Sur le nouvel album d’Arnaud Michniak (Programme)

12 octobre 2012 § Poster un commentaire

Le texte ci-dessous est une « bio » que j’ai rédigée pour accompagner le nouvel album solo d’Arnaud Michniak, qui paraît en autoproduction (digital + vinyle) ces jours-ci. Parce que celui-ci est, pour moi, l’un des artistes essentiels du paysage musical hexagonal. Pour tout complément d’information, se reporter à son site Internet.

Depuis la séparation du groupe Diabologum il y a 15 ans, Arnaud Michniak suit un chemin dont la singularité, l’intégrité, la radicalité et la liberté ont peu d’équivalents dans le paysage rock (?) français, et forcent le respect. Au sein du duo Programme, d’abord, il a entamé avec le nouveau millénaire (et un album au titre… programmatique : Mon cerveau dans ma bouche, paru chez Lithium) une œuvre dont l’ambition n’a rien perdu de sa folie : ne pas abdiquer, ne pas renoncer à dire le monde d’aujourd’hui, cette oppression mondialisée dont on a l’impression qu’elle annihile tout discours, gangrène toute révolte. Pour tout dire, depuis le Pornography de Cure (auquel la toute fin du morceau Le Grand Plan rend ici un discret hommage) ou les grandes heures de NTM, on n’avait pas entendu de colère plus nécessaire, plus libératrice, et plus admirablement exprimée. Esquissant, entre rage et désenchantement, amertume et extra-lucidité, une fiévreuse et courageuse épopée de l’intime et de l’époque, les mots d’Arnaud Michniak sont d’une trempe qui les place au niveau des grands énervés de la littérature contemporaine, de Chuck Palahniuk à Rodrigo Garcia. Il n’est donc guère étonnant qu’ils se soient constamment, obstinément attachés à échapper au simple cadre du « rock », et à rechercher d’autres moyens de se faire entendre ; dans le domaine musical – du slam à la création radiophonique –, mais aussi en dehors.

Car le parcours de Michniak frappe également par sa diversité – son caractère, comme on dit, « pluridisciplinaire », ou plutôt indiscipliné : sous son nom ou sous le pseudonyme d’Agent Réel, il s’est ainsi aventuré sur les scènes de théâtre (son texte Déjà là, mis en scène par Aurélia Guillet, était présenté début 2011 au Théâtre de la Colline à Paris) ou dans le domaine de la performance et des arts visuels (avec le collectif Les Gens d’Uterpan, ou le plasticien Loris Gréaud). Parallèlement à son travail d’écrivain et de musicien, Michniak poursuit également une carrière de cinéaste : après avoir étudié à l’ESAV (Ecole supérieure d’audiovisuel de Toulouse), il a réalisé deux moyens métrages collectifs (Appelle ça comme tu veux 1 et 2), et travaille actuellement à un nouveau projet. Ces multiples collaborations semblent n’obéir à aucune stratégie. Elles sont moins, pour lui, des tentatives de trouver de nouveaux réceptacles aptes à contenir sa colère qu’une aspiration à la liberté, semblant répondre à une unique urgence : ne pas cesser d’aller vers l’autre, à la rencontre de cet inconnu qui seul permet de se connaître soi-même.

Pour qui sonne le tilt, premier disque sous son seul nom de famille (et second album solo si l’on compte Poing perdu, paru chez Ici d’Ailleurs en 2007), marque une nouvelle étape de ce parcours, et nous révèle aujourd’hui une nouvelle facette du personnage, un versant inconnu de ce volcan. Un versant toujours aussi habité, mais étonnamment intimiste: non pas calme, mais, soyons fous, apaisé. Le bouillonnement est toujours audible (dans certaines saillies électriques ou dans ce morceau conclusif, Tandis que, où il fait presque mine d’éclater), mais les cris semblent avoir cédé la place aux chuchotements, la vocifération à la récitation. Michniak nous murmure à l’oreille des paroles qui n’ont rien perdu de leur force, de leur désarmante et irréductible sincérité (ce mot qu’il est devenu si difficile d’employer sous certaines latitudes), tout au long des dix morceaux formant ce disque bref, réalisé entièrement seul (musique, textes, enregistrement et production), qui aurait pu porter le titre de ce journal audio collectif dont Michniak eut un temps le projet : Le Brouillon. Car ces dix morceaux fragiles et minimalistes composent bel et bien un essai au sens littéral du terme ; au plan littéraire, ce pourrait être une sorte de journal intime, ou un journal de voyage, écrit entre la Bretagne, le Portugal et Toulouse, qui se bornerait à scruter des paysages intérieurs. Plutôt que l’auto-fiction, Pour qui sonne le tilt réinvente l’auto-réalité.

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