The Chap, après-coup

11 mars 2009 § 2 Commentaires

Tenir un blog, c’est difficile. Depuis que celui-ci est ouvert, j’aurais aimé trouver le temps d’écrire sur les oeuvres suivantes : Inferno et Purgatorio de Romeo Castellucci à Avignon, le premier dans la Cour des Papes, pour ma première venue dans ce lieu enchanté ; Stifters Dinge de Heiner Goebbels, toujours à Avignon ; le Je tremble de Joël Pommerat (Bouffes-du-Nord) et les livres de Modiano ; le film A Bigger Splash avec David Hockney, La Vie moderne de Depardon et le dernier Varda ; Qui a peur de Virginia Woolf? par DeKoe, au festival d’Automne ; l’installation, « oppressionnante », réalisée par Claude Lévêque au Printemps de Septembre à Toulouse, et, toujours à Toulouse, le magnifique concert donné par Philip Jeck (en concert gratuit ce vendredi à Paris, au 104, dans le cadre de Présences électronique) ; le récent ciné-concert de Bed, admirable musicien, à la Fondation Cartier, sur le film La Terre ; des festivals, Les 38e Rugissants à Grenoble, Les Grandes Traversées à Bordeaux ; l’album Pygmalion de Slowdive, toujours beau 10 ans après, comme le sont, plus de 25 ans après cette fois (!), les disques de Tones On Tail ; Lady Macbeth de Chostakovitch et Yvonne, Princesse de Bourgogne de Philippe Boesmans à l’Opéra de Paris, Le Tribun de Kagel à l’Athénée, Albert Herring de Britten (superbe mise en scène de Richard Brunel) dimanche dernier à L’Opéra-Comique ; ma découverte de Martin Crimp à travers la belle mise en scène d’Hubert Colas à la Colline cet automne, ou encore la musique de Gérard Pesson (le grand oublié de mon livre sur Ravel) ; Courir de Jean Echenoz, Ferdydurke de Gombrowicz – et à propos de Gombrowicz, le récent spectacle de Didier Galas à Beaubourg ; les concerts de Vladislav Delay et Lena au Nouveau Casino… ou encore ma dernière découverte musicale « rock » en date (certes un peu tardive puisqu’un article sur ce groupe avait paru dans Octopus/Mouvement dès 2003…), lors d’un concert à Mains d’Oeuvres il y a un mois : le quatuor britannique THE CHAP.

J’avais déjà vu et apprécié un demi-concert de ce groupe, par une belle après-midi de juillet « sous la plage » du Parc André Citroën. Le concert que le quatuor (réduit à un trio pour cause de défection de dernière minute, le vol sur lequel devait embarquer la claviériste Claire Hope ayant été annulé) a donné à Mains d’Oeuvres, c’était le 10 février, m’a convaincu que The Chap était l’un des plus passionnants groupes pop de ces dernières années, au même titre que LCD Soundsystem ou Animal Collective, dans la ligne des grands groupes « arty » type Talking Heads ou Wire – à la fois délirant et mélancolique, hyper inventif et hyper accrocheur. Ce sont des musiciens virtuoses (doués d’une grande technique, et tous excellents chanteurs en prime) qui n’ont jamais l’air de l’être – et qui, sur scène, cultivent une distance idéale envers leur public et leur musique – ni trop importante, ni trop réduite.

Depuis je ne cesse d’écouter leurs disques, et je suis impressionné – à l’image d’un morceau tel que Auto where to, sur le second album, Ham – par leur musicalité et leur prolixité – cela part dans tous les sens et reste infiniment maîtrisé, des escapades expérimentales aux ballades folk ou aux tubes pop ou dancefloor proprement irrésistibles.

Et puis la « production » de ces disques – qui rappelle parfois celui du magnifique Tender buttons de Broadcast (encore une découverte tardive…)… Importance accordée aux sons saturés (avec ces traitements et ces filtres qui salissent certaines pistes instrumentales – guitares, voix ou claviers). Contrastes entre ces textures et d’autres sons plus ronds, chauds ou cristallins – entre des sons secs et liquides, électroniques ou organiques. Contrastes qui ressortent au moyen d’une épuration du matériau : plutôt des lignes claires et distinctes (certaines pistes étant reléguées à un quasi-silence, ou au rang de simple « enjoliveurs ») plutôt qu’un bloc compact, ce qui fait du bien à l’ère du mp3 et du triomphe des sons hyper compressés (de Justice à MGMT).

Il y a de l’air, de l’art et beaucoup d’idées dans cette musique.

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§ 2 réponses à The Chap, après-coup

  • camaïeu dit :

    merci , vous fournissez toujours les clés !

    Il y a de l’air, de l’art et beaucoup beaucoup d’idées dans certaines musiques !… elles rencontrent ainsi les romans , les films , les arts plastiques et les spectacles vivants .
    il y eut dans le temps « que peut la littérature  »
    alors , aujourd’hui que peut l’art ?

  • camaïeu dit :

    oh là ! merci merci . belles strates à ajouter à votre puzzle ! mais trop tard pour Philipp Jack .
    sinon ?
    King kong , Fm Einheit ce géant aux 100 kilos et sa mèche sauvage s’abattirent sur les buildings parpaings roses de NY , (sutrtout ne pas évoquer le 11 septembre) ; et Erikm de ses doigts pâte à modeler , ce lutin créa l’agilité sidérante des avions voltigeurs

    la bête prend plaisir (et nous aussi ) à notre passion vertigineuse de la destruction .
    l’aviation israelienne bombardant le sud Liban
    l’irak , civilisation de briques émiettée , réduite en poussière

    et dans tout ça où sont les humains ?
    ça au moins Paso doble nous l’avait mieux signifié : ils sont là tapis dans la glaise , empêtrés , englués dans leur argile s’éliminant tour à tour , pour mieux y retourner .

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