tg STAN est grand

Au Théâtre de la Bastille (dans le cadre du Festival d’Automne), le collectif flamand (ou doit-on dire néerlandais ?) tg STAN (que j’avais découvert ici-même, impressionné, en 2007, dans une poignée de « dramuscules » de Thomas Bernhard) s’empare des Estivants de Maxime Gorki, une pièce que je n’avais jamais vue. Et cette relecture (traduction française : Martine Bom) est un vrai moment de BONHEUR.

L’intelligence d’un travail d’adaptation qui révèle toute la profondeur (et l’actualité) de ce texte de 1904, très belle méditation sur l’engagement ;

ces éblouissants acteurs – neuf en comptant le détonant quatuor de base : la magnifique Jolente De Keersmaeker (la sœur de), Sara De Roo, Damiaan De Schrijver et Frank Vercruyssen – d’où se dégage toujours, en permanence, un jubilatoire et généreux plaisir de jouer, et qui en un clin d’œil – le temps d’un changement de chemise ou de « décor », et tout cela à vue – savent nous faire passer du rire aux larmes (et bien souvent même nous faire pleurer de rire)…

Quelque part entre la BD (pour l’aspect tout à la fois graphique et « gaguesque » d’une mise en scène où abondent les détails visuels, et pour le côté belge) et l’opéra (le lyrisme tout en retenue, extrêmement juste, qui se dégage de certains duos amoureux), ce sont bien 2 heures 30 de pur théâtre, du théâtre qui rend heureux et accro.

Photo : Tim Wouters
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5 commentaires

  1. Du théâtre déluré soi-disant festif (on s’amuse cependant du détournement pendant une demie heure de spectacle, pas plus) où les acteurs se déshabillent souvent (il faut bien meubler la pauvreté de mise en scène…) et qui dure… qui dure… deux heures et demie !

    On se sert du texte du pauvre Gorki (le texte n’est en rien le texte original de la pièce !) pour des scénettes pseudo-improvisées récitées avec le charmant accent flamand de la troupe polyglotte du TG STAN. STAN voulant dire sans nom… à défaut d’effacer les noms, les comédiens se montrent par contre d’excellents clowns …
    Pourquoi pas faire les Estivants de Gorki – voire Britannicus de Racine – en clown après tout ? Si ce n’est que ce n’est pas vraiment annoncé par la programmation… Peut-être a t-on l’espoir secret de choquer le bourgeois…Mais le bourgeois est devenu depuis les années 2000 un bobo inculte qui n’attend que cela ! du petit détournement à deux balles de pièces classiques par des metteurs en scènes qui haïssent en réalité les contraintes de la parole et du verbe théâtral (et qui préfèrent exhiber leur bedaine à la moindre occasion… ce qu’ils sont géniaux… !!!)
    On est donc dans tout ce qu’il y a de plus conformiste à la bobo culture avec ce type de troupe clownesque…

    • Si je puis naturellement comprendre que ce spectacle vous ait agacé, je m’explique mal le ton vindicatif et hargneux de votre commentaire.
      D’une part, qu’entendez-vous par « bobos » et par « incultes » ? Concernant le premier terme, je dois dire que si je suis le premier à m’agacer d’un certain « académisme d’avant-garde », du côté « branché » de certaines propositions artistiques, voire de l’inculture généralisée (qui fait que l’on peut faire passer pour novatrices des choses qui ont été déjà été faites maintes et maintes fois, à d’autres époques ou dans d’autres disciplines), la mixité générationnelle et « sociologique » du public était, lors de la soirée à laquelle j’ai assisté, suffisamment criante pour défier tous les mots-valises.

      Quant au qualificatif d’« inculte »… Reprochez-vous aux personnes qui ont aimé cette version de ne pas avoir vu les grandes mises en scènes « historiques » de ces Estivants ? Dans ce cas, il aurait été intéressant de les citer, ne serait-ce que pour notre pauvre culture générale… Leur reprochez-vous d’avoir goûté un texte qui diffère du texte original – un texte original dont maints commentateurs soulignent le côté répétitif, excessivement didactique, et les longueurs, dues notamment au fait qu’il s’agit de l’une des toutes premières œuvres théâtrales de Gorki ? Je dois dire que sans être, tant s’en faut, un partisan systématique des « relectures » modernisées, je ne peux que donner raison à Frank Vercruyssen, interrogé dans la bible du spectacle, lorsqu’il déclare : « Je crois vraiment que les acteurs d’aujourd’hui doivent aider le texte à s’actualiser. En tout cas, à ne pas s’enfermer dans une époque socio-politique donnée et à éviter la commémoration. Disons qu’il y a dans ‘Les Estivants’ beaucoup de sermons, une certaine forme d’insistance parfois… Il n’y a pas la même économie d’écriture que chez d’autres écrivains de son temps… »

      Je ne veux pas dire, une fois encore, qu’il faille vouloir à tout prix faire « moderne » – et chercher à divertir le public, ou éviter qu’il ne s’ennuie, en simplifiant bêtement un texte, ou en y plaquant un décorum pseudo-contemporain, comme aiment à le faire certains metteurs en scène d’opéra « épate-bourgeois » ; simplement, je ne crois pas non plus que la fidélité à une œuvre d’art passe nécessairement par le respect scrupuleux de la lettre de celle-ci. De même que certaines interprétations de musique baroque, historiquement correctes, pêchent par un cruel manque d’âme, je crois que parfois, des adaptations, coupes ou montages sont les meilleurs moyens de transmettre l’esprit d’un texte – ce qui est selon moi l’essentiel : le patrimoine n’est-il pas intéressant seulement à partir du moment où il vit, et nous parle ? En la matière, l’une des références reste à mes yeux la merveilleuse Flûte enchantée de Mozart mise en scène, lors du Festival d’Automne 2010, par Peter Brook aux Bouffes du Nord – et dont je vous conseille vivement la reprise, en juin 2013, dans ce même théâtre : Peter Brook a effectué de nombreuses coupes, interversions, il a fait réduire la partition pour piano, et l’a mise en scène avec des éléments de décor réduits au strict minimum : et pourtant, j’ai rarement vu et entendu quelque chose, que ce soit à l’opéra ou au concert, qui me donne autant l’impression de sentir Mozart, de rendre sa musique vivante. Mais peut-être jugerez-vous que Mozart n’est bon que pour les « bobos incultes » ?

      Enfin, dernière chose : dire de ce spectacle qu’il est uniquement « clownesque » ne témoigne pas seulement d’une méconnaissance du monde du cirque, mais aussi d’une singulière mauvaise foi : la plupart des scènes intimistes (et notamment les duos que j’ai cités) sont traités d’une manière qui, bien loin de tout effet comique (si c’est ce que vous entendez par « clownesque »), parvient justement, selon moi, à provoquer une intense émotion. Loin de se cantonner à une grille de lecture monolithique, les acteurs (tous issus du Conservatoire d’Anvers) excellent au contraire à varier les registres. Quant à la « pauvreté de mise en scène »… Faites-vous référence au fait que les décors sont constitués de matériaux pauvres ? Si tel est le cas, cela me semble bien réducteur. Car la maestria avec laquelle sont réglés les déplacements sur le plateau, le va-et-vient des multiples personnages, l’enchaînement des tableaux, témoigne bien au contraire, me semble-t-il, d’un art consommé de la mise en scène. Quoi qu’il en soit, n’ayant pas vu d’autre mise en scène des Estivants, je ne saurais dire si les prédécesseurs des tg STAN ont réussi avec autant de talent à faire ressortir ce qui m’a semblé être le force de ce texte, et la profondeur de la réflexion sur l’engagement, sur l’amour, etc. qui y est en jeu : tout ce que je puis dire, c’est que j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un spectacle vivant, d’une très grande richesse, et que j’ai eu l’impression d’entendre un texte. C’est une chose suffisamment rare pour être soulignée.

      • PS : L’expression « soi-disant déluré » me gêne également : nulle part je n’ai entendu les comédiens de tg STAN prétendre que c’était là leur propos… Enfin, je trouve important de souligner la profonde intelligence du texte – « original » ou pas – dont ils font preuve, intelligence qui m’avait déjà frappé dans leur mise en scène des « dramuscules » de Thomas Bernhard (auxquels ils n’avaient en l’occurrence rien retouché), et que je trouve d’autant plus remarquable qu’ils ne jouent pas dans leur langue maternelle : le spectacle a d’abord été monté en néerlandais avant d’être traduit et appris en français, pour quelques représentation dans l’Hexagone. Le tour de force n’en est, à mon sens, que plus magistral.

  2. Jolente De Keersmaeke (oui c’est la sœur de…) est Varja. Paumée élégante. Elle doute de la vie, des ses amours, elle attend l’arrivée de son idole de jeunesse, l’écrivain Slajimov. Sa potentielle belle-sœur, Maria dira « Nous vivons dans un pays où l’écrivain est la conscience du peuple ». Dans ce monde où l’artiste règne en mythe, ils ont tous au moins deux noms, pièce Russe oblige… Il se dessine une famille : Maria dont est épris Vlas, frère de Varja elle même mariée à Serguei, entre autres ! Les voilà neuf. Pièce Russe encore et TG Stan surtout, on assiste à un théâtre dans le théâtre où aux cintres en bois s’agrippent des projecteurs visant un plateau haut où rien ne jouera. Les planches de bois sont amenées sur scène, les tréteaux se cassent la gueule. Stéphane Capron, dans son article paru dans l’excellente revue « Scène Web » pointe une sensation de déjà vu : »le dispositif scénique des Estivants ressemble étrangement au spectacle « Paroles, pas de rôles / vaudeville » qui avait marqué la saison 2010/2011 au Vieux-Colombier . L’un des membres de tg STAN, Damiaan De Schrijver était l’un des metteurs en scène de ce projet ». Reste que le dispositif sert exactement le propos.

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