravé lors d’une session de rattrapage à Bromley, où le duo était retourné afin d’enregistrer The Desert – commandé par Philippe Stojanovic pour le second volume de sa série de compilations Unreleased (figure importante de la scène cold wave parisienne, celui-ci a découvert le duo lors de son premier concert au Cithéa, à Paris, et en restera toujours l’ami fidèle) –, histoire de transformer le maxi 45 tours initialement prévu en un vrai mini LP. Et c’est un tube imparable que ce morceau, avec sa basse syncopée qui, sur le refrain, fait jeu égal avec la voix, et ce pont magique qui reviendra conclure le morceau d’une manière typiquement « asylumienne » : d’abord un gimmick de guitare répétitif, autour duquel la basse, la boîte à rythme, puis des claviers rappelant le Play for today de Cure viennent peu à peu construire un rythme lancinant. C’est sur ce gimmick, joué en accords distordus, que l’album se referme. On ressort de son écoute comme en état d’hypnose et pénétré d’une mélancolie pourtant douce, euphorisante (« Sweetness of pain », qu’ils disent) – et avec l’irrésistible envie de le remettre au début.

Sans rien inventer, Asylum Party a su ainsi, dès le départ, créer un style propre, en suivant une équation pourtant élémentaire : « Une mélodie + une ambiance » (Thierry). Un style dont ce premier disque semble proposer la quintessence, exposant de manière brute ce que les suivants s’attacheront à prolonger et développer : en premier lieu, un amour et un sens prononcés de la mélodie (de la « ritournelle », comme aime à le dire Philippe – qui, logiquement, cite les très mélodieux Chameleons parmi ses favoris de la new wave), dont témoignent notamment des gimmicks accrocheurs ; un minimalisme et une simplicité – guère de fioritures ou de coquetteries dans cette musique – mis au service d’un penchant pour les structures hypnotiques (guitare sur une corde, répétition obsédante d’un motif sur lequel la basse fait varier sa ligne, sens du groove, etc.) ; une apparente évidence dissimulant des structures plus complexes qu’il n’y paraît (importance des ponts et des modulations ; subtils changements de rythme au sein d’un même morceau ou enchevêtrements de tempos binaires/ternaires ; refrains parfois inexistants, remplacés par de tout aussi efficaces variations instrumentales autour des accords du couplet) ; des texte naïfs, naviguant entre existentialisme et onirisme, avec naturellement une inclination pour le spleen (« Je concède la mélancolie, elle est récurrente dans notre musique à différents degrés, reconnaît Thierry en souriant. Mais parfois, je perçois un petit sourire derrière tout ça… En résumé : grave, mais pas désespéré ! »)… Tout ceci, dissimulé sous une pochette où les visages des deux musiciens se détachent à peine d’un fond immaculé, comme surexposés dans la neige : les photos proviennent d’une session avec Emmanuelle Debaussart, journaliste (elle écrit alors dans le mensuel Best) qui est également la compagne d’Olivier Champeau, et qui jouera un rôle non négligeable dans l’ascension de ces groupes. Au verso apparaît pour la première fois le « logo » AP, conçu par Thierry (qui déclare s’être « inspiré des tags punks de l’époque dans le métro : A debout P couché, dans un rappel du signe anarchiste »).

Tout ceci forme donc un cocktail détonnant, car porté par deux purs musiciens, familiers l’un de l’autre et fonctionnant essentiellement, comme le dit Thierry, « à l’osmose ». Deux multi-instrumentistes qui sont également deux chanteurs, se partageant les morceaux en fonction des textes qu’ils écrivent : l’alternance de ces deux voix – celle de Philippe Planchon rêche et fragile, sorte de croisement entre Richard Butler (Psychedelic Furs) et Colin Newman (Wire) ; celle de Thierry Sobezyk ronde et profonde, dont les inflexions caverneuses rappellent tantôt Bashung (en français), tantôt Ian Curtis (en anglais) –, traitées comme de simples instruments venant apporter des couleurs différentes à la palette d’ensemble, est pour beaucoup dans le charme qui se dégage de cette musique. C’est peut-être en raison de ce caractère complémentaire qu’Asylum Party, parmi toutes les formations de ce qui deviendra la Touching Pop, est celle qui présente la personnalité la plus affirmée : l’alchimie entre ses deux membres, travaillant de manière complètement symbiotique et équitable, semble avoir préservé le groupe des problèmes de « leadership » – des conflits d’ego à la Little Nemo (où deux compositeurs, Vincent Le Gallo et Olivier Champeau, se partageaient la vedette) ou des dérives solitaires à la Mary Goes Round (dont Jérôme Avril était le compositeur unique). « Le groupe, c’est uniquement ce qu’on a voulu mettre dedans, nous ne nous sommes jamais imposé de pression », confirme Thierry. Les morceaux d’Asylum Party sont bien à l’image de leurs auteurs : avançant imperturbablement, sans trop se poser de questions, mais toujours avec une profonde intelligence musicale. « En osmose », donc – et avec un mélange de candeur et d’enthousiasme.

Picture One sera immédiatement signé en distribution par New Rose, le premier label contacté par le duo (qui fonde, pour l’occasion, l’association Asylum Yield, dont ce disque sera l’unique référence), et paraît donc peu avant l’été 1988. Les 1 000 exemplaires du premier pressage ne tarderont pas à être écoulés.

Hivers

Tout va ensuite aller très vite. À l’hiver 1988, la compilation Unreleased vol. 2 (cette fois sous forme de LP) donne à entendre The Desert, à la tonalité plus agressive, empreinte peut-être de l’influence de Sonic Youth, dont Thierry, qui travaille désormais à mi-temps chez New Rose, a entre-temps découvert la musique. Et dès ce même hiver 1988, Asylum Party, par l’entremise d’Emmanuelle Debaussart, recrute une claviériste, Pascale Macé, et retourne en studio. Cette fois, ce sera à Bruxelles, dans ce studio Pyramide où les groupes du label Lively Art – la sous-division de New Rose nouvellement créée et dirigée par Louis Thévenon – commencent de prendre leurs habitudes. Comme pour le précédent, la quasi-totalité du disque est prête avant d’entrer en studio, et les huit morceaux du LP vont être gravés en deux semaines, avec la complicité de l’ingénieur Luc Tytgat, qui sera désormais le metteur en son attitré d’Asylum Party (comme des autres artistes Lively Art) : il avait auparavant enregistré plusieurs groupes du label bruxellois Play it again, Sam! (Siglo XX, The Neon Judgement), et travaillera ensuite, notamment, pour Kat Onoma.

Si, avec le titre de Borderline, Asylum Party semble vouloir faire écho aux résonances « psychiatriques » de son patronyme, le thème central de cet album est bien l’hiver. Thierry Sobezyk garde un excellent souvenir de l’enregistrement, dans une ambiance de « travail au coin du feu. C’était le début de l’hiver, il faisait très froid, et nous étions calfeutrés dans le studio pour enregistrer, durant deux semaines, une musique qui était finalement plus printanière, ou automnale, qu’hivernale… Borderline a vraiment à voir avec l’hiver – il a été conçu tantôt sous son influence, tantôt en réaction à lui… » S’il est question d’intersaisons, le froid n’est effectivement jamais très loin. Mais si l’hiver imprègne directement deux morceaux du disque – Winter (dans lequel Sobezyk imagine « une histoire d’amour informulée ») et l’instrumental First Days of Winter, l’album tout entier, entre l’obscurité de La Nuit et le bûcher de The Sabbath (devenu entre-temps un tube de soirées gothiques – un des morceaux où Philippe et Thierry chantent à l’unisson : l’alchimie est parfaite), le souffle de La tourmente et les velléités printanières de Better Days Ahead (émouvante incursion dans le registre de la ballade – avec sa superbe alternance de guitares calme puis saturée), semble plutôt balayé par des courants contraires. Entre l’anglais et le français, également : présent dès les démos du groupe, celui-ci fait ici une apparition remarquée sur deux morceaux : « Cette évolution vers le français était prévue. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour certains artistes français, à commencer par Bashung… », explique Thierry, qui, tout comme Philippe, déclare fonctionner par associations d’idées, suivant un procédé proche de l’écriture automatique – et probablement facilité par la consommation occasionnelle de produits stupéfiants (encore un point commun avec Robert Smith, mais aussi avec tous les musiciens issus du psychédélisme). En fin de compte, cela donne un album captivant : en prenant davantage d’importance, les claviers apportent à la musique du désormais trio un surcroît de densité, de profondeur, et une dimension plus contemplative que sur le bref Picture One – d’autant que le studio Pyramide est équipé de manière autrement sophistiquée que Goldust.

Issu des mêmes sessions, le morceau Old Dreams Are Not Innocent ne pourra finalement pas figurer sur le LP, celui-ci étant déjà plein à craquer – notamment en raison de la basse avec « chorus », qui forme dans la cire des sillons particulièrement épais, requérant ce qu’aujourd’hui on appellerait un « espace disque » considérable. Il sera finalement inclus ultérieurement en bonus à la version CD, sur laquelle est également reprise l’intégralité de Picture One : avec sa basse synthétique et sa rythmique syncopée, ce morceau évolue dans une veine plus dansante, mais toujours dominée par la grisaille. C’est ici Philippe qui tient la basse, se limitant à des ornementations jusqu’à la magnifique modulation, d’autant plus saisissante qu’elle est brève, introduite par le pont central – les ponts, on l’a dit, seront toujours l’un des points forts d’Asylum Party…

La pochette de Borderline propose de nouveau un portrait du groupe, pris cette fois par un ami de Pascale. Au verso, une petite photo présente une œuvre du sculpteur Patrick Cottencin – un buste semblant en lamentation, dont ne subsistent que le torse, les bras et le bas du visage –, suggérée par Thierry après que celui-ci eut flashé sur une sculpture qui trônait chez son psychanalyste… Dans le livret du CD, on trouvera quelques photos supplémentaires, dont deux représentant le petit Ian Sobezyk. Et cette dédicace : « Pour Gaëtan… », hommage à Gaëtan Blondeau, claviériste du groupe No Words – avec lequel Asylum Party partageait également son local de répétition de Nanterre, où les deux formations eurent l’occasion de se livrer à quelques jam-sessions –, dont le suicide à 19 ans, peu après l’enregistrement de Borderline, sera un choc brutal pour tous ses amis, et continue aujourd’hui encore de susciter l’incompréhension…

Enregistré comme son prédécesseur en hiver, Borderline paraîtra, comme lui, au printemps (1989), et rencontrera un accueil toujours plus chaleureux. Durant cette même année 1989, des compilations (voir plus haut) continuent de diffuser divers inédits du groupe, et les « p’tits Lum’s », ainsi qu’on les surnomme, multiplient les concerts avec leurs amis de Little Nemo et Mary Goes Round : une joyeuse bande qui, bientôt, va se muer en un véritable « mouvement ».

Gags

Parallèlement, en effet, l’écurie Lively Art commence à prendre des allures de fratrie. Les groupes du label se connaissent et s’entraident, partageant au besoin, comme on l’a vu, leurs musiciens. Et leurs publications, à l’image du Sounds in the Attic de Little Nemo, paru peu avant Borderline, recueillent un écho toujours plus important. Né au départ comme un gag de potaches entre les musiciens d’Asylum Party, de Little Nemo et Emmanuelle Debaussart (qui cherchaient à inventer un nom de mouvement, à l’image de ceux dont raffole la presse anglo-saxonne), un terme va voir le jour qui, deux années durant, va faire florès au point de s’imposer comme un judicieux concept marketing : celui de Touching Pop.

L’expression, largement pléonastique, ne veut pas dire grand-chose, mais elle a le mérite de fédérer sous une même bannière des musiciens au propos somme toute assez disparate. Les soirées « Touching pop » se multiplient, créant autour d’Asylum Party, Little Nemo et Mary Goes Round – mais surtout autour de l’étiquette Lively Art – une mouvance à laquelle des formations telles que Résistance, Rise And Fall Of A Decade, Babel 17 et même Collection d’Arnell Andrea viendront, au gré des concerts, s’agglutiner. Sur scène, Asylum Party ne propose rien d’exceptionnel – mais suffisamment d’intensité, de présence et de sincérité pour livrer des shows tendus et prenants, ce qui est l’essentiel. Vers la fin, le groupe se produira parfois avec le batteur Jean-Michel Danovaro…

L’apogée de la Touching Pop sera atteint en novembre 1989 avec la compilation 13, regroupant des inédits de tous les groupes Lively Art (pour l’occasion, Asylum Party se fend du joli Love or Madness), et le projet Teepee (« TP », pour « Touching pop ») : une sorte de « supergroupe » composé – à la manière de This Mortal Coil pour le label 4AD – de membres des trois formations emblématiques, dont paraît un single au titre programmatique, Tribes Are Meeting, co-écrit par Thierry Sobezyk. Dans le même temps, le fanzine Prémonition distribue un mini CD sampler consacré à cette scène, pour lequel Asylum Party livre Nuclear kisses : le morceau porte bien son titre, tant il s’agit là d’une petite bombe, envoyée à un rythme effréné. C’est d’ailleurs, avec Old dreams are not innocent, l’un des deux morceaux d’Asylum Party sur lesquels Philippe – en l’occurrence incapable de chanter tout en jouant un motif de guitare tout en contre-temps – tient la partie de basse…

Il faut préciser qu’à cette époque, pourtant, la scène cold wave lance ses derniers feux : Cure, And Also the Trees, les Banshees, Cocteau Twins, New Order ou Dead Can Dance ne vont pas tarder à s’essouffler ; Christian Death avec Sex, Drugs & Jesus Christ, The Mission ou Field of The Nephilim commencent à véhiculer une imagerie gothique caricaturale, et l’EBM est en train de donner naissance à la techno. La presse musicale semble alors n’avoir d’yeux que pour l’Angleterre (de la pop feutrée de Sarah Records au son baggy de Manchester) ou pour les Etats-Unis – d’où, après les Pixies, débouleront Nirvana… Dans ce contexte, le succès de la Touching Pop peut avoir une allure gentiment anachronique, qui explique peut-être que cette « micro-scène » ait été ignorée par certains arbitres du bon goût musical – même si Bernard Lenoir diffusera régulièrement, entre autres, Cadavres exquis (Howard Song), le chef-d’œuvre de Little Nemo –, mais surtout ne tardera pas à péricliter.

Cela n’empêche pas Asylum Party de livrer ce qui constitue peut-être le plus bel exemple de sa maturité artistique, avec le maxi What will you learn. Enregistré à Bruxelles, toujours avec Luc Tytgat, celui-ci juxtapose quatre perles : Misfortune?, sur lequel Philippe s’enhardit à vraiment « habiter » et pousser sa voix, a des allures de classique pop parfait, avec son gimmick de piano sur le refrain ; le morceau-titre, chanté par Thierry, renoue avec ces mélodies à la fois circulaires et bancales, ponctué d’un superbe solo de guitare ; La Rivière, le seul texte que Thierry avoue avoir écrit sous acide, est un flux ininterrompu de guitares ballotant une sorte de comptine ; enfin, Echoes & Light, morceau rodé sur scène (notamment lors d’un concert triomphal à l’Elysée Montmartre, à Paris, avec Little Nemo et Mary Goes Round), est sans doute l’un des chefs-d’œuvre d’Asylum Party. Au-delà de ses réminiscences de Cure, c’est un petit bijou de songwriting, subtil alliage d’évidence mélodique et de complexité rythmique sous-jacente (avec les motifs enchâssés de la basse, des claviers et de la guitare, tournant ensemble comme un lent engrenage), témoignant d’une science supérieure des tensions et des ruptures…

L’artwork du disque sera une nouvelle fois l’œuvre de Thierry : « J’ai bigarré aux pastels une feuille Canson gros grains de touches multicolores, puis j’ai recouvert le tout de gouache noire et après séchage, j’ai demandé à Ian de “dessiner” avec la pointe d’un clou sur le noir. Il avait trois ou quatre ans et d’après lui, ça représentait une explosion ou un feu d’artifice. Tout est écrit à la plume, comme sur Mère, ce qui m’a occupé un moment… Je n’ai jamais rien eu à voir avec la conception graphique, mais j’ai bien aimé au moins essayer de faire ces pochettes – toujours avec l’accord de Phil et Pascale. Cela m’a permis de considérer notre groupe autrement que sous le seul angle musical, de réfléchir concrètement à la notion d’image… De bons souvenirs, tout ça. » Misfortune? donnera lieu également à un clip repris récemment sur le DVD RVB-Transfert, et à la valeur essentiellement documentaire – on en retient surtout un Philippe Planchon trop maquillé évoluant dans un décor trop kitsch, où l’on croise également, une nouvelle fois, le petit Ian.

Cela n’empêche pas non plus le trio de céder à son amour de la pop et de l’Angleterre en publiant en 45 tours une reprise du Ticket to Ride des Beatles : sous une pochette qui pastiche drôlement celle de l’original, Asylum Party livre une reprise certes anecdotique, mais respectueuse et pertinente ; en face B, Beside – encore un jeu de mot – est, en revanche, un morceau plutôt… secondaire. S’il déroutera nombre de fans de la première heure, cet exercice d’admiration vaudra au groupe un petit succès commercial.

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C’est dans ce contexte qu’à l’hiver 1990, Thierry et Pascale, rapidement rejoints par Philippe, se retrouvent une nouvelle fois au studio Pyramide pour y enregistrer Mère, leur deuxième véritable album. Un album que l’on pourrait dire « concept », tant son titre et sa pochette (représentant des photos des trois musiciens enfants, sur lesquelles veille une énorme araignée) annoncent la teneur de la plupart des morceaux. Thierry : « L’idée de base, c’est l’opposition attraction/répulsion, qui a failli donner son titre à l’album. Après pas mal de discussions, j’ai finalement proposé le concept de Mère, avec le symbole freudien de la mère, l’araignée. L’une des conséquences de mon périple analytique… L’album est dédié à ma mère, décédée quand j’avais 12 ans. La chanson Mother est de Phil, qui a bien compris ce que j’avais en tête (ou dans le cœur), et a su l’exprimer avec brio… Mais nos thèmes ne sont jamais monochromes, et nos textes restent suffisamment hermétiques pour être facilement interprétables, superposant souvent plusieurs concepts ou ambiances : peut-être l’influence commune du surréalisme et de son corollaire, l’inconscient – avec des associations d’idées, des paradoxes permettant de créer un climat… »

Monochrome, peut-être pas, mais sombre, sans aucun doute. Et le climat, une nouvelle fois, est hivernal qui imprègne la plupart des morceaux de l’album (voir le texte de Jump, écrit par Thierry dans le froid, sur les toits de Bruxelles, la veille de l’enregistrement). Celui-ci s’ouvre en fanfare avec le très beau Pure Joy in my Heart : une chanson empreinte d’une tension renforcée par le fait qu’elle a été enregistrée live en studio, comme s’en souvient Thierry : « On commençait à se sentir chez nous au studio Pyramide, et l’ingénieur du son nous avait mis de côté une excellente herbe : lorsque nous sommes arrivés, il nous a fait fumer ce truc magique, et on a immédiatement fait la prise, directement à côté de la table de mixage, sans même rentrer dans la salle d’enregistrement. » Cette instantanéité est palpable à travers l’énergie brute qui se dégage de cette chanson, portée par un Philippe Planchon qui, à l’évidence, prend de plus en plus d’assurance vocale (comme en témoigne également Mother, autre sommet du disque).

Globalement, les morceaux écrits par ce dernier se révèlent plus « noirs » (voir encore le magnifique Someone Else – son unique texte écrit et chanté en français – ou Madhouse Grass, belle pop song elle aussi enregistrée en une seule prise), tandis que ceux signés par Thierry explorent une veine mélodique plus ouvertement pop et colorée, aux confins de la « chanson » : en témoigne par exemple l’entêtant Un sang d’hier, chanté en duo avec Pascale, et qui s’achève par des sifflotements dont l’idée (et l’exécution) revient à Luc Tytgat… Cependant, les claviers se font parfois envahissants, et certains titres peinent à retrouver la verve et l’inspiration de Picture One et Borderline : peut-être parce que sur Mère, ces titres, pour leur plus grande part, ont été composés séparément par Philippe ou Thierry, plutôt que véritablement mûris ensemble. On a affaire ici à un disque indéniablement ambitieux (ne serait-ce que par sa tentative de faire la part belle au français), mais pas complètement abouti ; un album de transition, se dit-on alors, marquant une ouverture vers de nouveaux horizons… qui n’arriveront jamais.

Quelques mois après la sortie de Mère en effet, dans le courant de l’année 1991, Philippe, le premier, quitte le groupe, lassé par les concerts, par le relatif déclin de l’engouement autour de la Touching Pop, et par un rythme de vie de plus en plus difficile à supporter : c’est que les musiciens d’Asylum Party, malgré le petit succès de leurs disques, n’auront jamais pu vivre de leur musique et ont toujours continué à travailler parallèlement – ce qui donna parfois lieu à des équipées en camionnette rocambolesques mais épuisantes, qui les voient quitter Paris après le boulot pour aller faire des balances à Orléans, jouer, et rentrer pour travailler le lendemain – sans parler des moments où Philippe s’improvisera chauffeur pour Little Nemo ou même Baroque Bordello. Sans Philippe, Asylum Party n’a plus guère de raison d’être, et le groupe ne tarde pas à se saborder.

Les Little Nemo feront bientôt de même, en 1992, tandis que Mary Goes Round, qui vient de signer directement avec New Rose, se distancie peu à peu de la Touching Pop : le « mouvement » semble bien moribond, d’autant que la discorde règne entre Patrick Mathé (New Rose) et son associé Louis Thévenon. Ce dernier signe alors un deal de distribution avec Virgin et lance le label Single K.O., du nom d’un morceau de Wire. C’est pour celui-ci qu’à l’été 1992, Thierry Sobezyk enregistre un album solo, Voyeur : mais ce disque (pas plus d’ailleurs qu’un album de Babel 17 et un nouveau maxi de Teepee, également prêts) ne sera jamais publié, la disparition mystérieuse de Thévenon sonnant le glas de son label, et du même coup de la Touching Pop… Depuis, on a failli perdre la trace de ce musicien installé depuis cinq ans près de Rennes, et qui n’a jamais cessé de jouer et d’écouter de la musique, se convertissant entre-temps à l’informatique musicale pour enregistrer – lui qui était déjà en charge de toutes les programmations rythmiques (souvent extrêmement ingénieuses) d’Asylum Party. Son premier fils Ian, né, donc, le même jour que White Light, joue aujourd’hui dans un groupe de hardcore, quand le second est un mélomane passionné de bonnes choses, du baroque au punk.

De son côté, en 2005 (après avoir autrefois, lui aussi, préparé un album en français, jamais publié), Philippe Planchon enregistrait, sur un 8 pistes numériques, l’album anglophone Black Sheep, sous le nom d’Irrelevant, publié par Infrastition : c’est d’ailleurs un extrait de ce disque, Flying, morceau dans le plus pur style Asylum Party, qui clôt cette anthologie.

Aujourd’hui, il semblait naturel que cette musique portée par l’amour de la musique redevienne accessible, et il est agréable de constater que l’attachement qu’on continue de lui porter n’est pas purement nostalgique. La genèse du groupe, la longévité du parcours de ses membres en attestent : Asylum Party était avant tout une réunion de purs musiciens. Des musiciens « peut-être un peu trop sensibles, émotifs, tributaires de l’environnement émotionnel, regrette Thierry. Avec le recul, je me dis que nous avons peut-être manqué un peu de maturité » – une maturité qui, peut-être, leur aurait permis d’acquérir cette petite dose de cynisme qui est malheureusement indispensable pour pouvoir se « vendre ». Des musiciens peut-être usés, également, par des années de lutte pour concilier leur passion et leur quotidien. Mais c’est probablement à tout cela, à cette savante osmose entre énergie et naïveté, que la musique d’Asylum Party doit d’affronter encore si vaillamment les années : une raison supplémentaire pour récapituler dans son ensemble – et c’est aujourd’hui chose faite – cette carrière trop brève, et inviter les fans d’hier comme ceux de demain à repartir sur les traces de ce grand groupe mineur.

David Sanson

Merci à Philippe Planchon et Thierry Sobezyk

8 commentaires

  1. Merci beaucoup pour ce superbe article ! Je suis tombé sous le charme de leurs mélodies il y a une dizaine d’années grâce à des amis Rennais ! Mon grand regret est de ne pas avoir pu les voir jouer en live à l’époque. J’espérais une réformation mais malheureusement ce ne sera plus possible…

  2. Très bien écrit ! Complet. Je me souviens les avoir vus au plan, à Ris Orangis, avec Little Nemo et Mary Goes Round il me semble. Et cet album de Thierry, introuvable donc ???
    Merci
    PS Adieu Thierry et merci !

  3. Incroyable, nous avons exactement le même vécu en ce qui concerne ce groupe (la découverte, l’album qui ne quitte pas la platine, le printemps 88 – en troisième, pas en terminale, mais bon…, et tout ce qui suit)
    Ce post est très bien écrit, merci et bravo

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