Nabokov again

au lecteur qui n’est pas encore né (1930)

Toi, habitant lumineux des siècles futurs,
toi, amateur d’antiquité, un jour déterminé
tu ouvriras une anthologie de vers
oubliés à tort, mais solidement.

Et tu seras habillé, comme un bouffon,
d’un frac et d’une redingote à la manière de mon époque.
Accoude-toi. Tends ton oreille. Comme le temps révolu,
coquille des muses, est retentissant !

Seize vers, couronnés d’un ovale
avec une photographie floue… Aie l’audace
de dédaigner mon style vétuste,
ma propreté et ma pauvreté.

Je suis ici avec toi. Tu n’es pas libre de t’échapper.
A travers les ténèbres je me dirige vers ta poitrine.
Voici que tu sens une fraîcheur : un courant d’air
venu du passé… Adieu donc. Je suis content.

Ты, светлый житель будущих веков,
ты, старины любитель, в день урочный
откроешь антологию стихов,
забытых незаслуженно, но прочно.

И будешь ты, как шут, одет, – на вкус
моей эпохи фрачной и сюртучной.
Облокотись. Прислушайся. Как звучно
былое время – раковина муз !

Шестнадцать строк, увенчанных овалом
с неясной фотографией… Посмей
побрезговать их слогом обветшалым,
опрятностью и бедностью моей.

Я здесь с тобой. Укрыться ты не волен.
К тебе на грудь я прянул через мрак.
Вот холодок ты чувствуешь: сквозняк
из прошлого… Прощай же. Я доволен.

Publicités

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s