Review Memories #3 : Jérôme Minière, ‘… présente Herri Kopter’ + ‘Petit cosmonaute’ (2001-2002)

10 ans (ou presque) ont passé depuis le (double) compte rendu ci-dessous(1). 10 ans à se rendre compte que ce disque instrumental que Jérôme Minière publia alors, peu après son installation au Québec, est l’un des albums d’electronica que l’on continue d’écouter le plus régulièrement (pas plus tard que ces jours-ci) : rapprochant encore davantage Montréal de Berlin, avec ses glitches secs et soyeux, ses thèmes volubiles et vaporeux, il est aussi minimaliste et mélancolique que peuvent l’être The Amateur View de To Rococo Rot (voir le très bel enchaînement Impalpabile vaniglinato/Skuldo ulutli/Distorzioneti), Silur de Tarwater, Geogaddi de Boards of Canada – ou que pourrait l’être le versant instrumental  d’une certaine Fossette. Avec le recul, ce Jérôme Minière présente Herri Kopter prend un relief émouvant, si l’on songe aussi aux questionnements qu’il révèle à l’époque chez l’artiste. En s’inventant un pseudonyme, Jérôme Minière inaugurait ici une touchante, louable, courageuse et salubre (par les temps qui courent) entreprise de mystification, de dédoublement. Peut-être ne s’agissait-il alors, à l’origine, que de dissocier ces deux faces de son travail de musicien qu’avait précédemment décliné en un double CD le diptyque La nuit éclaire... le jour qui suit : parus chez Lithium, label de Dominique A et Diabologum, en 1998, un CD de musique électronique instrumentale, un autre de chanson électro-minimaliste propulsaient Minière comme un potentiel « nouveau A ». Janus Minière. Qui avait alors eu le courage de couper court aux mirages d’un début de « carrière » hexagonale pour choisir – pour la meilleure des raisons : par amour – l’expatriation, s’établissant au début des années 00’s au nord de Montréal, au cœur de Little Italy.

Quant au disque chanté, Petit cosmonaute, il s’avère lui aussi, avec le recul, surprenant ; car ces chansons encore timides, parfois naïves, mais toujours honnêtes, m’ont paru se bonifier avec le temps. À celles-ci citées ci-dessous je rajouterais aujourd’hui Paul et Jour de rien (pour son final incongru, 1 minute d’une electronica à l’efficacité mélodique et rythmique digne d’Autechre) parmi mes préférées. Elles révèlent un musicien qui, lorsque je l’avais rencontré, m’avait avoué avoir été marqué, estomaqué par la musique de Programme… Coupant court aux mirages d’un début de « carrière » hexagonale, son expatriation au Canada allait s’avérer fructueuse : couronné par plusieurs Felix (équivalents québécois de nos Victoires de la Musique), Jérôme Minière poursuit, outre-Atlantique, une carrière d’autant plus florissante qu’elle semble être en recherche constante. Pour moi, Petit cosmonaute est encore un carnet d’esquisses portant en germe les promesses d’un artiste qui allait s’accomplir, comme en témoigne ce très bel album, Le Vrai le faux, paru il y a 2 ans au Québec et qui débarque en France seulement ces jours-ci  via Wagram, succédant au bien nommé Cœurs ; je vois cet album de 2002 – et c’est justement en quoi il est touchant – avant tout comme un journal, de plus en plus intime, désarmant de sincérité, à mesure qu’on s’achemine avec lui vers sa conclusion. Jérôme Minière n’est pas seulement un « authentique poète », c’est aussi un vrai utopiste, c’est-à-dire quelqu’un de généreux.

PS : Petit Cosmonaute, la chanson-titre, superbe morceau d’électro minimale chantée (à la Richard Davis, quasi) tout en breakbeats sensuels et en basses généreuses, est une vraiment très entêtante chanson sur la paternité.

1. Publié en 2003 dans le numéro 23 d’Octopus/Mouvement, il se présente ici, pour la première fois, sous forme d’une chronique corrigée, certaines lourdeurs d’époque ayant en effet été, dans le texte qui suit, gommées en rouge. Les coulisses de la rédaction !

Jérôme MINIÈRE – … présente Herri Kopter / Petit cosmonaute (La Tribu)

On restait sans nouvelles de Jérôme Minière depuis la parution de La Nuit éclaire le jour qui suit en 1998  : un double CD présentant d’un côté un recueil de chansons électro-acoustiques, de l’autre une série de vignettes plus strictement électroniques, qui inscrivait le jeune homme dans le digne prolongement de ses glorieux aînés du label Lithium (Dominique A, Diabologum). C’est qu’entre-temps – comme il s’en explique magnifiquement dans L’Air du dehors, morceau d’ouverture de Petit cosmonaute –, Minière a quitté l’Europe pour Montréal. Ainsi, c’est sur le label québécois La Tribu qu’ont paru, en 2001 et 2002, ces deux albums aujourd’hui enfin distribués chez nous. Deux albums qui reprennent les choses où leur double prédécesseur les avait laissées, en opérant désormais un net distinguo entre les deux facettes de son inspiration. Petit cosmonaute laisse parler le Jérôme Minière chanteur et multi-instrumentiste, en quatorze morceaux où se confirme son talent pour trousser des textes doux ou acides et des mélodies fragiles, mêlant joliment les sonorités acoustiques, électriques et électroniques. C’est quand il est le plus intime (L’Air du dehors donc, Mouvement, ou encore la chanson-titre) que le musicien se montre ici le plus convaincant. Et c’est surtout lorsque Minière se transforme en Herri Kopter – artiste prétendument originaire de l’inexistante île de glace de la Laanka –, que ces retrouvailles se révèlent véritablement exaltantes. Les seize instrumentaux, d’obédience électronica, qui composent cet album forment en effet un ensemble d’une grande homogénéité, et d’une haute tenue. Tantôt purement atmosphériques, tantôt plus rythmés, toujours mêlant dérision et mélancolie, ils s’enchaînent avec un sens du tempo et de la narration qui rappelle que Minière a étudié le cinéma avant de venir à la musique. Ce disque, que l’on peut rapprocher de ceux de Tarwater, est moins le fait d’un jeune homme rivé devant son ordinateur, le casque sur les oreilles, que l’œuvre d’un authentique poète.

(David Sanson)

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