Review Memories #5 : Marc Leclair, ‘Musique pour 3 femmes enceintes’ (2005, Mouvement)

CorrFAB04dig.aiRetour au Québec. Après Jérôme Minière, le nouvel heureux élu de ces « Review Memories » est un autre ressortissant de la Belle Province : Marc Leclair, alias Akufen, l’auteur du tube électro 2002 Deck The House. Pas grand-chose à ajouter au texte ci-dessous, publié le 25 mai 2005 sur Mouvement.net, et sur ce disque qui reste l’un de mes albums d’électro-ambient favori.  Si ce n’est préciser que le premier morceau est cosigné avec les regrettés Berlinois de Rechenzentrum – l’ambiance générale est, de fait, très berlinoise.

Marc  LECLAIR – Musique pour 3 femmes enceintes (Mutek_Rec)

Le Canadien Marc Leclair s’est fait une jolie réputation, sous le non moins joli nom d’Akufen, sur les pistes de danse du monde entier: révélée grâce au Festival Mutek, sa musique électronique minimale, à la fois souple et précise, est une assez irrésistible machine à danser. Publié sous son vrai nom, cet album marque une pause dans ce parcours aussi exigeant qu’endiablé – comme si Akufen se mettait en congé maternité, le temps d’un projet singulier et non moins pertinent. Musique pour 3 femmes enceintes, dédié à trois amies de son auteur (Elise, Isabelle et Valérie), est un album magnifique et au charme indéfinissable – à moins d’utiliser nombre de qualificatifs trop souvent galvaudés dans le cas des musiques électroniques et qui, ici, prennent tout leur sens : organique, atmosphérique, hypnotique, intemporel… Cette musique, on pourrait évidemment la qualifier d’amniotique tant elle semble flotter entre des harmonies liquides et des pulsations balbutiantes, vibrer à travers une torpeur douce et abyssale. Elle fait de ce disque un voyage qui nous entraîne du 1er au 236e jour et ce, comme par magie, sans que l’on perçoive avec précision l’écoulement du temps. Avec une grande sensualité (peut-être renforcée par le fait que le mastering de ce disque est l’œuvre du Berlinois Stefan Bettke, alias Pole) se mêlent des nappes en apesanteur et des rythmes squelettiques, en un ballet étrangement maîtrisé. Cette musique tantôt statique, dormante, tantôt animée de brusques accès de frénésie, peut évoquer les grandes réussites ambient de Brian Eno, mais il fait parfois aussi penser à Steve Reich : voir le très beau 150e jour où Leclair parvient magistralement, en usant principalement des effets d’écho et de delay, à provoquer des enchâssements répétitifs et polyrythmiques qui rappellent la Desert Music On aurait pu redouter le concept fumeux pour bobo – une musique d’ameublement élégante mais aussi vide que les décors des boutiques de luxe, entre « musique pour aéroport » et « musique pour ranger son loft ». Caché derrière une pochette poétique et décalée, Marc Leclair réalise pourtant tout le contraire : un album auquel le plus beau compliment qu’on pourrait faire serait de dire qu’il est à la hauteur de son sujet ; un hymne à la vie, une vie dont il épouserait le rythme étrangement humain, dont il capterait en outre des états intermédiaires, embryonnaires … Ne dit-on pas : vif… comme Leclair ?

(David Sanson)

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